Mise en place

dimanche 8 novembre 2015
par  Jean

La résistance

Dès l’annonce de la signature de l’armistice, certains Français refusèrent d’admettre la défaite ainsi que le rappellent les paroles de la chanson d’Anna Marly :

« L’ennemi était chez moi

On m’a dit résigne-toi
Mais je n’ai pas pu
Et j’ai repris mon arme »

Certains gagnèrent l’Angleterre et se regroupèrent autour du Général de Gaulle afin de continuer la lutte. L’appel du général, diffusé par la BBC le 18 juin 1940, même si peu de Français l’avait entendu à la radio, se répandit rapidement. Un colonel français, promu provisoirement général, quasiment inconnu, appelait à continuer la lutte. Cet appel peut se résumer en une phrase : « La France a perdu une bataille mais la France n’a pas perdu la guerre ».

Les sources

Les groupements de résistants étant par nature clandestins, les documents originaux sont rares. En effet : quel chef de réseau aurait gardé par écrit la liste de ses membres ou les archives de ses actions ? Cela eut été criminel. Il reste pourtant des traces car du courrier était clandestinement échangé avec Londres.
Nous disposons donc de quelques archives au SHAT ou au CARAN et les ouvrages écrits par les acteurs eux-mêmes, ouvrages à prendre avec précaution car ils sont forcément partiaux (ils n’ont pas toujours la vue d’ensemble du réseau) et sujets aux déformations de la mémoire s’ils ont été écrits des années plus tard.

Naissance de la résistance

La résistance allait donner naissance à plusieurs groupes, qui souvent s’ignoraient, mais que l’on peut classer, en gros, en 3 catégories :
Le renseignement.
La lutte armée.
L’évasion des aviateurs tombés en France.

Ecrire l’histoire de la résistance, il serait plus juste de dire des résistances, pourrait faire l’objet de plusieurs volumes et sortirait du cadre de ce récit. Nous nous contenterons de donner quelques informations sur l’organisation de cette pieuvre.

Plusieurs groupes sont nés spontanément de décisions individuelles. Actifs dès 1940, leur action se limitait souvent à des distributions de tracts ou à des inscriptions de croix de Lorraine et autres sigles sur les murs. La récupération et le stockage des armes éparpillées lors de la débâcle faisait aussi partie de leurs activités. Ces groupes, formés d’hommes provenant d’horizons très divers, grossirent peu à peu mais, faute de coordination, leur action était, le plus souvent, symbolique.

D’autres groupes se formèrent au sein des professions. La SNCF par exemple, j’en parlerai plus loin, ainsi que les PTT formèrent dès le début des organismes plus structurés.

Pour les syndicats la situation est plus complexe. Les militants 300 000 adhérents au parti communiste, par exemple, étaient tiraillés entre 2 positions contraires. Le Parti, de part son obédience à Moscou, ne pouvait pas s’opposer à l’Allemagne à cause du pacte Germano-soviétique. Certains militants, comme Charles Tillon, se lancèrent dès le début dans la résistance, pendant que d’autres, fidèles à leur idéal, se lancèrent dans une fraternisation plus ou moins sincère. Le 21 juin 1941, l’Allemagne, rompant le pacte Germano-soviétique, envahie la Russie mettant ainsi fin à ce dilemme et le parti mettra sa force et son organisation au service de la résistance. Mais il semble que déjà certains militants avaient commencé à s’organiser puisqu’on trouve dans un rapport sur les FFI la phrase : « Le Front National se développe à partir de mai 41, sous l’impulsion de 2 instituteurs et d’un ingénieur  » [1]
.
Le FN créera une branche armée les FTP (Francs Tireurs Partisans).

