Les fermes

jeudi 5 novembre 2015
par  Jean

Le terroir

La céréaliculture dans notre région est fort ancienne et était déjà pratiquée eu 3ème millénaire avant le Christ. Il ne s’agissait bien sûr que de quelques champs et la lande couvrait encore de vastes surfaces.
Sur l’ensemble de plateaux compris entre 60-90 m d’altitude, se situant entre Versailles, Senlis, la Ferté Milon et Melun, les meilleures conditions régionales paraissent réunies en faveur de la céréaliculture :
Une terre riche, un régime thermique favorable, (relèvement des températures moyennes de 1°) un volume annuel de précipitation relativement modéré avec une répartition saisonnière qui limite les risques d’excès d’humidité estivale. Tout cela concourt à permettre des rendements céréaliers élevés, notamment en blé. " le pur froument noble au panifice et nourriture des hommes" produit par une terre " franche, meuble, noire et profonde " c’est au nord de Saint-Denis, en plaine de France, autour de Gonesse, Louvres, Roissy, Dammartin et jusqu’à Sarcelles, et au-dessous, Ecouen et Luzarches, qu’il faut le chercher .
Il faut savoir aussi qu’en plein cœur de la plaine de France, les moindres vallons portaient de la vigne au Moyen Age ; au XVI ème siècle encore au Thillay comme à Gonesse, on trouvait des vignerons
En 1602, une décision royale demande à chaque paroisse du pays de posséder une pépinière de mûriers et une magnanerie, pour la fabrication de la soie. A Paris, la manufacture des Gobelins est créée et au Bois de Boulogne une magnanerie est construite, entourée de 15.000 mûriers. Le roi Henri IV installe aussi des milliers de mûriers dans le jardin des Tuileries.

Structuration des cultures

On attribue la croissance de la grande exploitation à deux facteurs principaux :
 l’action de propriétaires détenteurs des grands domaines,
 l’appel d’un marché urbain en croissance rapide du XIIème au XIVème.
Dans la capitale du royaume, la présence de la cour, d’une aristocratie et d’un clergé puissants et comblés de largesses royales, a maintenu tout au long du moyen âge, un réseau de grands domaines de plusieurs dizaines d’hectares et pour quelques-uns de plusieurs centaines. Les grandes pièces ou « coutures » tranchaient avec l’exiguïté générale des autres lopins. Dans les réserves seigneuriales, les coutures s’installaient de préférence à l’écart des villages, sur les plateaux et donc sur des sols à la fois fertiles et réguliers.
Quatre coutures, cédées à partir de 1138 par des familles nobles de la plaine de France, formèrent ainsi le noyau des domaines de l’abbaye de Chaalis
De 1136 à 1148, (en 12 ans seulement) à Stains , à Vaulerent et à Choisy aux Bœufs, l’abbaye va édifier les bâtiments autour desquels allaient s’organiser trois granges de 250 hectares chaque.
Ces domaines sont exploités par des équipes de serfs et de paysans libres sous la direction des moines. Des terres sont défrichées (essartés) mise en culture, l’exploitation est rationalisée et l’assolement triennal est déjà pratiqué.
Mais la gestion de ces grands domaines est lourde pour les moines et l’idée de louer l’exploitation germe dans leur esprit.
Les abbayes n’étaient pas les seules à créer des domaines agricoles. Par ses lettres du mois de mai 1233, Bernold de Puiseux, chevalier, et Cécile, sa femme, vendirent, moyennant 1300 livres, aux Frères de la Maison du Temple de Paris, toute la dîme de Puiseux (totam decimam de Pusellis) avec un arpent de terre dans le village, pour y construire une grange. D’abord simple grange, le domaine fut transformé en Commanderie.
Ensuite Raoul de Puiseux leur fit donation du quint de plusieurs pièces de terre qui lui appartenaient au village de Puiseux, près de Louvres, sous Chatenay (apud villam de Puteolis juxta Lupas subtus Castenatum), aux lieux dits la fosse Cacavere, la couture du Moulin, la couture des Epines, la couture du petit Orme, la couture des fosses à Harviler, …
Par un autre acte du mois de février 1260, le même seigneur Raoul donna aux Templiers tout le quint de son manoir, avec ses dépendances, sis à Puiseux, entre Marly et Fontenay, (inter Malliacum et Fontanetum), de tout son bois appelé le bois de Coudray (au sud de Puiseux, sur la carte de Cassini, nemoris de Coudreio), entre Louvres et Puiseux (inter Lupas et Puteolos), de deux prés, dont l’un situé entre Fosses et Bellefontaine (inter Fossas et Bellam Fontem), et l’autre entre Chatenay et le bois de Jagny (inter Castanetum et nemus de Jehengni), d’une vigne près du bois de Coudray, de la moitié du four de Puiseux avec la maison.
Il leur abandonna en outre la cinquième partie des hostices et de la justice dans la ville de Puiseux, ainsi que d’un moulin et des fiefs ou arrière-fiefs tenus dudit Raoul.
La maison de Puiseux était située sur le chemin conduisant à Marly. La grange actuelle n’est pas d’origine, elle a été reconstruite vers le XVIIIème siècle.

