Mode de vie rural

jeudi 5 novembre 2015
par  Jean

Comment vivait-on au XVIIIème siècle

Les récits de la vie à la cour sont nombreux ; mais comment vivait le peuple des campagnes loin des fastes de Versailles ? Quelles pouvaient être ses joies, ses peines, ses peurs ? Voilà ce que je vais essayer de résumer en regroupant les diverses informations que j’ai pu glaner au fil des lectures. Je ne prétends pas traiter le sujet de façon exhaustive mais simplement donner quelques éléments. De plus les conditions de vie changent d’une région à une autre, d’un village à l’autre et peut-être même d’une ferme à l’autre suivant, par exemple, l’importance de la basse-cour.
Ce chapitre est écrit à partir des données du livre de M. Larchiver : "Les années de misères" (sous Louis XIV) chez Fayard, ainsi que de l’introduction à "Lire de français d’hier" d’Audisio et Rambaud avec quelques emprunts à Alain Decaux. Enfin, quelques informations, tirées des registres de l’état civil, viennent en complément.
La maison :
Bien sûr les maisons riches étaient déjà bâties en pierre de taille, mais le peuple habitait surtout des maisons constituées d’une ossature de bois remplie de torchis. Le toit était en chaume et le sol était le plus souvent en terre battue. La porte d’entrée était en bois, constituée de 2 panneaux pleins juxtaposés verticalement. On pouvait ainsi fermer le bas de la porte pour empêcher la volaille d’entrer tout en laissant le haut ouvert afin de faire entrer la lumière et permettre l’évacuation de la fumée. La maison devait être sombre car la fenêtre, sans vitre, était réduite au minimum. (le vitrage de fenêtre n’est apparu que tardivement pour le peuple, le verre étant cher).
L’intérieur ne comportait souvent qu’une seule pièce dans laquelle se trouvait le fourneau, qui servait à la fois à cuire les aliments et à chauffer l’ensemble de la maison, un lit pour les parents et un grabat pour les enfants. Une table, quelques tabourets, une armoire et des coffres pour ranger la vaisselle en terre ou en bois, étaient le seul mobilier. La maison jouxtait l’étable qui procurait un complément de chauffage et … de parfum.
Telle était la maison d’un petit laboureur d’après Alain Decaux.
La nourriture :
L’aliment de base est le pain. Un adulte en consomme 3 livres (en gros 1,5 kg) par jour et un enfant de 5-6 ans une livre. Il faut comprendre sous le vocable de « pain » non seulement le pain de seigle ou de blé tel que nous le connaissons mais aussi les galettes de maïs et de sarrasin ainsi que la bouillie de châtaignes cuites dans l’eau ou dans le lait suivant les moyens.
Le pain accompagnait la soupe obtenue à l’aide des légumes disponibles, poids secs, lentilles, fèves, carottes etc. mais pas de pomme de terre pas encore introduite en France. Si on est un peu plus aisé on peut y ajouter un peu d’huile ou de graisse, voire une tranche de lard. En période de disette on remplaçait les légumes par des herbes sauvages.
Une tranche de pain était posée au fond de l’écuelle dans laquelle on versait la soupe : on trempait la soupe. Voilà l’essentiel de la nourriture.
La viande était rare ce qui provoquait un manque en graisses animales. Il y avait aussi carence en vitamines provoquant des maladies comme le scorbut, la pellagre ou le rachitisme.
En plus de l’eau, on boit du cidre ou du vin léger (piquette) car le vin de qualité, lorsqu’on en produit, est destiné à la vente.

En dehors des catastrophes climatiques la production de l’agriculture française suffisait amplement à nourrir les 22 millions d’habitants de l’époque ; on pouvait même exporter. Mais autour de 1700 la météo se montra fort capricieuse.
Vivre, un dangereux parcours.