Les divers mouvements de la résistance manquaient de cohérence et le besoin d’unité se faisait sentir. Mais chacun aurait voulu garder son indépendance ! Il y avait même parfois des luttes armées entre les divers mouvements.
« Et à chaque parachutage, nous étions obligés de mettre un groupe d’hommes autour du terrain avec des FM - non pas contre les Allemands, en pleine débandade ... mais contre les F.T.P. [2] »

Il faut bien dire que tous les résistants n’étaient pas motivés par des sentiments patriotiques. Le STO avait poussé beaucoup de jeunes gens vers les maquis et ces jeunes étaient souvent plus motivés par l’envie d’échapper au STO que par le désir de chasser l’occupant. Cela menait à des actions davantage portées vers l’intérêt personnel que vers celui de la Patrie. Dans certaines régions Londres refusait même de leur donner des armes. La raison nous en est donnée par la remarque suivante :
« Je dois dire que nous avions comme voisins des groupes F.T.P. « Résistants », mais dont le travail consistait surtout à attaquer les bureaux de tabac, les banques et à piller les fermes. Nous n’étions pas particulièrement « copains »… Nous avons eu l’exemple d’une brigade F.T.P. dite de « La Gironde » qui a laissé dans le Cher des souvenirs peu agréables ! D’ailleurs nos chefs, constamment en relation radio avec Londres, savaient que le B.C.R. anglais, ne voulait plus parachuter d’armes aux F.T.P., étant donné l’usage qu’ils en faisaient. Seuls nous, « F.F.I. du Cher-Est », avions le privilège de recevoir des parachutages. Les autres, furieux, cherchaient à nous voler nos armes et la suite le prouve… » [3].

On pourrait penser à un parti pris de l’auteur de cette remarque si d’autres informations n’abondaient dans le même sens, en particulier la position de Londres.
Plusieurs tentatives d’unification de la résistance eurent lieu avec plus ou moins de résultats. En juillet 1943, l’OCM, le FN, le CL, le CR et LIBE constituaient un comité militaire chargé d’assurer la coordination de l’action paramilitaire de ces 5 organisations. Le 23 décembre 1943 l’ORA, l’AS et le FN fondent les FFI.

Le renseignement

Le groupe que je connais le mieux a été créé par Gilbert Renault dit Colonel Rémy [4] . Un curieux personnage ce Gilbert. Employé de banque, il bifurqua sur le cinéma et il se trouvait en Espagne pour préparer le tournage d’un film sur Christophe Colomb juste avant la guerre. Le 18 juin au matin, la BBC n’avait pas encore diffusé le fameux appel, il décide de partir pour Londres.
Après maintes péripéties, il arrive à Londres et se met en relation avec le colonel Passy qui dirigeait le B.C.R.A (Bureau Central de Renseignement et d’Action) dans l’organisation qui se met en place sous l’impulsion du Général de Gaulle.
Revenu en France, il crée un ensemble de réseaux de renseignement couvrant tout le littoral, de la Manche à Bayonne. Très croyant, il nommera son organisation « Confrérie Notre Dame ou CND ». Les informations, transmises par radio, permirent de détruire ou d’endommager des navires ennemis et de préciser les travaux de défense du mur Atlantique.

Même si la principale activité ne concernait pas notre région, le centre était à Paris. Près de nous j’ai trouvé la trace de plusieurs asiles pour les émetteurs radio qui devaient souvent changer de place pour éviter le repérage. Il y a eu aussi un terrain d’atterrissage, nom de code « Pêche », au nord de Compiègne. Cela permettait grâce à de petits avions, tel le Lysander, de venir déposer ou prendre des agents, d’emporter le courrier volumineux et de livrer l’argent nécessaire au fonctionnement des réseaux.
Les allemands ont reconnu que les activités de la CND leur avaient causé beaucoup de torts.

Ce réseau sera fonctionnel jusqu’en fin 1943, époque à laquelle il fut démantelé par la Gestapo suite à diverses trahisons, c’est le terme qui convient, et à des aveux obtenus sous la torture.

La CND avait des liaisons avec les autres mouvements de la résistance dont elle favorisait les liaisons avec Londres, les parachutages d’armes et l’approvisionnement en argent.

Au début 1944 les réseaux ne furent pas reconstitués sous leur forme antérieure. Le débarquement approchant, de petits groupes armés furent créés avec ordre de rester en sommeil jusqu’au jour J, c’était le plan franco-anglo-américain codé sous le nom de « SUSSEX ». Chaque groupe, composé d’un radio, d’un agent de renseignements et d’hommes armés provenant principalement des réseaux FFI et FTP déjà constitués, aurait pour mission de désorganiser au maximum les arrières du front atlantique. Ce furent des sabotages de voies ferrées, de ponts ou encore, tout simplement, la modification des panneaux indicateurs routiers.