Le fermage.

En 1315, les religieux de Chaalis abandonnent le faire valoir direct ; la mise à ferme délivre le bailleur des tracas de la gestion directe et la location à court terme du domaine avec un loyer révisable à chaque renouvellement de contrat garantit un revenu en rapport avec la valeur réelle des produits agricoles. Enfin, la fixation d’un fermage fixe pour une durée limitée reporte en principe sur le preneur les effets des écarts de récoltes. C’est ainsi que le domaine de Vaulerent fut ainsi cédé à deux fermiers du village de Vémars, Pierre Bove et Odierne. .
Cala va transformer les structures sociales du monde rural et faire émerger une aristocratie paysanne de solides laboureurs, maîtres de leur moyens de productions, terre, outils, cheptel, qui profitent de l’essor des échanges comme de la hausse des prix agricoles.
Il existait aussi, outre ces grands domaines, des exploitations plus modestes. La superficie d’une ferme courante est estimée à 71 arpents soit 28 ha et souvent moins. Mais les archives à leur sujet sont rarissimes et nous ne pouvons qu’extrapoler à partit des documents existants.
Les réserves seigneuriales et les granges ecclésiastiques reposaient sur des unités deux à trois fois supérieures à celles des exploitations courantes, et ne faisaient pas l’objet d’une division d’exploitation. Pourtant, en 1375 le bail de Vaulerent excluait la ferme annexe de Guépelle. Mais cette dernière, à 5 km plus au nord formait une entité aisément séparable et il restait encore 447 arpents, soit 228 ha au fermier principal. Même amputée des parcelles marginales, accensées ou louées à des tiers, l’exploitation conservait encore une taille exceptionnelle pour un seul ménage de fermier.
Si l’objet principal était la culture des céréales, l’élevage était d’autant moins négligé qu’il est complémentaire. Les ovins offrent l’avantage d’engraisser la terre et de la nettoyer, la viande des agneaux est vendue en boucherie et la laine présente un vif intérêt quand localement une industrie drapière est demandeuse.
Au XIV ème, la foire du Lendit, à l’entrée de la plaine de France, deviendra le Marché Principal de la capitale.