Naître vivant était déjà un miracle. La mère accouchait assise aidée par une sage-femme « diplômée ». Eh oui, il fallait remplir un certain nombre de conditions pour être reconnue « matrone ». Il fallait déjà être d’un âge mûr, avoir eu des enfants soi-même et réussir un examen. Mr le Curé en était l’examinateur. Oh ! il se moquait bien de savoir si la postulante avait des notions d’hygiène ou de médecine. Il fallait surtout qu’elle soit bonne pratiquante et connaisse parfaitement le rituel permettant de prodiguer un ondoiement valable au nouveau-né en danger de mort. Le reste était secondaire.
On ne s’étonnera donc point du nombre de mères mortes en couches. En cas de naissances multiples la mère est quasiment condamnée et il en est de même à la moindre complication.
Le nouveau-né vivant n’était pas pour autant tiré d’affaire. Le jour même son père le sortait, quel que soit le temps, pour le faire baptiser. Cependant certains curés eurent l’intelligence d’éviter cette épreuve lors des grands froids en se rendant eux-mêmes au domicile des parents pour y administrer le sacrement.
Les premiers jours de vie sont risqués ; les infections diverses telles que le tétanos ombilical, les infections pulmonaires en hiver et digestives en été, tuent un enfant sur dix dans les quinze premiers jours de sa vie. Viennent ensuite les maladies de la prime enfance, maladies aujourd’hui maîtrisées, comme la diphtérie (le croup), la variole, la coqueluche etc. Tout cela réuni fait que seul 1 enfant sur 2 atteindra l’âge de 10 ans.
Maladies de l’adulte :
Le mode de vie et le manque d’hygiène explique la propagation des maladies contagieuses. Le linge des malades, souvent lavé dans un cours d’eau sans avoir été bouilli, contaminait les eaux. Les déjections étaient jetées au fond du jardin dans le fossé et s’écoulaient dans le ruisseau, lequel ruisseau alimentait la fontaine du village qui fournissait l’eau dite potable. Les puits, souvent peu profonds, étaient eux-mêmes contaminés. Les mouches, en été, étaient aussi un facteur de propagation des microbes.
La plus répandue des maladies est sans doute la typhoïde souvent nommée « fièvre putride » ou « fièvre maligne ». Sévissant souvent à la fin de l’été, elle explique les pics de mortalité notés en septembre.
La dysenterie, encore appelée « cours de ventre » ou « flux de ventre », va souvent de pair avec la précédente.
On trouve aussi les « écrouelles » forme ganglionnaire de la tuberculose. La légende voulait que le roi puisse les guérir en touchant le malade. N’était-il pas roi de « droit divin » ?
L’ergotisme n’est pas une maladie mais une intoxication assez spectaculaire et qui mérite d’être décrite. L’ergot est un champignon toxique qui se développe dans la fleur du seigle et se retrouve dans les grains. Il provoque un genre de gangrène sèche ; les membres du malade se dessèchent, noircissent et tombent sans saigner. On peut en réchapper si la tête et le tronc sont épargnés !

Et la médecine !
Pour parodier une phrase célèbre j’aurais envie de dire : « Gardez-moi du médecin, la maladie je m’en charge ».
Les préceptes de base étaient, suivant la phrase chère à Molière, « saignare et purgare ». Si ces principes pouvaient avoir quelque efficacité à la Cour, où la plus grosse maladie était une alimentation trop riche, on imagine sans peine le résultat sur un malade sous-alimenté. Heureusement les médecins étaient rares dans les campagnes et leurs visites trop onéreuses, ce qui fait écrire à Marcel Larchiver que les chances de guérison étaient supérieures en campagne où le malade se contentait le plus souvent de tisanes.
On trouve dans la biographie de Guillaume Budé le passage suivant. Budé souffrait d’affreux maux de tête. Pour le soigner, on lui brûla la peau de crâne au fer rouge. Je pense que le remède était fort efficace car, même s’il ne l’était pas, le patient devait arrêter de se plaindre par crainte d’un second traitement.
