Le Village vers 1700

mardi 17 novembre 2015
par  Jean

Fosses en 1700 est composé de 250 habitants sous la houlette de Messire Cousinet, seigneur depuis plusieurs générations, et du Prieur curé, le père Ceberet.
Le village se résume alors à quelques maisons groupées autour de l’église et du château. Le bâtiment situé le long de l’actuelle Grande Rue existe toujours, les 2 bâtiments face au parvis de l’église étaient déjà bâtis ainsi que les 2 maisons à côté du chevet dont une doit appartenir à la famille Pierre. Le cimetière bordait sans doute le côté Nord et Est de l’église.
Un calvaire marque le centre du village, au carrefour avec la rue descendant du château.

Détail du plan de la page précédente

La paroisse de Fosses n’est pas citée parmi les plus pauvres du diocèse. Ses revenus étaient supérieurs à 300 livres en 1666 [1] et suffisants pour lui permettre d’entretenir un maître d’école [2]. La dîme était perçue par l’abbaye d’Hérivaux qui en reversait une part à la paroisse mais une grosse partie était redistribuée aux congrégations de St Geneviève ou St Victor dont dépendait Hérivaux.

Les habitants de Fosses devaient, comme partout à cette époque, se répartir en 5 catégories.
• Il devait y avoir quelques petits propriétaires ayant acheté leur terre au Roi, Louis XIV, qui en avait vendu pour financer la construction du château de Versailles. Ils exploitaient souvent eux même.
• Il y avait les laboureurs qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, pouvaient être relativement aisés. Rappelez-vous la fable de Lafontaine : " Un riche laboureur …. ". Ils possédaient leur attelage et leur charrue. La terre leur était confiée par le Roi ou le Seigneur contre une redevance fixe payable tous les cinq ans. S’ils gagnaient plus, tant mieux pour eux. S’ils ne pouvaient pas payer, ils redevenaient simples manants.
•Quelques artisans indépendants formaient un autre groupe.
• Il y avait la classe des "brassiers ou manouvriers " qui n’avaient que leur bras à offrir et qui allaient de ferme en ferme au gré des besoins. Payés à la journée ils étaient souvent pauvres.
• Il y avait enfin les indigents que le curé, malgré ses moyens limités, devait entretenir comme il pouvait et dont on trouve trace dans la "matricule", registre dans lequel étaient notés les noms et les dépenses relatives à cette mission.
Il faut aussi parler de l’instituteur qui enseignait déjà à Fosses avant 1690 (Annexe 1). Celui de l’époque était nommé par le clergé et son enseignement était surtout axé sur la lecture des textes religieux, en latin s’il vous plaît, les chants d’église, le calcul et un peu l’écriture. Tel était le programme général mais je ne suis pas certain qu’il ait été intégralement respecté dans les petits villages.

Le 8 juin 1703 un événement secoua sans nul doute le village [3] :
" La dame Jeanne Josset a été cassée de ses fonctions de sage-femme par Messire Ameline, grand archidiacre de Paris, et cette fonction a été confiée par le même à Marie Mongé. "
Pour quelle raison fut-elle cassée ? Sans doute un manquement aux règles de l’église mais lequel ? En tout cas, dans ce village de 250 âmes, cela a dû causer le soir dans les chaumières.