Les années noires

Vient l’époque de la guerre de 100 ans (1338 - 1453), époque d’exactions et d’occupation anglaise qui permit au Roi d’Angleterre d’être sacré à Notre-Dame.
En 1348, survient une épidémie de peste noire. Aucun document ne précise les ravages à Marly, mais on sait que le taux de mortalité était de 30 à 50% suivant les villes.
Puis en 1358 c’est la Jacquerie, partie de St Leu d’Esserent le 31 mai. Une bande originaire de Vemars enflamma le pays, pilla les fermes et saccagea les récoltes. Trente ans durant, l’île de France devint un champ de bataille. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons inaugura les dévastations en septembre 1410 : le duc de Brabant, frère de Jean sans Peur, s’installait à Saint Denis avec « un ramas de barbares » qui firent main basse sur le blé, l’avoine, et le bétail que les exploitants du voisinage croyaient avoir mis à l’abri. Le plat pays fut alors le théâtre d’un cortège de pillages dans le dessein de reprendre la capitale au parti adverse : bourguignons de 1410-1413 ; armagnacs de 1413-1418 ; et bourguignons à nouveau et enfin les anglais.
Les opérations militaires frappèrent de plein fouet entre la prise de Pontoise en juillet 1419, et sa libération, en 1441, intervenue après celle de Meaux en 1439. A la différence de la Normandie voisine et malgré le traité de Troyes, jamais la région ne passa tout entière sous le contrôle anglo-bourguignon. Des capitaines armagnacs conservèrent un certain nombre de places, à partir desquelles ils lançaient des expéditions dans le voisinage, alors que les brigands écumaient les plaines dans un rayon d’une soixantaine de kilomètres autour de Paris. Puis c’est l’arrivée de l’armée de Jeanne d’Arc en 1429 qui remit les campagnes parisiennes à feu et à sang : pour le régent Bedford comme pour le dauphin Charles, le contrôle de l’île de France devait décider du sort de la guerre.
A cette époque les seigneurs de Marly étaient Jean de Châtillon (1454) puis. Jean Budé (1476).
Prise et reprise de bourgs-marchés, positions stratégiques sur les routes –Dammartin, Luzarches, Saint Denis-ou les rivières -Lagny, Meulan, coups de mains des « Ecorcheurs » dans les villages des environs, ravages des loups affamés, tout se conjuguait pour faire des années 1430 les plus sombres de l’histoire agraire. Dans cette sinistre conjoncture, les fermes offraient des proies tentantes. S’ils n’avaient pas pu mettre à l’abri dans la ville voisine les grains et le cheptel qui en formaient la richesse principale, les exploitants risquaient le rançonnement ou la réquisition quand ce n’était pas la confiscation pure et simple, voire la destruction. Certaines ne subirent qu’un simple détournement de revenus sans destruction du capital agricole. Les chefs militaires s’attribuaient tout ou partie des fermages au détriment des propriétaires. Après le rétablissement de la foire du Lendit où se portait une partie des grains de la plaine de France, et la signature de trêve franco-anglaise de Tours, l’année 1444 apporta la sécurité nécessaire à la reprise du fermage, en 1445 pour le corps de ferme de Survilliers par exemple et en 1446 pour Vaulerent.

Partage de la France au Traité de Troyes

Au cours de ces années noires, entre 1340 et 1440, la population du royaume était passée de 17 à 10 millions, les fermes, même fortifiées, avaient été maintes fois pillées, l’Ile-de-France était ravagée et il serait illusoire de croire que Marly ait été épargné.
La restauration agricole (1450 à 1500.)
La vieille noblesse avait été décimée ou ruinée par la guerre de Cent ans. Certes quelques grands lignages avaient fait mieux que se maintenir et le plus fameux d’entre eux, celui des Montmorency, héritiers des Orgemont après 1450, n’allait pas tarder à étendre son emprise d’Ecouen à Chantilly, rassemblant plusieurs dizaines de fermes en plaine de France, en Multien et en Valois.
Une nouvelle classe de propriétaires celle des notables parisiens qui accèdent à la tête des seigneuries rurales : au sommet le monde de la robe et de la finance ; aux échelons subalternes les secrétaires du Roi sont nombreux à revendiquer une ou plusieurs fermes.
A Marly on trouve Dreux Budé, trésorier et garde des chartes du Roi ou encore, un peu plus tard, la branche Danès, marchand et bourgeois de Paris.
D’une ferme à l’autre, le bottin mondain présent ou à venir de la magistrature parisienne défile.( Dreux Budé avait aussi acquit la seigneurie de Bois le Vicomte près de Mitry où il reçut Louis XI en 1474.) A Gonesse, Jacques Danès (père) s’était constitué une ferme au début du XVI ème siècle, en 1548, il obtint la permission d’élever un colombier de 10 pieds de haut en forme de volière au-dessus du portail de sa grange.
La reconstruction des censives fit appel à des familles d’immigrants qui s’installèrent surtout dans les vallées. Démunis le plus souvent du cheptel et de l’expérience nécessaire, les nouveaux venus n’avaient que leurs bras et leur courage à proposer aux propriétaires : ils offraient donc des candidats idéals au défrichement et à la remise en valeur des petites parcelles, à commencer par le vignoble.
En île de France, les propriétaires des domaines adoptèrent deux voies complémentaires : sans aller jusqu’au morcellement, ils pouvaient réduire la taille de l’exploitation en rognant sur les marges, par le biais des accensements , voire en y installant plusieurs fermiers ; s’ils tenaient à conserver intacte la mise en valeur de leur domaine, force leur fut de participer aux avances de capital sans aller toutefois jusqu’au métayage.

L’émergence d’une primauté (1500 à 1560).