Curieuse médecine aux remèdes particulièrement rétrogrades par rapport à la chirurgie qui savait procéder à l’extraction des calculs dans la vessie ou à des césariennes !
Deux grands prédateurs
Ils sont deux, l’un précédant souvent l’autre et presque toujours associés : le FROID et sa fille la FAMINE.
Le froid à lui tout seul est déjà un ennemi farouche. La maison est mal équipée pour lutter contre, le seul fourneau de la cuisine ne suffit pas à chauffer des pièces sans doute pleines de courants d’air. Quand on sait que le vin gelait dans les carafes de la table royale à Versailles en 1709, on peut mieux imaginer ce que devait être le « confort » de la maison d’un manouvrier.
Nourrir la famille devenait un problème quasi insoluble. Le froid empêchait le manouvrier de travailler et comme la paye était journalière, pas d’argent pour acheter le pain ou la farine. Dans le potager les légumes étaient gelés et le sol durci interdisait tout arrachage. Dans les celliers les tonneaux éclataient. En quelques jours les prix s’envolaient. En 1709 le prix du pain à Gonesse a été multiplié par 7 ; non pas par manque de grain, les greniers étaient pleins des récoltes précédentes, mais par la conjonction de plusieurs causes : les transporteurs ne voulaient pas risquer la santé de leurs bêtes sur des chemins verglacés et de toutes façons les moulins ne pouvaient pas moudre car les rivières étaient gelées. A cela s’ajoutaient des manœuvres spéculatives sur les grains, manœuvres que le pouvoir s’efforçait de limiter. Localement, certains princes venaient en aide au peuple affamé. On verra, en 1784, le Prince de Condé, qui résidait à Chantilly, acheter du grain pour 30 000 livres afin de le revendre dans les paroisses voisines au prix maximum de 45 sols le boisseau. Il acheta aussi pour 3 000 livres de riz à distribuer gratuitement aux indigents de la contrée.
Poussés par la faim les hommes cherchaient des ersatz. On fit du pain avec des glands et du son ou avec des racines de fougères ; ce dernier rendait le teint jaune et les hommes qui en mangeaient étaient si faibles qu’ils pouvaient à peine tenir debout. On mangea les herbes sauvages ce qui provoqua quelques empoisonnements. Dans la région d’Ambert on mangea des chiens, des chats, des rats et il y eut même quelques cas de cannibalisme.
Quand la provision de bois, s’il y en avait une, était épuisée, il était difficile d’en racheter, son prix aussi étant devenu exorbitant.
Que faire ?
Certains restaient cloîtrés dans leurs maisons transformées en glacière et on en a vu mourir de froid dans leur lit ; on estime que la température pouvait descendre à –10° à l’intérieur. Il ne faut pas oublier que leur alimentation, pauvre en graisses animales, ne les aidait pas à supporter la rigueur du climat. On ne pouvait même plus invoquer l’aide de Dieu car le vin de messe gelait dans le calice.
D’autres partaient vers la ville en espérant trouver mieux. Beaucoup mourraient en chemin, comme en atteste les actes de sépulture, et ceux qui parvenaient à rejoindre la cité devaient vite déchanter. La vie y était aussi difficile qu’à la campagne ; les mendiants pullulaient et ceux qui n’étaient pas des habitants réguliers étaient chassés ou punis.
Une déclaration d’avril 1685 donne ordre aux mendiants qui ne sont pas de Paris de quitter la capitale sous peine de 1 mois de prison pour les hommes et 5 ans de galères en cas de récidive. Les femmes et filles de plus de 15 ans seront fouettées et mises au carcan, les filles de moins de 15 ans seront fouettées et enfermées. Dans d’autres villes ils étaient chassés mais il leur était fourni un petit viatique : quelques sous et une ou deux livres de pain.
