Origines

lundi 16 novembre 2015
par  Jean

A une trentaine de kilomètres au nord de Paris, après les marais de Roissy, s’étend un plateau couvert de champs et de friches avec en limite Nord, la forêt de Chantilly. Au fond d’un vallon orienté Est-Ouest, coule un ruisseau, l’Ysieux, bordé d’un chemin qui depuis Luzarches relie Survilliers, en passant par Bellefontaine et Fosses. Fosses est niché au fond de ce vallon en un lieu où, venant du nord, débouche un talweg sans doute formé par le ruissellement des eaux de pluie provenant du plateau.
Le village de Fosses est certainement apparu au 7ème siècle, voire avant, car une chanson de geste, "Garin le Loherain", nous apprend qu’il fut entièrement ruiné par une invasion de Sarrasins [1]
au 8ème siècle. Mais une chanson de geste n’est pas une source particulièrement fiable. Le plus ancien document dans lequel nous avons retrouvé le nom de Fosses remonte à 1125, c’est le Cartulaire de St Denis [2]
Le toponyme « Fosses » pourrait avoir 2 origines latines :
Fossa, Fossae : signifiant la fosse au sens large, l’excavation, le creux et par extension les organes génitaux féminins (Dictionnaire Gaffiot).
Fossatus, Fossati : signifiant plus précisément un fossé.
Les habitants de Fosses étant les Fossatussiens, le vocable de Fossatus semblerait plus pertinent. Et pourtant, les archives historiques de l’archevêché de Paris privilégient le premier en se basant sur les écrits de l’abbé Lebeuf. Ceci est confirmé par le cartulaire de St Denis puisque, au chapitre "De Feodis", on trouve un Adam de Fossis et il est écrit par ailleurs " … tenet apud fossas …" .or fossis est le datif et l’ablatif pluriel de Fossa dont fossas est l’accusatif.
Savoir d’où vient l’appellation même, génère encore 2 hypothèses :
• Existence d’un fossé de défense, grand fossé naturel ou non, utilisé lors des fréquentes batailles de l’époque. Les victimes d’un combat livré par Charles Martel en 715 sur les bords de la forêt de Chantilly y auraient été enterrées. Cette bataille est citée dans les livres d’histoire comme étant la première commandée par Charles Martel. C’est l’explication retenue par l’abbé Lebeuf mais aussi par M Hurtaut dans son dictionnaire historique de 1779. Il faut aussi noter que sur le plan du dîmage de 1650, sur la carte de la capitainerie d’Halatte de 1711, ainsi que sur la carte d’intendance de 1799, Fosses s’écrit au singulier tout comme dans les actes notariés du 17ème siècle.
• L’autre thèse dit que le nom provient des fosses creusées pour extraire l’argile nécessaire à la fabrication des poteries. Cette hypothèse est celle retenue par M. Guadagnin dans son ouvrage sur les potiers de Fosses.

A partir de l’an 1000 les documents deviennent plus abondants.
C’est en 1140 [3] qu’Ascelin, seigneur de Marly la Ville fonde l’abbaye d’Hérivaux qui deviendra paroisse au 13ème siècle) [4] et dont l’histoire est profondément liée à celle de Fosses. Au cours du même siècle l’évêque de Paris donna à Marly une église cléricale qui n’apparaîtra comme paroisse que dans le Pouillé du 16ème siècle [5] ; jusque-là Marly dépendait de la paroisse de Fosses.
Un certain antagonisme devait régner entre les 2 villages ainsi que le montre la légende suivante :

Marly désirait sa part des reliques détenues à Fosses. Donc, par un beau jour, du moins je le suppose, lors d’une grande cérémonie, une partie des reliques fut mise dans une châsse que 4 hommes portèrent en procession vers Marly. Au moment de franchir l’Ysieux à gué, la châsse se fit, lourde, de plus en plus pesante, écrasant les porteurs qui ne purent franchir le ru. On fit donc demi- tour et la châsse s’allégea.

Une chapelle dédiée à St Nicolas fut construite sur le plateau en 1247 par Adam Bigue (Bigne) au lieu-dit actuel "La Grange au Bois". On trouve en effet dans le détail des impôts perçus par l’Abbaye d’Hérivaux les revenus de "St Nicolas de la Grange du Bois", hameau de 14 feux en 1470. (A cette date le vallon d’Hérivaux était peuplé de 12 familles) [6].