Les baux étaient le plus souvent de 9 ans et étaient mis en enchères publiques. Arrivé en fin de bail, le bailleur était confronté à un problème. Soit il renouvelait le bail à un fermier dont il était satisfait, soit il procédait par adjudication en espérant obtenir un meilleur prix. Mais il arrivait aussi que le fermier en place accepte une augmentation et donc un renouvellement du bail. C’est ainsi que certaines familles de fermiers ont pu rester sur la même exploitation pendant plusieurs générations.
Pour exercer leur charge, qui comprenait l’entière gestion de la ferme, ces laboureurs ont dû petit à petit appréhender des notions de comptabilité et de droit. Ils ont dû apprendre à lire, écrire et compter et ils passaient aux yeux de leurs contemporains pour des érudits. Progressivement, les tenanciers d’exploitations plus modestes, qui ne pouvaient pas accéder à un tel savoir, prirent l’habitude de demander leur aide.
C’est ainsi qu’ils furent sollicités pour la rédaction des actes relativement simple comme les baux à cheptel ou à loyer, la préparation des contrats de mariage, des actes de vente ou d’échanges parcellaires.
Ils furent amenés à intervenir comme arbitre (pour ne pas dire juge) dans les petits litiges de la vie rurale et à devenir intermédiaire dans la vente de la production.
Les domaines de l’île de France comprenaient une multitude de redevances dont la perception était délicate. (Les campagnes de France subirent le poids du champart jusqu’à la Révolution). Très généralement le droit se levait à la onzième gerbe, ce qui en faisait la plus lourde des charges féodales. Au sein de la communauté villageoise, les gros fermiers surent convaincre les maîtres du sol de leur aptitude (tenir des comptes, rédiger des actes) à défendre leurs intérêts et à percevoir pour eux les redevances des fermes voisines. Le temps des fermiers –receveurs, précurseurs des fermiers généraux , pouvait venir.
Dans les villages le développement du commerce amenait une évolution semblable chez les commerçants car l’exigence de connaissance était la même.
De plus en plus de fonctions officielles leur furent confiées. C’est ainsi qu’à Marly on trouve des lieutenants de justice seigneuriale comme Jacques Guérin et Antoine Antheaume. (Inhumés dans église) ou un procureur fiscal : comme Antoine Boucher, ou encore un greffier-tabellion comme Mathieu Malice. Ils sont issus de familles de gros laboureurs.
Gardiens des droits du seigneur et de la communauté villageoise, les laboureurs qui officiaient comme procureurs ou lieutenant dans les juridictions seigneuriales devenaient vite des spécialistes du droit rural qui, localement faisaient autorité.
Pour marquer le statut des gros vendeurs de grains, une qualification professionnelle nouvelle s’imposa bientôt : celle de " marchand-laboureur".
Au sein de la bourgeoisie urbaine, les qualités « d’honnête ou d’honorable homme » marquaient ainsi une frontière de respectabilité. Avec l’honorabilité on entrait dans le cercle des notables. A ce niveau, seuls les avocats, les officiers de justice de plus ou moins haute volée et les marchands les plus fortunés avaient accès. Le qualificatif « d’honnête homme ou d’honnête personne » paraissait d’autant plus important à une petite bourgeoisie urbaine, qu’il la distinguait publiquement du monde du travail alors que ses revenus ne l’en éloignaient guère. L’attribution de pareilles épithètes à l’intérieur du monde rural ne pouvait que manifester l’émergence d’une aristocratie reconnue comme telle et soucieuse de se rapprocher de celle des villes voisines. (Senlis).
A Marly la Ville, en 1556, Etienne Fieffé est qualifié " d’honnête personne ".
Les Noces offraient des occasions privilégiées de démonstration sociale par la qualité des signes distinctifs comme l’importance du banquet. Selon l’usage, c’est au père du futur que revient la dépense des cadeaux à offrir à la future, au même titre que celle des habits nuptiaux de son fils qui affirment le rang social. Après les épousailles suivaient ; elles donnaient lieu à de vastes rassemblements qui débordaient la parenté des deux conjoints déjà fort large.