C’est ainsi que le 27 juillet 1944, deux colonnes motorisées SS dont une de chars Panzer allant vers Paris se rencontrent à Crépy, puis à nouveau à Mareuil/Ourcq, pour se retrouver le soir à … Senlis. Ces deux convois ont donc été retardés d’un jour dans leur marche sur Paris [5] .

Les liaisons avec Londres

Dans un tout premier temps, les renseignements recueillis par les agents de la CND étaient transmis à Londres par l’Espagne. C’était de simples valises qui passaient soit au culot (il en fallait) soit avec la complicité des PTT en voyageant dans des sacs postaux scellés. Les premiers émetteurs arriveront ainsi grâce aux bons soins des PTT.

Mais le courrier devint vite volumineux. En début 1942, le réseau achète une barque de pêche d’environ 8 mètres. Des caches sont aménagées dans cette petite embarcation afin de dissimuler courrier ou personnages. C’est ainsi que Rémy et sa famille passeront en Angleterre.

L’équipage embarquait tôt le matin, passait le contrôle des allemands, se rendait à la limite de la zone de pêche autorisée et … pêchait.
La veille, un chalutier anglais, sans armement, avait fait route vers la zone. Les 2 bateaux se rencontraient et la barque se cachait derrière le chalutier afin d’effectuer le transbordement. Tout cela se passait de jour, car les petits bateaux n’étaient pas autorisés à naviguer de nuit, en tenant compte des marées et dans la crainte d’être repéré par un navire ou un avion ennemi, car les zones de pêche étaient bien évidemment surveillées.

Le courrier était composé de renseignements divers parfois obtenus au prix de grands risques. Il y avait, bien sûr, les mouvements de troupes, les observations faites de visu sur les fortifications et les défenses du littoral, mais il y avait bien mieux. Un agent qui travaillait dans un arsenal, Brest ou Bordeaux, s’était procuré le double de la clé du bureau d’un officier. A l’heure du repas, il allait décalquer les plans et copier les informations. On imagine sans peine les risques encourus.

La nécessité d’une autre voie de liaison se fit vite sentir. Le parachutage permettait de faire parvenir en France du matériel, des hommes (principalement des radios), de l’argent, des faux papiers, des tickets de rationnement et tout ce qui permet à un clandestin de vivre. Mais il ne permettait pas d’emporter le courrier. Les liaisons radio, en morse, étaient limitées en temps afin d’éviter le repérage et les lieux d’émission devaient varier pour la même raison. Le cryptage des documents était long et la transmission de plan était impossible. D’où la mise en place de liaisons aériennes.

Il fallut trouver des terrains et former des équipes au balisage et cela ne pouvait se faire que par les nuits de pleine lune. Les avions utilisés étaient du genre avion d’aéroclub sans armement. Ils devaient partir d’Angleterre, naviguer de nuit en milieu hostile, et se poser sur une petite prairie perdue quelque part en France, signalée par 3 faibles lumières et trouver la lampe torche qui émettait en morse la lettre de reconnaissance. Nous avons retrouvé les plans de vol aux archives [6] , et nous avons pu mesurer les risques encourus lors de ces missions.

Nous avons aussi trouvé au musée de la Résistance, à Champigny, quelques plans originaux d’informations transmises à Londres tel, ci-dessous celui des champignonnières de St Leu d’Esserent.


Sur un autre, de la taille d’une carte à jouer, se trouve indiquée la position d’une unité près de Luzarches.
Il est assez émouvant de penser que le petit calque original que je tiens dans les mains, m’aurait amené, en autre temps, face à un peloton après quelques heures de torture.

