État des lieux en 1700
A une trentaine de kilomètres au nord de Paris, après les marais de Roissy, s’étend un plateau couvert de champs et de friches avec en limite Nord, la forêt de Chantilly. Au fond d’un vallon orienté Est-Ouest, coule un ruisseau, l’Ysieux, bordé d’une route qui depuis Luzarches relie Survilliers en passant par Bellefontaine et Fosses.
Fosses est niché au fond de ce vallon en un lieu où, venant du nord, débouche un talweg sans doute formé par le ruissellement des eaux de pluie provenant du plateau. Le Fosses de 1700 est composé de 250 habitants sous la houlette de Messire Coussinet, seigneur depuis plusieurs générations, et du Prieur curé, le père Cheveit.
Le seigneur possède son château dont quelques dépendances ont survécues à la révolution et sont toujours visibles, mais je n’ai pas localisé avec certitude le presbytère du Père Cheveit sans doute accolé à l’Eglise.
Comme tous les prêtres ruraux le père Cheveit était pauvre. Les divers impôts levés par le clergé étaient perçus par les moines d’Hérivaux dont dépendait la paroisse de Fosses depuis 1260.
Les habitants de Fosses devaient, comme partout à cette époque, se répartir en 5 catégories:
- Il devait y avoir quelques petits propriétaires qui avaient acheté leur terre au Roi, Louis XIV, qui en avait vendu pour financer la construction de Versailles. Ils exploitaient souvent eux même.
- Il y avait les laboureurs qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sont relativement aisés. Rappelez-vous la fable de Lafontaine : « Un riche laboureur …. ». Ils possédaient leur attelage et leur charrue. La terre leur était confiée par le Roi ou le Seigneur contre une redevance fixe payable tous les cinq ans. S’ils gagnaient plus, tant mieux pour eux. S’ils ne pouvaient pas payer, ils redevenaient simples manants.
- Quelques artisans indépendants formaient un autre groupe.
- Il y avait la classe des «brassiers, manouvriers » qui n’avaient que leur bras à offrir et qui allaient de ferme en ferme au gré des besoins. Payés à la journée ils étaient souvent pauvres.
- Il y avait enfin les indigents que le curé, malgré ses pauvres moyens, devait entretenir comme il pouvait et dont on trouve trace dans la «matricule », registres dans lesquels étaient notés les noms des pauvres et des dépenses de leur entretien.
Il faut aussi parler de l’instituteur, car depuis 1693 Fosses en était pourvu. L’instituteur de l’époque était nommé par le clergé et son enseignement était surtout axé sur la lecture des textes religieux, en latin s’il vous plaît, les chants d’église, le calcul et un peu l’écriture. Tel était le programme général mais je ne suis pas sûr que, dans les petits villages, il ait été intégralement respecté.
Les informations suivantes sont, pour la plupart, tirées de l'étude des actes de l'état civil.
Le 8 juin 1701 un événement secoua sans nul doute le village. Et on trouve dans les archives :
« La dame Jeanne Josset a été cassée de ses fonctions de sage-femme par Messire Ameline, grand archidiacre de Paris, et cette fonction a été confiée par le même à Marie Mongé. »
Pour quelle raison fut-elle cassée ? Sans doute un manquement aux règles de l’église mais lequel ? En tout cas, dans ce village de 250 âmes, on a du en causer le soir dans les chaumières. Voir annexe 1.
Autre sujet de préoccupation, la quasi certaine augmentation des impôts destinés à financer la guerre de succession d’Espagne qui débuta le 7 septembre 1701.
Le climat de l’époque semble plus rude que celui d’aujourd’hui. Presque chaque année des inondations, des hivers froids suivis d’étés torrides sont signalés. Tout cela n'était pas très bon pour les cultures et, en particulier, l'hiver 1709 fut terrible partout en France. Une description en est donnée en annexe 2.
Contrairement à une idée souvent répandue nos ancêtres n'étaient pas illettrés. On trouve en effet un acte de décès du 16/04/1690 de François Mongé, profession : maître d'école !
Il est enterré dans l'église.