En comptant 6 personnes par feu ce qui, en 1470, est sans doute sous-estimé, on arrive à 72 personnes dans le vallon et 84 à la Grange du Bois et ceci sans compter les moines. Autant de personnes ont du laisser des traces, ne serait-ce qu’un cimetière. Le cimetière se trouvait bien dans et autour de l’église mais il a dû disparaître à la révolution [7]
Décrivant cette Grange à son époque, l’abbé Lebeuf dira qu’il "y a subsisté une Chapelle, du titre de saint Nicolas, fondée en 1247 par Adam Bigue et ne comportant plus qu’un seul ménage".

Un acte cyrographique [8] écrit, selon le CARAN entre 1123 et 1137 qui dit :

"Moi, Fulgerus, de l’église de Saint Germain l’Auxerrois, le dizenier et les chanoines de celle-ci, fîmes en sorte par les présentes de régler, tant pour le présent que pour le futur, le litige qui oppose notre chapitre à Alerme de Brienne (Brenc ?) sur :
-  la terre qui est toujours dénommée "terre de st Germain"
-  la châtaigneraie qui s’étend près de Bellefontaine, Puiseux et Fosses.
Alerme s’attribuait la propriété de cette terre alors que nous disions qu’il en jouissait par droit d’héritage en s’acquittant d’un demi cens sur la production des terres censualisables.
Alors qu’Alerme prétendait sans cesse s’en attribuer la propriété, nous contredisions invariablement et
notre supérieur, Garinus Corrigianus, persévérait dans son combat pour prouver que cette terre était notre propriété.
La paix entre nous et Alerme a été appuyée par de bonnes personnes éminentes qui sont intervenues en rapportant qu’Alerme s’était vanté en public de ce qu’il regrettait que cette terre fût notre propriété et que ni lui-même ni ses successeurs n’avaient aucun droit de propriété.
Nous lui concédons cependant à des fins d’apaisement que :
-  il exploitera pour nous cette terre sa vie durant
-  il donnera en retour pour chaque année … pliure du document rendant illisible la suite de la ligne
-  qu’il amènera toute la récolte jusqu’à notre porte avant les fêtes de Saint Denis ;
-  que tout le cens qui était sur cette terre nous revient.
Après quoi toute la terre et ses bénéfices nous reviendront en totalité et aucun de ses héritiers ne prétendra (quoi que ce soit) réclamer un jour.
Alerme accepta cet accord sous serment et on céda à faire un acte cyrographe en présence de :
• Robert de Fosses et Renaud de Fosses
• Robert, Théobald et Rodolf de Brienne.
• Guy de Bellefontaine.
Cet acte fait en public à Paris dans le chapitre de Saint Germain l’Auxerrois, sous le règne de Louis fils du roi Philippe, en présence d’Etienne Évêque de Paris (entre 1108 et 1137)".

Cet acte était dit "cyrographique" car rédigé en double exemplaire de la façon suivante :
Un grand parchemin était posé sur une table ; 2 clercs s’asseyaient face à face et écrivaient sous la dictée en partant du milieu. Le parchemin était ensuite coupé en 2 de sorte que chaque partie puisse en emporter un exemplaire et que les 2 exemplaires soient rigoureusement identiques.
Au 13ème siècle, la moitié des terres de Fosses et de Marly appartenaient au domaine du Roi et avaient été confiées par Philippe Auguste à Jean de Gisors. L’évêché de Paris en possédait une autre partie.
Suite


[1La chanson de geste parle de sarrasins mais peut-être faut-il comprendre hordes barbares qui sévissaient au Vème siècle

[2CARAN Cartulaire blanc, cote LL 1157

[3ADVO Chartier d’Hérivaux cote 2H8

[4Abbée Lebeuf Histoire de la ville et de tout le dioscèse de Paris (Bibliothèque Nationale)

[5Abbée Lebeuf Histoire de la ville et de tout le dioscèse de Paris (Bibliothèque Nationale)

[6Histoire de Luzarches

[7ADVO Etat civil de la paroisse d’Hérivaux

[8CARAN cote S454 n° 15