Anecdote  : Un agent de la CDN, voyageant en train, transportait dans une valise un poste émetteur d’une dizaine de kilos. A la gare de destination les Allemands contrôlaient les bagages. Il repère un ado qui traînait une lourde valise.
« Ils sont durs tes parents ; elle est trop lourde ta valise. Prends la mienne, je te la porte un bout »
Les deux passent le contrôle sans être vérifiés. Sortis de la gare ils reprennent leur valise respective. Peut-être sous l’effet de la détente nerveuse, l’agent commet alors une grosse imprudence et dit au gamin :
« Tu pourras dire que tu as travaillé pour la France. Tu sais ce qu’il y a dans ma valise ?
- Ben non
- C’est un émetteur radio. »
L’ado éclate de rire, car sa valise contenait des mitraillettes et des grenades .

La SNCF se bat, puis résiste

Cette partie de l’histoire de la SNCF provient, sauf indication contraire, des archives militaires : SHAT cote 13P65.

Préparation à la guerre

La SNCF, société nationale d’économie mixte, a 2 ans d’existence en 1939. Elle est régie par le décret de loi du 31 août 1939, cahier des charges du 31 décembre 1939.

La SNCF devient donc légalement durant la guerre un instrument militaire qui à ce titre suppose une unité de commandement et une organisation hiérarchique. Au lendemain de la victoire de 1918, le futur réseau de la SNCF avait été étudié militairement, en tenant compte de la situation nouvelle créée par la récupération des départements d’Alsace et de Lorraine.

La SNCF disposait de 17 721 locomotives et l’armée pensait en utiliser 6 680. Comme il manquait de wagons plats, 6 620 tombereaux furent transformés pour obtenir les 60 000 qu’exigeait le matériel militaire.
455 000 wagons de marchandises de types courant (couverts) existaient déjà, mais il faudrait 245 voitures pour le transport des chars de 25 tonnes. Quant aux 500 prévus pour les chars de 40 tonnes, ils ne seront jamais exécutés en raison des événements de juin 40.

Pour le service de santé il fallut aussi aménager 1500 voitures et 84 automotrices sanitaires.

Comme il est vraisemblable que les installations ferroviaires auront dès les 1er jours de guerre à subir des attaques aériennes, un stock de matériel de réparation des voies doit être constitué : c’est ainsi que 200 km de rails sont réservés pour l’armée, complétés par 500 km pris sur les 2000 en stock à la SNCF. 450 appareils de voie sont rassemblés ainsi que 1,2 millions traverses et le stock de charbon se monte 950 000 tonnes, soit 40 jours de consommation.
Le temps de travail était de 57h hebdomadaires sur 6 journées ainsi qu’un dimanche sur deux.

Période d’attente du 22/09/39 au 9/05/40.

Du 25 septembre au 1er novembre 39 la SNCF participe au placement du centre de gravité des armées ; les troupes qui se trouvaient face à la Sarre sont transportées au nord-ouest de la Moselle, ce qui a nécessité 1 450 trains pour le transport des 27 grandes unités. Ce chiffre est inférieur à celui de 1914, lors de la course à la mer, qui avait engagé 1 686 trains).
La population civile n’est pas oubliée et les plans d’évacuation sont préparés. Celle de Paris est réglementée par des notes du 8 octobre 1939.

Période du 10 au 17/05/40, la SNCF au combat.

10 mai 1940 5h du matin, attaque aérienne massive sur les gares de Laon, Nancy, Toul, Caudrecourt, Sézanne, Villers-Cotteret, Abbeville, Dunkerque.
6h45, l’offensive allemande est déclenchée.

Le 10 mai le système régulateur s’implante en Belgique mais à 19h15 les bombardements aériens sur Halluin perturbent les transports ; les Belges, sans moyen de réparation, font appel à la SNCF et le PC d’ingénieurs s’installe à Ypres et à Charleroi. 300.000 permissionnaires doivent être rappelés en 6 jours pour rejoindre les armées ; mais le bombardement des centres de rassemblement commence et la situation s’aggrave le 14 mai. Les aviateurs allemands utilisent des bombes de petit calibre pour obtenir une destruction en surface et causer des déraillements ; les réparations sont rapides mais fréquemment remises en cause.

Le 17 mai, manœuvre vers l’ouest : défendre la coulée de l’Oise. Une coupure grave de la ligne oblige les trains à retourner vers Creil. La coopération des chemins de fer belges se fait mal. Suite aux remarques faites par les autorités militaires, le personnel belge se met en grève !

