Les rapports des Préfets

dimanche 8 novembre 2015
par  Jean

Ce chapitre est basé sur les rapports des Préfets. Si les informations relatives à notre département sont relativement peu nombreuses, les rapports de l’Oise et de Seine et Marne sont nettement plus conséquents. Je pense qu’il est possible d’extrapoler et dire que les conditions de vie étaient semblables dans nos 3 départements. Nous n’aurons malheureusement pas d’informations sur toute la durée de l’occupation. Voici ce que nous connaissons :

Année 1940 :

Le préfet de Seine et Oise alerte les autorités sur le manque de moyens, tant en hommes qu’en matériel, pour assurer la récolte de l’année. L’état major du gouvernement militaire de Paris propose, dans une note [1] du 22 février 1940, de fournir 1 500 hommes mais ne peut satisfaire la demande de 1 000 chevaux. Il propose de mettre en repos dans la région Parisienne une ou deux divisions qui seraient mises à la disposition des agriculteurs.

Un bibliothécaire du Lycée Hoche de Versailles [2] , M. Meyer, se passionnait pour les problèmes de chiffrage. Les Allemands envoyaient à l’époque leurs messages dans de faux bulletins de météo sur lesquels les services de l’armée se cassaient les dents. M. Meyer constitua une équipe d’amateurs qui cassèrent le code, permettant ainsi de suivre les mouvements des navires allemands, de localiser les terrains d’aviation, etc. M. Meyer, le petit amateur, sera évacué avec les services officiels, d’abord à Barbezieux, puis à Bordeaux et enfin en Afrique de Nord. Plus tard il revient en France et rentre dans le réseau de l’OCM.

Dans son rapport du 1er juillet 1940 [3] , le préfet de Seine et Oise note que les bombardements sur le département ont tué un millier de personnes et fait plusieurs milliers de blessés entre le 10 et le 25 juin. Au 15 juin il ne restait plus que 300 000 habitants sur 1 500 000 en temps normal. On peut estimer que, depuis l’armistice, 300 000 personnes sont revenues. Les banques et les divers organismes de paiements ayant été évacués, il y a pénurie d’argent frais alors que l’échéance du 1er juillet (salaires, dépenses publiques etc) se monte à 50 millions de francs. A cela s’ajoutaient les difficultés de nourrir la population. Le préfet précise que l’attitude de l’armée allemande est correcte et sans incident avec la population. Les quelques pillages qui se sont commis seraient le fait de réfugiés ou d’évacués.

Le Préfet de Seine et Marne, dans son rapport du 7 octobre 1940 [4], signale que l’administration est redevenue presque normale. Mais le ravitaillement reste le point le plus crucial. Le manque de nourriture, principalement les faibles rations de pain, la pénurie de charbon font craindre des troubles pendant l’hiver, surtout si on considère le nombre de chômeurs travaillés par la propagande communiste. Les travaux agricoles sont rendus difficiles par manque de combustible et de carburant. La traction animale et insuffisante et les réquisitions de fourrage risquent de compromettre l’alimentation du bétail. La quantité d’essence allouée correspond à 1/10 de celle habituellement consommée et 7 000 tonnes de charbon sont prévues au lieu de 25 000 en temps normal.

Année 1941

Seine et Marne [5]
Le 20 mars 1941 le nombre de détenus dans les prisons est passé de 481 à 656. Une violente tempête a sévi le 20 février provoquant plus de dégâts que les bombardements. 150 km de voies ferrées et 300 km de routes sont détruits ; il faut prévoir une année de travail pour la remise en état.

En mai 1941 le marché de la Villette ne fournit plus la Seine et Marne d’où de grave pénuries en viande et en poisson. Le peu de pomme de terre alloué sera exclusivement réservé aux semences et le ciment manque pour les réparations. Dans ce département les habitants se plaignent de l’attitude des soldats allemands ; chapardages, pillages et réquisitions sont fréquents sans qu’il n’y ait intervention de la hiérarchie [6] .

En juillet 1941 les châteaux et grandes demeures sont réquisitionnées par l’occupant. Des prisonniers de guerre qui ont été libérés font remarquer qu’ils étaient mieux nourris en camp, mieux chauffés et qu’ils recevaient plus de savon !

Septembre 1941 : les rations de viande sont, par semaine, de 110 gr avec os ou 80 gr sans os. Les producteurs préfèrent vendre au marché noir les porcs, les moutons et même les bœufs abattus à la ferme ; œufs et volaille ont complètement disparu des marchés.

Octobre 1941 : Augmentation de la répression des réunions communistes ou gaullistes. Le rendement des moissons est inférieur aux prévisions, sauf pour les fourrages et la betterave. trois meules de blé non battu ayant été incendiées les allemands ont arrêté 10 communistes en otages.

En novembre on constate de 25% que des enfants ont maigri. L’alimentation devient angoissante. Les volailles ne peuvent plus être nourries, moins de problème pour les lapins ; or ces élevages sont nécessaires car les habitants des communes rurales reçoivent moitié moins de viande que dans ceux des communes urbaines

Année 1942

Seine et Marne

En janvier 1942 le chauffage devient d’autant plus difficile à assurer que la température est descendue à –20°

En avril le problème du logement s’aggrave. Le bombardement des usines Renault provoque un transfert de population vers la banlieue (Logements détruits ou peur ?)
.
Le 15 septembre 1942 installation à Villeron d’une nouvelle station de radiodiffusion française [7], l’ancienne ayant été détruite en juin 1940. Le tunnel du Coudray sur Thelle est interdit à la circulation et une antenne radio est installée ; on pense qu’il s’agit du PC de la Luftwaffe.