On trouve ensuite Antoine Mongé en 1703, Yvon Etienne de 1751 – 1762, Elie Poquet de 1766 à 1804. Pierre Bourgeois a aussi enseigné mais, contrairement à la légende, fort peu de temps. Un curieux personnage, que ce Pierre Bourgeois. Il a aussi exercé successivement les métiers suivants : arpenteur, maçon, couvreur en tuiles, garde champêtre et greffier de mairie en 1795. Cette liste, qui n'est pas exhaustive, semble montrer qu'il y a eu une permanence de l'enseignement dans notre village.
En 1752, le 23 Mai, eut lieu le baptême des cloches de l'église. En voici l'acte :
L ’an 1752 le 23 may ont été bénies en grande pompe et magnifiscence les quatre nouvelles cloches de cette église par nous soussigné Louis Petit chanoine régulier prieur du prieuré Royal de Saint Maurice de Senlis, représentant le (mot illisible)Blaise du Chesné abbé de Sainte Geneviève de Paris.
La première a été nommée Jeanne Etienette par Messire François Henri Petit de Villoniere, conseiller du Roy en sa Cour de Parlement, Seigneur de Fosses et par Dame Jeanne Brudel son épouse, représentes par Messire Gabriel François Lozanne prieur de Fosses et Demoiselle Marie Françoise Rince Liotter, sa nièce fille de Messire Claude Liotter Notaire Royal et Procureur Fiscal de Fosses demeurant à Luzarches.
La seconde a été nommée Marie Elizabeth Vit Modeste par Messire Jean Baptiste Pierre Antoine Letourneur Seigneur du fief Letourneur (mot illisible) dudit Fosses fils de Messire Jean Baptiste Letourneur conseiller du Roy en sa Cour de Parlement et intendant du commerce, Demoiselle Marie Elisaberth de Clairambault représentés par Messire Remy Chossin bourgeois de Paris y demeurant vieille rue du Temple, et Demoiselle Marie Charlotte Leconte fille mineure du Sieur Louis Leconte marchand bourgeois de Paris y demeurant rue Sol au Conte.
La troisième a été nommée Marie Crescence Nicolle par Messires les Prieurs Chanoines réguliers du Châpitre de l ’Abbaye de Notre Dame d ‘Hérivaux représentés par le dit Messire Claude Liotter leur Procureur Fiscal demeurant à Luzaches.
La quatrième a été nommée Nicolle Geneviève par Messire Nicolas Delafosse Chanoine régulier prieur curé de cette église par les soins duquel les quatre susdites cloches ont été fondues et la bénédiction faite par nous susnommé en présence de Messire André Nicolas Raulet Chanoine régulier prieur curé de la paroisse de Marly la Ville, de Messire Joseph Pâtez curé de la paroisse du Plessy les Vallées et de plusieurs autres qui ont signé avec nous le présent acte les jour et an que dessus.
1783 et 1784 furent des années noires à Fosses. La moyenne des décès était alors de 6 décès par an et on en compte 12 en 1783 et 20 en 1784, soit 3 fois plus que la normale. C’est la plus forte mortalité observée entre 1733 et 1898. Quelle en fut la cause ?
On peut noter que l’année 1782 est réputée comme une année de famine et que l’hiver 82/83 fut glacial. Or on compte 8 décès entre janvier et avril 1783, dont 2 vieillards et un adulte. Il y a 9 décès d’enfants entre janvier et mars 1784 mais aucun adulte, et 11 décès seulement pour le restant de l’année, 1 adulte et 1 vieillard.
1789. L’hiver 88-89 fut aussi très froid puisque la Seine avait gelé à Paris et que les températures restèrent négatives 56 jours durant entre novembre et janvier.
La révolution a donné lieu à Fosses à une fort curieuse nomination.
On trouve en effet dans l'acte de clôture du registre d'état civil de 1790 :
" …par moi soussigné Prieur-curé et maire dudit Fosses"……. Aubéry.
Je trouve qu'il n'est pas banal, à une époque où les églises étaient démolies, d'élire maire …. le curé.