Quand Fabien Lorillart et Catherine Ganneron furent mariés à Marly la Ville vers 1580, « il y avait en ladite noce fort grand appareil et assemblées » rapporte vingt ans après un marchand-laboureur de Gonesse .
Passé 1540, les « marchands- laboureurs » s’érigent en caste. La question est d’assurer l’installation dans les fermes des héritiers pléthoriques tout en maintenant les positions économiques déjà acquises. Les ménages étaient faits pour durer, avoir beaucoup d’enfants. Au milieu du XVI ème siècle, les moyennes d’âge au mariage sont de 18,8 ans pour les filles et de 21,7 ans pour les garçons, dernières maternités ayant lieu vers 42 ans.
Au XVIème siècle, l’espace régional était occupé par les familles Papelard, Ganneron, Berson, Pluyette.
Les enfants qui voulaient quitter les fermes du plat pays étaient attirés par les villes comme Senlis et surtout Paris. Trois voies se présentaient pour ce faire, souvent la religion était choisie.
L’accès à des charges ecclésiastiques honorables et localement bien dotées était général. Chez les Pluyette dont on connaît l’extension à Fontenay et Puiseux depuis le XV ème siècle, chaque génération comptait au moins un ecclésiastique. A elle seule, cette famille formait un réservoir de prêtres qui colonisait les cures de la région.
L’occupation d’un bénéfice à charge d’âmes offrait une perspective temporelle nullement négligeable pour entrer dans les ordres. Pour avoir accès à quelque cure bien rentée il fallait attendre que la place soit libre, et subir quelques temps de purgatoire comme vicaire auprès d’un titulaire susceptible d’intervenir auprès du collateur : ainsi fit Jean Dée, fils d’un laboureur de Gonesse qui, vicaire à Fontenay en 1545, ne devint curé de Villeron qu’en 1560.
Au sein des familles de marchands-laboureurs, certains ecclésiastiques n’accédèrent jamais à un bénéfice sacerdotal en raison d’un décès prématuré ou de l ‘impossibilité d’en obtenir : ainsi en fut-il d’Etienne Malice, mort simple prêtre le 18/05/1552 à Marly la Ville, et dont le testament se trouve aux archives municipales.
Dans « cette chasse gardée » des cures du Pays de France largement pourvues de dîmes et rentes foncières, les dynasties du plat pays parvinrent à s’y introduire car elles offraient des « états » tout à fait honnêtes aux frères des marchands-laboureurs.
D’autres, plus rares, choisissaient l’austérité de la vie contemplative :
1595 : un fils du marchand laboureur Régnault à Epiais les Louvres chante sa première messe en l’abbaye d’Hérivaux ;
1565, Jacques Berson né à la ferme de Choisy aux Bœufs, entre chez les Franciscains à Meaux, puis à la cour où il sera confesseur de la reine prédicateur du roi et du duc d’Anjou ;
A Marly-la-Ville, le 21 février 1609, était baptisé Denis Antheaume.
Ses parents, François et Suzanne, laboureurs, n’étaient pas riches mais quand même aisés. La famille s’était établie à Marly-la-Ville au XVème siècle. François Antheaume a pu éduquer correctement ses 7 enfants et on sait que Denis a appris à lire et à écrire à Marly-la-Ville même. En 1631, il délaissa la poterie pour entrer en religion chez les Augustins déchaussés et il prononça ses vœux en 1633 sous le nom de Frère Fiacre de Sainte Marguerite.
C’est le 27 octobre 1637, que Frère Fiacre, alors qu’il était en prière, eut une révélation :
La Reine devait demander publiquement que l’on fit en son nom, trois neuvaines de prières à la Sainte Vierge, dans 3 églises différentes et un fils lui serait donné.
Ainsi fut fait et, au début de février 1638, la Reine ressentit les premiers mouvements de l’enfant et c’est le 5 septembre que Louis, 14ème du nom, vint au monde. Son second prénom fut Dieudonné !
Frère Fiacre décédera le 16 février 1684.
1643, deux fils d’un laboureur d’Ecouen répondent à l’appel missionnaire de la congrégation fondée par Vincent de Paul, les deux frères Le Vacher dont l’un terminera sa vie en martyr.