En décembre 1942, création de cantines scolaires afin que les enfants ne soient plus obligés d’effectuer 2 fois le trajet. Pénurie de tabliers pour les écoliers, trop chers, et diminution de la main-d’œuvre à cause du STO.

Année 1943

Région parisienne
La police française continue d’assurer la circulation, ce qu’elle fait avec une nonchalance certaine qui agace l’occupant.

En septembre, une liste des "personnes de confiance" est dressée. Les maires de Goussainville et de Luzarches y figurent.

Année 1944

Région parisienne

Début 1944 la cartoucherie de Survilliers, qui fabrique des cartouches d’abattage du bétail, est autorisée à utiliser des explosifs [8] et "L’industrielle plâtrière" de Survilliers est citée parmi la liste des entreprises protégées contre les réquisitions de main d’œuvre.

Février 44, un centre d’entraînement de miliciens est créé à Taverny [9]. A cet effet les châteaux de Vaucelles, Jager et du Belvédère ont été réquisitionnés par les formateurs SS. La violence et la fréquence des raids aériens commencent à effrayer la population.

En mars, Paris subit un froid inhabituel et les Parisiens restent chez eux sans chauffage. Grosse restriction d’électricité, le métro s’arrête de 22h à 6h, 1 300 boulangeries ont reçu l’ordre de fermer et il n’y a pas eu de distribution de viande pendant 3 semaines.

Le 9 mars un bombardement de la gare de Vaires-Torcy provoque l’explosion d’un train de munition ; bilan 800 soldats allemands tués.
Une analyse des compétences du corps préfectoral est dressée en mars . Elle n’est guère flatteuse. Il est aussi signalé que les maires des communes d’Argenteuil, d’Ecouen, de Sarcelles et de Montmorency sont jugés collaborationnistes.

En avril68, les allemands exigent une économie de 2 000 tonnes de charbon et 1 000 de bois, en région parisienne.

Le 9 mai71 une école de police est crée à Aincourt avec à sa tête le Colonel Lelong. Le 17 mai les usines SGMA et SAGEM, près d’Argenteuil, sont forcées de licencier par manque de commandes allemandes, manque de combustible et de matières premières.

Le 15 mai 68 la circulation des voies ferrées du réseau nord est entièrement arrêtée ce qui entraîne l’arrêt de production des usines de guerre de la région parisienne. La production automobile est accélérée et passe à 300 camions par semaine. Chaque département doit fournir 4 000 bovins, 1 500 veaux, 3 000 moutons en début de chaque mois. Seulement le quart revient à la population civile.

Cette absence de trains, les bombardements intempestifs empêchent l’acheminement normal des denrées. Les autorités allemandes préfèrent perdrent les aliments plutôt que de les distribuer aux populations locales. C’est ainsi que, à Bréval, 50 tonnes de blé réquisitionnées, stockés dans des silos, furent consommées par … les rats [10] . En Belgique des tomates, dans la même situation, avaient été distribuées à la population.

Année 1945

Seine et Marne [11]

Entre le 1 et le 15 mai 1945 il a été procédé à 15 condamnations dans le cadre de la répression de la collaboration. On craint quelques conflits entre les nouveaux conseils municipaux et les comités de libération. Les rations de viande, augmentées lors de la libération, sont retombées entre 30 et 90 gr/semaine. Le sel manque et le marché noir prospère. A Provins des personnes accusées de collaboration ont été sévèrement maltraitées, l’une d’elles a succombé. Sur 1052 arrestations, 543 personnes sont libérées mais l’interprète, M Klees, est condamné à l’audience du 17 mai et sera fusillé. Le secrétaire de police de Dammarie les Lys est assassiné.

L’annonce de l’envoi en France de 35000 anciens SS est très bien accueillie ; ils sont destinés au travail dans les mines mais la population préfèrerait qu’ils remplacent les Français dans le travail de déminage.

Période du 1 au 15 juin 1945. Les forces de police chargées de garder les 5 à 6 mille prisonniers sont insuffisantes et on craint des problèmes. Les "officiers et sous officiers" FFI dont le grade n’a pas été reconnu manifestent leur mécontentement. Pourtant, l’opinion publique approuve car elle ne comprenait pas que certains, qui n’étaient même pas militaires, soient devenus officiers en quelques semaines !

Au premier décembre la Seine et Marne ne disposera que de 4 970 tonnes de charbon, la Seine de 4 012 et la Seine et Oise de 1 826.

Année 1946

Seine et Marne

Rations mensuelles :
Pain : 125 gr (enfants) à 2325 gr (travailleur de force) (Consommation moyenne avant guerre : 800 gr par jour et par personne.)
Viande : de 1050 à 1450 gr
Pomme de terre : néant
Matières grasses : 250 à 600 gr
Fromage 160 à 240 gr
Sucre : 500 à 1250 gr
Pâtes : 250 à 750 gr plus Riz 300 gr


[1SHAT 32N248 Général Héring Gouverneur de Paris

[2CARAN 72AJ195

[3CARAN F1CIII/1190

[4CARAN F1CIII/1189

[5CARAN FCIII/1189

[6L’inverse de ce qui est dit en Seine-et-Oise

[7CARAN F/1a/3956 (Commissaires de la République)

[8CARAN F/1a/3974

[9CARAN F/1a/3973

[10CARAN F/1a/3975

[11CARAN F1CIII/1227


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