La cressiculture

mardi 17 novembre 2015
par  Jean

La cressiculture :
Bien que le cresson ait fait partie de la pharmacopée dès l’antiquité il faudra attendre le premier empire pour le voir apparaître en France. C’est en effet Joseph Cardon, chargé des magasins de fourrages à l’armée, stationné en Allemagne de 1807 et 1810, qui le ramena d’Allemagne et en introduisit la culture dans la région de Senlis peu après 1810.
A Fosses, il faudra attendre 1850 pour qu’apparaisse la profession de cressiculteur dans les actes de l’état civil. La topologie se prête à merveille à cette culture car le cours de l’Ysieux n’était pas agencé comme actuellement.
La source, ou plutôt les sources de l’Ysieux, se situeraient au lieudit Rocourt actuellement noyé dans le bassin de retenue créé récemment. Il y en aurait 3, la source du Bois Maillard, la source de l’Orme Ferré et la fontaine de Rocourt. Au début du siècle il y avait un lavoir à Rocourt et certains Marlysiens se souviennent encore des baignades de leur jeunesse, et ….. certains Fossatussiens se souviennent encore d’avoir épié ou surveillé ces gamins qui se baignaient tout nu dans le lavoir.
L’ancien lit de l’Ysieux était situé une centaine de mètres plus au Nord que le lit actuel. On en retrouve la trace le long du talus qui borde les jardins actuels. Le ru coulait donc vers l’ouest le long de ce talus pour recevoir à peu près au milieu de ces jardins les eaux provenant de la source des Abîmes.
Toute la partie plate située au fond de la vallée pouvait être facilement inondée pour peu qu’elle soit aménagée dans ce but, formant ainsi des bassins peu profonds propices à la culture du cresson, culture qui se pratique presque toute l’année.
La cressonnière consistait en une fosse de 2 à 4 mètres de large et de 50 cm de profondeur, le fond étant en pente douce. Des engrais minéraux ayant été répandus sur le fond, la semence ayant été disposée, l’eau est amenée progressivement. La première récolte a lieu au bout d’environ six semaines et plusieurs autres se produisent dans l’année (Larousse).
Le travail était pénible. Agenouillé sur une planche mise en travers du bassin, les mains dans l’eau cueillent la plante, forment et lient la botte qui est ensuite placée dans une manne. La manne est un genre de grand panier en osier tressé sans doute produit par la vannerie du village. Un tel travail est, de nos jours, inimaginable : rester 12 heures par jour agenouillé sur une planche avec de simple genouillère de paille pour toute protection, les mains toujours mouillées, sous le soleil d’été ou dans le froid de l’hiver. Et le soir il fallait fendre les tiges de saule qui serviront, demain, à lier les bottes. De plus la semaine de travail comptait 6 jours !
La manne remplie de plante mouillée pouvait peser plus de 100 kg ; elle était ensuite chargée sur des tombereaux pour prendre de nuit la route de Paris et arriver aux Halles avant le petit matin. Le cresson était vendu sans difficulté le lendemain car il a vite connu un très grand succès. A partir de 1859, grâce à la mise en service du chemin de fer, le transport en tombereau s’arrêtait à la gare, ce qui a très certainement mis au chômage nombre de "charretiers de culture".
Les difficultés ont commencé après la guerre de 1940. Les eaux étaient de plus en plus polluées par les lessives, par les divers détritus jetés "au ruisseau" et surtout par le bétail qui paissait dans la prairie de Rocourt. Les excréments des bêtes, principalement ceux du mouton, contiennent un parasite qui peut être transmis à l’homme : la douve du foie. Il s’agit d’un petit ver qui parasite les canaux biliaires et la vésicule. Il n’y a pas de médicament efficace et l’intervention chirurgicale s’impose. Vers 1970, plusieurs accidents s’étant produits en France, le consommateur abandonna le cresson "fermier".
A cette époque la cressiculture avait déjà cessé à Fosses depuis quelque temps et les derniers bassins ont été comblés vers 1970 grâce aux déblais de terre provenant des constructions sur le plateau. Une source, peut-être celle du Bois Maillard, a été busée puis enterrée.

Le fond de la vallée est toujours très humide et de petites sources jaillissent toujours périodiquement çà et là. Ceci s’explique par la nature du sous-sol. Les eaux de pluie qui tombent sur le plateau de Marly traversent des couches perméables pour arriver sur une couche d’argile qui justement affleure dans le bas de la vallée. L’argile étant imperméable, l’eau coule sur la couche et ressort un peu partout. Une promenade rue de la Source, sur Marly, permet encore d’observer ce phénomène. Cette eau est malheureusement polluée ; le plateau de Marly est riche en anciennes champignonnières qui ont servi de décharge, y compris pour des produits chimiques.
La partie basse du vieux Fosses a souvent été inondée lors des gros orages. L’eau, en torrent impétueux, descendait la rue de l’ancienne mairie et venait grossir l’Ysieux qui débordait. Après l’orage, il est arrivé assez souvent que l’on doive écoper l’Eglise ou stagnaient plusieurs centimètres d’eau. Le dernier gros orage connu s’est produit le 24 juin 1983.