Les hommes n’étaient pas les seuls à souffrir du froid ; les animaux, domestiques ou non, mouraient aussi. Les chevaux et les bœufs payaient aussi leur tribut privant ainsi les familles de laboureurs et de charretiers de leur outil de travail. Si les bœufs pouvaient fournir de la viande de boucherie, le dilemme était plus grand avec le cheval. A l’époque on n’en mangeait pas car on avait envers lui des sentiments proches de ceux éprouvés aujourd’hui envers le chien.
Un autre péril guettait aussi nos hommes : le loup. Il y en avait une quantité assez importante qui, en temps normal, se contentait de manger quelques moutons, quelques chevaux, voire quelques bergers et bergères. Mais en période de froidure l’animal s’enhardissait et n’hésitait pas à pénétrer dans les villages pour attaquer l’humain. Certains auteurs estiment à 2 ou 300 personnes tuées chaque année par cet animal en France. On signale aussi des cas de transmission de la rage à l’homme provoquant la mort dans d’effroyables douleurs.
Les épidémies :
Indépendamment des épidémies saisonnières semblables à celles de nos jours, la maladie suivait presque toujours les grandes périodes de disettes. Sur une population affaiblie par la faim les maladies dont nous avons déjà parlé faisaient des ravages. La notion de contagion était connue et pour éviter la propagation, les morts étaient souvent enterrés sans passer par l’église ( le curé procédant à une simple bénédiction), souvent sans cercueil ni linceul et parfois en mettant plusieurs corps dans la même fosse.
Les épidémies étaient aussi fréquentes en été, comme quoi la chaleur était presque aussi redoutable que le froid. La chaleur favorisait le développement des microbes, d’où l’extension des maladies amplifiée par le manque d’hygiène ainsi que nous l’avons déjà décrit plus haut au paragraphe : "Les maladies de l’adulte".
L’agriculture :
Le travail de la terre demande des outils et une force de traction. La surface des exploitations était très variable, allant de plusieurs dizaines d’hectares à quelques ares. Les plus grandes comportaient plusieurs fermes.
Le principal travail était sans doute le labour. Si la ferme était importante l’ustensile utilisé était la charrue ; équipée d’un soc en fer elle défonçait le sol sans retourner la terre. Les laboureurs moins fortunés possédaient une charrue, entièrement en bois, qu’ils avaient souvent taillée eux-mêmes dans une grosse branche. Dans nos régions ces charrues étaient tirées par des chevaux, des mulets ou des bœufs. Le cheval revenait le plus cher (harnais, nourriture, ferrage) et il en fallait 2 par charrues pour labourer un demi-hectare par jour à une profondeur de 15 cm. Le bœuf est plus puissant mais travaille moins vite. Le labour est plus profond mais la surface travaillée ne dépasse guère 20 ares par jour. Il revient moins cher en nourriture et le joug peut être fabriqué sur place à moindre coût.
Quand le cheval vieillit, il est mené à l’équarrisseur car on ne mange pas de la viande de cheval avant 1866. Le bœuf peut par contre être engraissé puis vendu pour la boucherie, ce qui couvre à peu près l’achat d’un jeune.
Si l’exploitation est plus petite, le fermier ne possède souvent qu’un seul cheval. Il doit alors s’allier avec un autre qui se trouve dans le même état. Et si la surface est encore plus petite, le fermier n’a plus que ses bras. Il utilise alors la bêche ou la houe et retourne environ un are par jour, un travail soigné, profond de 25 cm, qui désherbe mieux que la charrue.
Les engrais étant inconnus la mise en jachère était une pratique courante. Seul l’apport de fumier enrichissait le sol mais la quantité de fumier produit était insuffisante. Les grandes exploitations possédaient un troupeau de moutons mis en pacage sur la jachère ; cela produisait de la viande de boucherie et engraissait le terrain par la même occasion. Un pigeonnier fournissait aussi un engrais de qualité.