Morphologie des fermes

Pendant un long siècle, de 1540 à 1650, au moins, la structure de la grande exploitation agricole change peu. Au milieu du XVI ème siècle, on l’a vu, ses contours sont posés : la réunion autour du corps de ferme loué à un grand propriétaire, de baux secondaires, et, le cas échéant, de quelques parcelles en faire-valoir direct. Ses dimensions allaient rester assez stables jusqu’à la seconde moitié du XVII ème, avant que ne s’opère un changement d’échelle dans la concentration.
De chaque corps de ferme dépendaient des domaines cultivés qui tranchaient, dans les finages villageois, par leur relative massivité et leur forte cohésion culturale.
Tout au long du XVI ème siècle on édifia des volières au-dessus du portail des granges ; le droit de colombier, d’abord privilège de haut justicier, ne tarda pas à être reconnu à tout seigneur ayant fief, censive et domaine de cinquante arpents de terre.
Devant le risque majeur que faisait courir l’incendie au capital immobilier de l’un comme au capital mobilier de l’autre, propriétaire et fermier avaient intérêt à s’entendre. C’est alors que la tuile remplace le chaume dans la couverture des bâtiments ; vers les années 1670, le chaume était relégué aux hangars et aux petites étables à porcs. Les destructions causées pendant les guerres de Religion ont accéléré le processus. Mais les propriétaires ecclésiastiques qui venaient de subir des coupes répétées dans leur revenu comme dans leur capital pour contribuer aux besoins du royaume, furent incapables d’y répondre. Pour faire face aux charges de reconstruction, les couvents se tournèrent d’abord vers leurs fermiers.
En 1600 :-le devis de réparation que la puissante abbaye de St Denis se déclarait incapable d’engager pour la ferme seigneuriale de Villepinte dont la grange de huit travées avait été entièrement brûlée. Ce fut Antoine Ganneron, l’exploitant en place qui venait de défricher les terres abandonnées, qui proposa d’avancer la somme ! Le bail de 36 ans qu’il demandait en retour de son geste ne fut pas accordé ; mais la mise en adjudication de la ferme ne trouvant ne trouvant pas d’autre acquéreur, l’abbaye accorda un bail de 21 ans.-
Ceci en dit long sur les capacités d’épargne que conservaient certains marchands-laboureurs.
En dehors de quelques situations marginales, la grande exploitation en Ile de France se situait entre 20 et 90 ha. ; en deçà la superficie ne suffisait pas à employer une charrue ; au-delà la concentration n’était que provisoire. Dans ces limites la ferme de deux charrues représentait la situation ordinaire. C’est d’ailleurs par charrues qu’on comparait les grandes exploitations entre elles, mesure qui reprenait la charruée médiévale.
Tel fermier était à la tête d’un « labour » de une, deux, trois charrues, voire davantage ; il arrivait même qu’on mesure en « demi-charrues », ce qui souligne le seuil que définissait la culture tractée. La valeur d’une charrue selon les villages (Goussainville, Vémars, Saint Witz) variait selon la valeur d’un arpent. De fait c’est autour de la trentaine d’hectares qu’on peut établir son équivalence, tant que l’attelage resta fixé majoritairement à deux chevaux et donc jusqu’à la fin du XVIIème siècle.
La division des grandes fermes : cette pratique répondait au besoin de ménager l’avenir familial, car préparer l’installation des jeunes ou assurer la vieillesse des parents.
Les contrats de mariage devinrent un instrument de protection sociale efficace, surtout pour les veuves qui se réservaient une portion résiduelle de l’exploitation. Qu’advenait-il, en effet des fermes de « quatre charrues » et plus quand il s’agissait d’établir un enfant ? Loin de maintenir l’unité du bail obtenu du propriétaire, le preneur choisissait de tailler dans l’exploitation pour y installer un de ses fils. Une partition entre deux ménages de cultivateurs s’instaurait, d’abord sur deux générations différentes, puis sur une seule quand un deuxième enfant-voire un troisième-obtenait une autre partie de la ferme
L’éclatement marque le degré de dispersion maximal avec une superficie moyenne des parcelles de 0,6 ha. ou moins le morcellement est extrême, même s’il demeure en deçà des situations observables dans les plus petites fermes. A Marly-la-Ville, en 1633, Martin Affirty achète à Charles de Bragelongne et Claude Oudet une ferme de 18 ha constituées de 65 pièces !
Renouvellement du cheptel. « point de chevaux, point de ferme. »
Tout au long de sa vie à la ferme-qui pouvait s’accomplir jusqu’à sa mort (puisqu’il n’était pas question de consommer sa viande jusqu’à la fin du XIX ème siècle) le cheval passait par un cycle d’activités qui assurait une rotation au sein de la cavalerie.
Mise au travail à 4 ans ; il tirait le chariot comme limonier (cheval de devant) ; puis passé ses 10 ans, on l’attelait à la charrette ou il pouvait rester 5 ans ou plus. Classé hors d’âge, il passait au tombereau et quittait le charretier pour le valet de cour ; beaucoup faisaient office de cheval de selle. Même borgnes ou aveugles les chevaux continuaient à rendre service. Les marchands-laboureurs s’approvisionnaient en chevaux de 3 ou 4 ans aux foires de Senlis, Luzarches, Beauvais et Crépy de septembre à novembre.
Entretenus pour le trait et le labour, accessoirement pour la selle, les chevaux ne servaient pas en principe au bât. Certains fermiers, parmi les plus gros, firent l’acquisition d’un baudet. La diffusion des bêtes asines se fit autour de 1650. Accompagnée de son ânon ou de son bourriquet la bête asine ne valait pas cher ; une dizaine de livres alors qu’un cheval de 6 ans atteignait 165 livres.