Puis le chemin de fer devient un moyen d’enrayer l’avance de l’ennemi. A partir des 16 et 17 mai, il est prescrit de stocker les explosifs à proximité des ouvrages pour les faire sauter. Le 21, ordre de miner les ponts sur l’Oise, le 23 pour ceux de Ham et le 27 ceux sur le canal du Nord. On fait dérailler des locomotives pour bloquer les voies et des pièces antichars montent la garde, appuyées par des mines. Les tunnels sont détruits.

Dès le 23 mai, le rôle du chemin de fer se réduit à l’acheminement du ravitaillement des combattants. Ce jour, 2 trains de munitions explosent en gare de Méru coupant la ligne Persan-Beaumont - Beauvais jusqu’au 26.

Le 26 mai, la gare de St Just en Chaussée est bombardée et mitraillée ;

Le 29 mai, repli par Luzarches, Ecouen, Versailles, Massy Palaiseau.
Période du 5 au 12 juin 1940.
Le 5 et le 7 juin, les bombardements sur Beauvais s’intensifient.

Le 7 juin, la menace sur Paris fait fuir 2 millions d’habitants.

Le 8 Beauvais brûle, les agents de la SNCF évacuent la gare, celle de Besles fonctionne encore. Les trains sont évacués par Rochy-Condé ; la fusillade est proche ; la 1ère subdivision est à Gaillon, la 2ème en partie égarée, la 3ème va de Beauvais à Luzarches, la 4ème cherche à passer au Sud de l’Oise ou de la Seine .
Le P.C. du chef de la 7ème SCFC fonctionne le 9 à Luzarches ; le lendemain il sera à Paris.

Le 9 juin, le bruit du départ du Gouvernement provoque un afflux de candidats à l’exode et les gares de Paris sont assaillies : 100.000 personnes seront évacuées ce jour là et 120.500 partiront le lendemain. C’est à cette date qu’est décidée la suppression de tous les trains d’évacuation afin de concentrer tous les transports au repli de l’armée et de sauver ce qui peut encore l’être.

Le 9 au matin quelques rescapés arrivent à pied à Luzarches : ce sont ceux de la 2ème subdivision restés en gare de Beauvais .

Le 10 juin l’ennemi atteint l’Oise entre Creil et Pont Ste Maxence. Le maintien d’un cantonnement à Survilliers est dangereux ; la poussée allemande gagne Chantilly, le mouvement de nos troupes s’effectue à pied et en camions.

Dans notre région, l’avance de l’armée allemande chasse civils et militaires. Un dernier train, constitué in extremis à Survilliers, permet de sauver du matériel et de prendre à Louvres le personnel rescapé [7].

Le 11 Juin, dans une ambiance de fin du monde car les fumées de l’incendie des réserves de pétrole en Basse Seine couvrent Paris, la population s’affole et 100.000 parisiens attendent pour partir.

Période du 13 au 25 juin.

A partir du 13 juin 1940, l’idée dominante est d’échapper à l’encerclement et de sauver le plus d’hommes et de biens possibles. Le 14 on cherchera à enlever une partie de l’armée de la Seine pour la porter sur la Loire ; quelques trains d’artillerie lourde du 10ème CA seront embarqués.

Le 17 juin tentative de sauvetage des ateliers de Bourges et de Châtelleraut.
Le 18 juin, Cherbourg est atteint par l’ennemi.
Le 23 juin l’ordre est donné d’interdire toute destruction.
Les rames nécessaires au transport de la 3ème armée sur la Dordogne sont stoppées ; nouveau problème pour le trafic : stabiliser les réfugiés et organiser leur retour.

La SNCF résiste

A la fin des combats, sur 102.000 agents des services de la voie, 3500 sont retenus en captivité, et en juillet 1941, 3100 le sont encore.

