Aout 1914

vendredi 6 novembre 2015
par  Jean

C’était un samedi. Beaucoup se sont levés avec le jour pour se rendre aux champs car les moissons battent leur plein. Certains sont partis très tôt pour se rendre à la poudrerie de Survilliers, d’autres se sont rendus aux champs, la faux sur l’épaule, d’autres encore ont attelé leurs bêtes, mais, même si l’air frais de ce petit matin laissait présager une journée radieuse, tous sont inquiets. Les pères, les mères, les maris, ils ne pensaient qu’à l’énorme tension qui règne avec l’Allemagne.
Hier au soir, au bar du Café de l’Espérance, le mal nommé pour la circonstance, on ne parlait que de cela. Le Petit Parisien, Le Matin, Le Bonnet Rouge, tous titraient sur la guerre que l’Autriche avait déclarée à la Serbie le 28 juillet. La Une du Bonnet Rouge, visiblement remaniée suite à la décision de mobilisation, sous-titrait un article par "Est-ce la guerre, est-ce la paix ?".
L’opinion publique, en ce premier jour d’août, n’est pas facile à comprendre. L’assassinat de Jaurès, survenu la veille, sera vite étouffé par les autres événements. Il semble que la majorité des gens n’avait pas pris conscience de la situation. Qui plus est, dans notre région agricole, les moissons occupaient les esprits tout autant que la politique.
En début d’après-midi la cloche de l’église, se mit à sonner. Ce n’est pas l’heure de l’angélus dirent certains. Mais non, c’est le tocsin. Nulle fumée pouvant faire penser à un incendie ne s’élevait pourtant au-dessus du village ; dans le lointain les cloches des villages alentours répondaient faiblement en écho. Agités d’un sombre pressentiment, ils se hâtèrent vers la mairie. La petite place près de l’église, d’ordinaire si calme par ces chaudes après-midi d’été, était pleine de monde assaillant le Maire de questions .
Voilà comment j’imagine ce 1 août 1914 dans nos villages.

Ils sont partis en entonnant le Chant du Départ pour masquer leur peur. Tout le village les avait accompagnés à la gare. Ils étaient sûrs de passer Noël à Berlin !

Dans un premier temps une partie de nos armées s’est portée au secours de la Belgique envahie, comme l’indique le cahier de marche du 36ème Régiment d’Infanterie qui rapporte que, dès le 6 août, l’armée française rentrait en Belgique.
Les marches de 40 km par jour se faisaient par une chaleur torride ponctuée de forts orages. Le 19 août nos troupes arrivaient à Charleroi. La bataille de Charleroi, le 23 août, marque le début du repli de nos armées du nord. Ce repli ne se faisait pas sans combattre ; les 29 et 30 août eut lieu la bataille de Guise dont le seul but était de retarder l’avance ennemie.. C’était la retraite, mais une retraite tactique, qui devait permettre d’établir une solide ligne de défense sur la Marne.
Nos armées se repliaient afin de défendre Paris et d’éviter un siège semblable à celui de 1870. La VIème armée, dont plusieurs éléments avaient été rappelés du front de l’est et acheminés en vitesse par train, était chargée de la défense de notre région. La zone située entre Luzarches et Survilliers était confiée au 7ème Corps d’Armée composé de 2 divisions, la 14ème et la 63ème .Chaque division comprenait 2 brigades de 2 ou 3 Régiments d’Infanterie chacune, de 3 groupes d’artillerie et de divers autres composants : ambulance, génie, intendance etc.
Paris est protégé par une double ligne de défense :
-  Le " Camp retranché de Paris" situé à hauteur de Colombes, Gennevilliers, La Courneuve.
-  Une ligne de défense à la hauteur de Goussainville, Roissy, Mitry-Mory.
Remarques diverses  :
- Note du commandant en chef JOFFRE, en date du 18/08/1914, adressée à la 14ème Division :
Il signale « le côté débraillé, le laisser aller des hommes, leur comportement anarchique tel que quitter leur colonne de marche, en voiture rouler sans aucun respect des distances entre eux, s’arrêter dans les villages sans autorisation. Certaines formations de réserve ne donnent pas l’impression d’une troupe bien commandée.
Des sanctions sévères et même des traductions devant le conseil de guerre sont à envisager pour les chefs de corps ou de détachement qui n’obtiendraient pas de sa troupe une discipline exacte. »
- Le 298ème Régiment d’Infanterie arrive le 2 septembre à 23 heure à Anseville. Le repas n’est préparé qu’à 1h30. Le lendemain il se trouve à Moisselles ; pas de repas car la section de distribution n’a pas suivi.
- Les mêmes problèmes d’intendance sont signalés par le 238ème régiment. Il est dit que "l’extrême fatigue des hommes provient plus d’une mauvaise alimentation que de la longueur des étapes. La soupe n’est servie qu’à partir de minuit et beaucoup préfèrent dormir que d’attendre".
- Le 5 septembre le 298ème quitte Moussy le Neuf et se dirige vers l’est. Près de Brégy, après un engagement, un groupe de soldats vêtu d’uniformes de couleur semblable à celle de l’armée anglaise s’avancent en criant "English, ami France". Ils blessent le colonel Duport en tirant à bout portant, c’était des allemands.
- Sur la N 16, à peu près à 1 km au sud de Luzarches, on peut voir sur le côté droit de la route, la borne qui marque la limite de l’avance des troupes allemandes.


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