Le patrimoine foncier.

Dans les campagnes proches des grandes villes soumises au partage égalitaire qui morcelait les successions et au crédit hypothécaire extérieur qui exposait la terre aux convoitises bourgeoises, la menace d’expropriation paysanne n’était pas mince. Quand se mirent en place les dynasties de fermiers entre 1450 et 1550, le maintien dans les grandes exploitations avait bien entraîné quelques aliénations de patrimoine.
Pour le siècle qui court des guerres de Religion à la Fronde, la plus part des études portant sur le Bassin parisien soulignent à cet égard, une longue crise rurale : dans les transferts entre groupe sociaux, la paysannerie, victime de la concentration bourgeoise, voit ses biens fondre comme peau de chagrin.
Chez les marchands laboureurs dont l’activité principale se situait dans le cadre du fermage, la possession du sol ne tenait pas une place centrale . Le rapport à la terre y était conçu comme infiniment plus lâche et plus mobile que pour les sociétés paysannes dans lesquelles l’exploitation familiale reposait sur la transmission inégalitaire .
Mais les gros patrimoines sont souvent constitués d’une multitude de parcelles distantes parfois de plusieurs kilomètres. Ainsi le patrimoine de Martine Chulot, veuve de Augustin Decan puis de Pierre Guérin, est compris dans une région allant de Ezanville à Mauregard et de Tremblay en France au Plessy-Luzarches. Elle possédait des terres à Marly.
Il arrivait que des successions morcellent ces patrimoines. En 1612, Antoine Boucher, fermier et procureur de la seigneurie de Marly-la-Ville, hérite le fief et seigneurie de Belloy et Rougemailles, enclavé dans le terroir de Chennevières. Ce fief se limite à une réserve d’une douzaine d’arpents (6 ha) et à une censive à peine plus étendue, mais sur laquelle notre homme fait peser ses « droits de justice foncière, cens et champarts portant lods et ventes, saisies et amendes ». Fief minuscule comme il y en avait tant.
Ces successions en partage égalitaire entraînaient une perpétuelle recomposition des patrimoines, détruisant l’œuvre de la génération précédente.
On faisait d’abord la part au salut des défunts : il était rare que dans leur testament, les parents n’aient point fait de legs à la fabrique paroissiale pour assurer les obits . Il ne s’agissait souvent que d’un champ ou de quelques quartiers de terre mais, d’une génération à l’autre, les patrimoines s’effilochaient quelque peu .
Puis arrivait le partage entre les cohéritiers : mesurées par un arpenteur local, prisées par les experts choisis d’un commun accord : marchands- laboureurs pour le foncier et maçons pour le bâti, les successions faisaient l’objet d’un lotissement le plus juste et égal, ce qui limitait les soultes à très peu de choses. Chaque lot était numéroté sur des billets qu’on roulait dans le chapeau d’un jeune garçon « passant par la rue » ; La main innocente les attribuait l’un après l’autre à chacun des copartageants. Le tirage au sort parachevait donc la division égalitaire.
Chez les fermiers la fragmentation était d’autant plus accusée qu’elle reposait sur une abondante descendance.
Une autre cause de morcellement était la vente de parcelle afin de liquider une dette devenue exigible. On trouve alors des ventes à réméré comme celle d’un arpent de terre vendu en 1647 à un parent Eloy Antheaume, maître chandelier en suif à Paris par Nicolas Malice et Claudine Montgé, laboureurs à Marly la Ville . Cette vente laissait au vendeur une faculté de « réméré » pour 3 ans.
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