Extrait de livre : " Les Paysans français au XVIIe siècle de Pierre Goubert "
L’accouchement était affaire de femmes, spécialement de femmes âgées (la cinquantaine au moins), ces matrones étaient aussi appelées "sages-femmes". Chaque village en eut longtemps plusieurs, sorte de chœur antique de vieilles à demi-sorcières, qui "savaient". Au XVIIe siècle, on n’en trouve habituellement plus qu’une : elle a été désignée, parfois véritablement élue (dans l’Est) par une assemblée de femmes rien moins qu’aristophanesque, qui choisissait l’expérience, l’habileté, et aussi la connaissance des herbes, des amulettes et des formules.
Très tôt, le curé avalisait ce choix, puis il le guida. De toute manière, il devait garantir la bonne vie et mœurs de la sage-femme, et surtout son aptitude à ondoyer dans les règles le fragile nouveau-né ; son rapport entraîna très vite la désignation en quelque sorte officielle, par l’évêque lui-même, qui bien sûr ne venait rien vérifier.
Sur les conditions réelles dans lesquelles se produisait l’accouchement, on dispose de très peu de renseignements directs, mais des critiques abondantes, pas toujours mesurées ni désintéressées émises par des médecins, des hygiénistes, des réformateurs généreux du siècle suivant. On est presque sûr que la patiente accouchait assise, non déshabillée, fortement soutenue, et que la matrone opérait dans des conditions inimaginables, avec des mains, des doigts, des ongles non lavés, qu’elle confectionnait des pansements rien moins que stériles où entraient des toiles d’araignées, des feuilles ou des bestioles pilées, des excréments séchés. Dans ces conditions, heureuses les femmes robustes, les "présentations" normales et les bébés bien constitués... Notons en passant que les jumeaux étaient presque tous condamnés d’avance (leur mère aussi).

Pour la formation autre que religieuse, j’ai bien peur qu’il n’y ait aucune illusion à se faire.
La religion était omniprésente dans tous les actes de la vie courante. Mais quel était le rôle du curé de l’époque, qui était-il, comment vivait-il ?

Le curé était nommé par le collateur de la cure soit, pour nous, les abbayes de Saint Geneviève ou de Saint Victor dont dépendait l’abbaye d’Hérivaux, laquelle désignait un de ses chanoines pour desservir le prieuré-cure "Saint Etienne et Saint Vit" [4] de Fosses.
Nous n’avons pas pu retrouver le Pouillé de 1648 dans lequel devraient figurer les revenus de notre cure, mais on sait que, depuis un arrêt du 30 juin 1690, la "portion congrue" (minimum vital pour les curés) était fixée à 300 livres. Dans le diocèse de Paris, 12 cures seulement avaient un revenu inférieur, et celle de Fosses ne figure pas dans la liste donnée dans "le mémoire de la Généralité de Paris". A cela s’ajoutaient les revenus des messes et autres cérémonies payantes.
En 1763, les revenus de la cure, d’après la "Déclaration des biens et revenu de cure" [5], s’élève à 870 livres et les charges se montent à 150 livres. On y apprend aussi que la paroisse comptait 40 à 50 feux mais les habitants étaient trop pauvres pour payer le casuel.
Le logis du curé est fourni et entretenu par la paroisse ; il peut aller du simple réduit aménagé dans l’église à la maisonnette de 2 ou 3 pièces suivant la richesse locale. Le mobilier est à la hauteur du logement.
Certains curés ne s’ennuyaient pas et nous ont laissé quelques anecdotes parfois croustillantes [6].
Le curé de Montmeillant faisait passer ses devoirs après le plaisir de la chasse. Il passait son temps à l’affût et avait transformé le cimetière en garenne à lapins.
A Gonesse, en 1673, le curé "s’estant yvré dans la paroisse a couru après des filles et a perdu sa cuculle, laquelle ayant été trouvée par des paysans, ils l’ont crié publiquement dans le marché à vendre, cela a faict grand scandal". Pas de méprise, la cuculle n’est qu’une pèlerine courte avec un capuchon.
A Drancy le desservant disait la messe ivre, chancelant et laissant tomber les hosties.
Le curé de campagne était donc, somme toute, à l’image de ses paroissiens.
Mais, comment vivaient ces paroissiens sous un climat semblant être plus rude que celui d’aujourd’hui ? Presque chaque année des inondations, des hivers froids suivis d’étés torrides sont signalés. Tout cela n’était pas très bon pour les cultures et, en particulier, l’hiver 1709 fut terrible partout en France.


[1ADVO J. Ferté : La vie religieuse dans les campagnes parisiennes 1622-1695 BIB 8/953

[2AM Etat civil

[3AM Etat civil

[4ADVO J. Ferté : La vie religieuse dans les campagnes parisiennes 1622-1695 BIB 8/953

[5CARAN : Fabrique de Fosses cote Q1 1460

[6ADVO J. Ferté : La vie religieuse dans les campagnes parisiennes 1622-1695 BIB 8/953


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