Le 18 octobre 1940, le personnel de la SNCF manifestait « déjà » une évidente mauvaise volonté dans l’exécution du service pour les autorités allemandes. De plus, les exigences de l’occupant sont démesurées :
- Demande abusive de trains spéciaux, avec double traction, priorité absolue, accompagnement par le chef d’arrondissement et chef mécanicien, des wagons plats pour automobiles d’EM, les wagons devaient être chauffés même au garage.
- Pour le train spécial baptisé Australie, linge de table, couverts d’argent, verrerie fine, mais la SNCF refuse de servir d’hôtellerie à l’occupant.
- Des wagons salons métalliques doivent être mis à la disposition des autorités allemandes qui imposent des voitures à intercommunications d’un modèle identique ;
- 3 trains spéciaux sont constitués à Clichy ; le train Europa fera la liaison Fontainebleau – Motteville, un autre Melun-Biarritz. Le train spécial ne devait croiser aucun train en pleine voie, les voies avoisinantes devaient être dégagées, toutes manœuvres interdites, un interprète fourni par la SNCF devait accompagner le fonctionnaire supérieur de l’exploitation.
Et tout cela aux frais de qui ? de la SNCF bien sûr.!

Des réseaux de résistance commencent à voir le jour. « Police Patrie », « Evasion », les réseaux anglais Buckmaster et « Sylvestre ». Chez les cheminots, le réflexe français engendra une volonté immédiate de brouillage et de retardement des transports : ce fut le mouvement Résistance-Fer.

Certains wagons étaient plombés aux indices W.L. (Wermarch Luftwaffe). Il suffisait de les replomber avec des pinces des Wagons Lits presque identiques, puis de démarquer le wagon grâce à un pochoir adapté au type choisi ; le wagon et son contenu prenaient ainsi un nouveau numéro en vue de son passage à l’entretien. Ce système permit de dérober des matières telles que du ciment, de l’essence, du bois, de la térébenthine, de la ferraille, de la glycérine, du fuel par grandes quantité [8].

La résistance fer

Diverses actions [9] et organisations se mettent en place dans des conditions mal déterminées car les documents originaux sont rares. Aussi n’est-il pas possible de respecter la chronologie des faits, mais voici quelques actions des cheminots.
- Le réseau Alliance adresse à Londres tout le plan d’un transport qui, passant en priorité absolue, emportait probablement une forte division.
- Un cheminot de Compiègne entre au réseau belge « Tempo » en septembre 1943 ; il fournira des renseignements sur les voies routières, les trains, les troupes, les activités de l’aviation, les terrains d’aviation de Bouvraignes, Mangny, le poste de détection de Pierrefonds, les services de ravitaillement en carburant, les dépôts de munitions de St Léger au bois, les travaux militaires , les aménagements sur la ligne Margival-Soissons…
Les renseignements fournis par courrier SNCF ou par les agents de liaison passaient par la Suisse, avant d’atteindre Londres, l’accusé de réception se faisait par la BBC.

Dans la région de Pontoise un cheminot s’était spécialisé dans la fourniture de renseignements aux alliés sur les destructions de ponts. Londres saura par lui que le 5 juin 1944, le pont ferroviaire de Pontoise sur l’Oise a été atteint de deux bombes et que la circulation est interrompue ; le 11 juin, le pont routier de Pontoise a été attaqué par l’aviation. Le but, sa destruction, est manqué, mais un quartier d’habitation de St Ouen l’Aumône a beaucoup souffert. Londres sera aussi renseigné sur l’état d’avancement des travaux de réfection du pont de la Seine de Conflans. Ce pont était très important, même si un deuxième peut-être utilisé si nécessaire, celui de Cergy. En passant par Eragny les allemands pouvaient rattraper la RN de Dieppe et du Havre.

A l’approche du débarquement des plans de sabotages sont dressés. Deux de ces plans concernent uniquement la SNCF, d’autres, que nous verrons plus loin, s’adressent aux maquis.
Le plan vert : détermine les destructions à effectuer avec en complément :
Le plan grenouille : ce dernier visait la destruction des plaques tournantes et des engins de levage.
Pour mettre en vigueur le plan vert, le code était « Il fait chaud à Suez ».