Mais que semait-on sur ces terres :
Principalement des céréales avec en tête le seigle. Il pousse bien, même sur des terrains pauvres ; il pousse plus vite que le blé, donne une paille utilisable pour fabriquer des liens. Il se vend moins cher que le blé et donne une farine un peu moins blanche.
• Bien sûr on sème aussi du blé dont les caractéristiques se déduisent à contrario de celles du seigle.
• Ensuite viennent le méteil, mélange de seigle et de blé, le millet, le sarrasin, l’orge, et l’avoine pour les animaux. Le maïs, récemment introduit en France, commençait à peine à se répandre en 1700. Peut-être y en avait-il déjà dans notre région.
• Certaines cultures étaient locales ; à Fosses les fermiers d’Hérivaux ont cultivé du pavot et de la vesce produisant des teintures utilisées par la filature de Rocourt.
Le fermier cultivait aussi un jardin potager fournissant les légumes nécessaires à l’alimentation de la famille.
La moisson :
Quand le temps des moissons était venu, toute la famille du fermier était occupée, chacun à sa tâche.
Les enfants préparaient les liens qui serviraient à lier les gerbes. Ces liens étaient fabriqués avec la paille du seigle (rappelez-vous la chanson : « j’ai lié ma botte avec un brin de paille »).
Les hommes, et parfois les femmes aussi, « sciaient » les blés à l’aide d’une faucille équipée d’une lame dentée. Ils coupaient relativement près de l’épi afin d’éviter de récolter les mauvaises herbes et un moissonneur sciait une dizaine d’ares par jour. Le blé ainsi coupé était laissé 2 ou 3 jours sur place afin de sécher, puis était lié en bottes.
Les bottes étaient mises en meules en fonction de la dîme. Si la dîme était d’un douzième, la meule comportait 11 bottes verticales coiffées par une botte horizontale. Quand le décimateur passait, il prélevait toutes les bottes horizontales pour les engranger dans la grange dîmière sans doute celle d’Hérivaux.
Tout cela se faisait bien sûr dans la crainte de la pluie ou de l’orage. Une fois le décimateur passé, la récolte pouvait être rentrée et tout ce qui restait, paille et épis oubliés, était la propriété de qui voulait les prendre, en particulier des pauvres de la paroisse, qui étaient ainsi autorisés à glaner.
La moisson des céréales destinées à la nourriture des animaux, plus grossière, s’effectuait à la faux.

L’influence de la religion :
Nous avons vu l’emprise de la religion au moment de la naissance, mais, à cette époque, la religion se retrouvait dans toutes les activités, y compris agricoles. C’est ainsi que, suivant les régions, maintes processions, les Rogations, étaient organisées tout au long de l’année pour demander la protection du saint local, le prier d’accorder la pluie ou le soleil, la chaleur, l’abondance. Quelle qu’en soit la conséquence, il eut été sacrilège de travailler le dimanche même si un orage risquait de ruiner la récolte en cours, quitte à provoquer une disette pouvant entraîner des maladies souvent mortelles. Rien ne devait détourner l’individu de son devoir envers Dieu et l’Eglise.
Les décès de l’année 1712 à Fosses  :
Je prends l’exemple de Fosses dont j’ai particulièrement étudié les actes de décès mais, étant donné la proximité des 2 villages, Marly a dû être confronté aux mêmes évènements dont les conséquences doivent être semblables.

Alors que l’année 1709, malgré la rigueur de l’hiver, avait compté 9 décès, l’année 1712 en fait apparaître 17. Que s’est-il donc passé ?
Les informations climatiques qui vont suivre proviennent aussi de l’ouvrage de Larchiver cité en référence.

L’année 1710 commençait avec des stocks de blé quasiment vides, les récoltes des 2 années précédentes ayant été misérables. La récolte de 1710 s’annonce prometteuse et l’espérance renaît. Hélas le 28 juillet un orage de grêle s’abat sur le bassin parisien et ruine la récolte en faisant tomber la majorité des grains. Quant aux parcelles épargnées par la grêle, c’est le vent violent accompagnant l’orage qui fit tout autant de dégâts.