Quelques sabotages

- 13/07/41, ligne grande ceinture, Stains-Pierrefitte 18 traverses sont déboulonnées ;
10/08/41, ligne Paris-Creil, un chargement d’explosifs déposé sur le rail gauche de la voie 1 en gare d’Orry la Ville au km 35.401 explose provoquant une excavation de 40cm.
- 13/08/41, ligne le Bourget-Villeneuve par Brie/Marne, un train de ravitaillement déraille au km 11500 entre Bry et Neuilly/Marne : 10 wagons et la machine sont couchés, 2 soldats allemands sont blessés.
- 20/08/41 ligne Paris-Creil, à 4h20 la machine, le tender et 20 wagons du train 337 déraillent entre la Chapelle en Serval et Orry la Ville, les voies 1 et 2 sont obstruées.
- 04/09/41, dans la courbe de la ligne Ecouen-Ezanville les tire-fond d’un rail sont dévissés sur la ligne Paris - Persan-Beaumont par Montsoult.
- Novembre 43, ligne Creil –Pontoise, déraillement entre Champagne et Persan.
- 05/11/43, ligne Compiègne-Crépy déraillement en gare d’Orrouy Claignes. sur la ligne Paris Creil, à 12h07, la gare de Creil est mitraillée : 1 allemand blessé, 1 machine avariée. Sur la ligne Beauvais-Creil, 1 machine est mitraillée.
- 07/11/43, mitraillage de la gare de Creil.
Après le débarquement, recrudescence en juillet des bombardements et sabotages entre 80 et 150 par 24h.

Un épisode de la résistance

Comment faire voyager [10]une fois par semaine, un « courrier de Londres » entre Paris et Vichy sans être inquiété par la Gestapo ? Réponse, en empruntant le train spécial de Pierre Laval qui faisait ce trajet une fois par semaine sans aucun contrôle, conduit par la même équipe de cheminot. On aménage le tender et on pose un faux plancher à la partie supérieure du réservoir à eau, ce qui permet au passager de se tenir à demi étendu sans crainte de se noyer. C’est ainsi qu’un émissaire de De Gaulle passa en gare de Moulins, devant la Gestapo au garde à vous ! (ce fut aussi le cas, entre autres, du chef de réseau Méderic).

Exemple de patriotisme et d’abnégation de la part d’un cheminot [11] :
Un mécanicien averti par la résistance que la voie qu’il allait emprunter avec son convoi d’allemands était minée, répondit : ; « si je ralentis pour sauter, les Allemands se rendront compte de quelque chose… » ainsi à l’endroit prévu, le train ne ralentit pas et sauta avec le mécanicien à son bord…

Un exemple des difficultés pour déterminer la réalité :
SHAT cote 13P65 : à la cessation des combats, 800 cheminots auront été fusillés, 1400 ne reviendront pas de captivité.
CARAN cote 72AJ74 : Le prix à payer par les agents de la SNCF est de 300 fusillés et plus de 3000 déportés.

Les PTT résistent aussi

Les Poste, Téléphone et Télégraphe, PTT, ne formaient à l’époque qu’un seul organisme qui très tôt aida la résistance [12] .

Non seulement ils assurèrent le transport du courrier entre les réseaux, vers Londres via l’Espagne, mais en plus ils fournissaient des faux papiers. Ils procuraient tout ou presque : carte d’identité, feuille de paye, certificat de travail, feuille de démobilisation, feuille de maladie, carte d’alimentation et même certains documents allemands.

Ils formèrent aussi un service de renseignement de premier ordre. Le secret de la correspondance était allègrement bafoué. Les télégrammes officiels (Ministères, Ambassades etc.) étaient rapidement copiés et envoyés à Londres. Le courrier officiel était contrôlé tout comme les pneumatiques destinés à Laval, de Brinon, Darnand etc. Le courrier adressé à la Kommandantur par des particuliers était épluché et nombre dénonciations terminèrent dans la poubelle des PTT.

Les pneumatiques échangés par les gares parisiennes permettaient de connaître le nombre, les horaires, la nature des trains affrétés par les Allemands ; tout cela était connu avec 2 à 3 jours d’avance. La maintenance du téléphone donnait un large accès aux bâtiments ce qui permettait des repérages en vue d’actions futures, vol d’armes dans les dépôts par exemple.

Un agent (double) s’engageât même dans la milice afin de communiquer les méthodes d’action de la Gestapo et de pouvoir mieux les contrer.

Lors de l’Armistice, les postes émetteurs furent saisis. On en trouva très peu, mais les caves ou les greniers de certains agents regorgeaient de pièces détachées. C’est ainsi, qu’à la libération, il ne fallut que 2 heures pour disposer d’un émetteur puissant et satisfaire la demande des alliés.

1942  : la résistance s’organise dans les services téléphoniques. Des mutations de personnels permettent de placer des bilingues aux endroits adéquats. Des postes émetteurs-récepteurs sont construits, réglés et cachés. Des systèmes de coupure à distance du téléphone sont installés.
1943  : Repérage des lignes téléphoniques officielles (allemandes, Vichy etc.). Un passage secret est établi entre les bureaux Ségur et Littré grâce à une galerie abandonnée qui est aussi aménagée en abri et stock d’armes. Quelques centraux téléphoniques cachent des armes et des explosifs. En novembre, un réseau de communication parallèle téléphonique et pneumatique est mis en place avec des appareils fonctionnant sous batteries ou sous piles.
1944  : mise en place de l’écoute clandestine des lignes allemandes de la Chambre des Députés. Difficile relevé des plans du réseau téléphonique secret allemand (soigneusement tenus à jour par la suite).
Fin mai 1944, sabotage à l’explosif des usines Malisset et Blin à Aubervilliers. Les lignes téléphoniques ayant été coupées, l’alarme ne put être donnée laissant aux saboteurs tout le temps nécessaire à leur action et à leur repli.

Le 7 juin et les jours qui suivirent ont vu une activité fébrile des groupes PTT. Cette activité se situait principalement sur 2 plans :
-  transport
-  communications.

Transport

Les véhicules des PTT furent très utilisés pour aller en grande banlieue chercher les armes et les explosifs que Londres avait parachutés dans l’Oise et les ramener aux centraux téléphoniques où tout cela était stocké.

Communications

Les actions dans ce domaine allaient dans 2 directions opposées :
-  favoriser les liaisons pour la résistance
-  perturber le plus possible les liaisons de l’occupant.

Pour favoriser les communications de la résistance, des lignes avaient discrètement été créées. C’est ainsi que Rol Tanguy pouvait joindre l’extérieur depuis son PC souterrain des catacombes.
Pour gêner l’ennemi, les lignes « longue distance » vers l’Allemagne furent sectionnées. Dès le 7 juin le répartiteur Paris-Berlin fut mis en dérangement. La liste des coupures et sabotages est longue, trop longue pour être citée intégralement.
Couper une ligne, c’est bien. Mais la coupure est vite repérée et la réparation est rapide. Les résistants PTT employèrent une autre méthode moins détectable. Au fur et à mesure que la longueur de la ligne augmente, le signal faiblit et la conversation devient difficile, voire incompréhensible. Pour pallier cet inconvénient, on dispose de proche en proche des systèmes que je comparerai à des amplificateurs ; cette opération s’appelle, du nom de son inventeur, la « pupinisation ». Les résistants neutralisèrent ce système.
L’avantage est énorme. Quand la ligne est coupée, les Allemands le savent vite ; sabotage, donc représailles et otages. Maintenant, lorsque l’occupant se plaint de la mauvaise qualité du téléphone, on peut se retrancher derrière la saturation du réseau ou autre problème technique. Mais il n’y a pas sabotage apparent, puisque la ligne est physiquement intègre, et donc pas d’otage.


[1CARAN 72AJ171

[2Mémoires de Maurice Pelissier, membre de l’ORA, 1944

[3Maurice Pelissier

[4Mémoires d’un agent secret de la France Libre (5 volumes)

[5SHAT 13P117, FTPF

[6CARAN 171MI76 à 82

[7CARAN 72AJ74

[8SHAT 13P65 .

[9CARAN 72AJ74

[10CARAN 72AJ74

[11CARAN F/60/1691

[12SHAT 13P66 dossier 1H55


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