L’année 1711 ne fut guère meilleure. En février le froid fut plus rude que de coutume et la neige abondante. Le dégel se produisit le 18 accompagné d’une forte pluie, 130 mm à Paris entraînant la crue de toutes les rivières. (Le 25 février la place Maubert est inondée). En fin d’année, le 10 décembre, une énorme tempête touche la moitié nord de la France, arrachant les toitures, déracinant les arbres et abattant même quelques clochers.
Il résulte de ces conditions climatiques une période de disette et de misère d’où découlent les épidémies.
En août 1711 la typhoïde sévit en Picardie ainsi qu’une maladie pulmonaire non dénommée caractérisée par de la fièvre, de la toux avec crachement de sang, puis la mort assez rapide. On trouve aussi des dysenteries, et tout cela continue au long de l’année 1712.
Les hommes ne sont pas les seuls à souffrir des maladies ; le bétail paye aussi son tribut et nombre d’animaux meurent, surtout les bœufs atteints par une épizootie de peste bovine qui touche l’Europe y compris l’Angleterre.

L’école
Contrairement à une idée souvent répandue nos ancêtres n’étaient pas illettrés. On trouve en effet, à Fosses, l’acte de décès de François Mongé le 16/04/1690, profession : maître d’école ! Il fut enterré dans l’église .
Depuis le milieu du XVème siècle, grâce à l’invention de Gutenberg, le prix des livres a chuté. Sans être encore accessible à tous, il commence à se répandre dans les classes moyennes. Les analphabètes et illettrés se sentent de plus en plus dépendant de celui "qui sait". François 1er, par l’édit de Villers-Cotterêts (1539), rend obligatoire la tenue des registres de catholicité, ancêtres de l’état civil. En 1579, l’ordonnance de Blois rend la signature des actes obligatoire. Les divers arrêts étaient affichés aux portes des églises. Tout cela incitait le peuple à apprendre et pour cela à créer des écoles.
Le moyen âge avait certes déjà organisé quelques écoles, mais c’est au XVIème siècle que vinrent ce qui ressemble le plus là nos écoles primaires implantées dans les paroisses rurales.
L’enseignement ne ressemblait en rien à celui que nous connaissons. D’abord, la période de cours se tenait en dehors des travaux agricoles puisqu’elle débutait à la St Michel (29 septembre) et se terminait à la St Jacques (1er mai). L’église servait souvent de salle de classe sans aucun aménagement particulier.
Le premier apprentissage était celui de la lecture qu’il fallait maîtriser avant de passer à l’écriture qui comprenait l’art de tailler sa plume d’oie et sans doute la fabrication de l’encre. Ensuite seulement pouvait-on passer à l’arithmétique. Cela explique pourquoi certaines personnes savaient lire sans pour autant savoir écrire.
L’atmosphère
Permettez-moi de réver un peu ! Je voudrais évoquer l’ambiance de cette époque dans le monde rural.
Imaginez-vous au soir d’une chaude journée d’août, vers 1700, prenant le frais sur votre banc. Qu’entendez-vous ? Pas le moindre bruit de radio provenant d’une maison voisine, pas de vélomoteur qui passe, d’ailleurs aucun bruit de moteur, pas d’avion dans le ciel, pas de sonnerie de téléphone portable ou non, … Peut-être, parfois, le souffle bruyant d’un cheval à l’écurie, le froissement d’aile des chauves-souris, le cricri d’un grillon, le hululement d’un hibou ou le lointain tintement de la cloche de l’église d’une paroisse voisine. Et même si la journée était un peu plus bruyante, je crains qu’il ne soit pas possible à l’homme du 21ème siècle d’imaginer cette absence de bruit, ce silence, uniquement troublé par la respiration de la nature.
Suite


Navigation