Un paroissien pas ordinaire

dimanche 31 janvier 2016
par  Jean

Leger Papin était Prieur Curé de Marly la Ville lors de la révolution. Un historique de sa vie qui se trouve aux Archives Départementales de Cergy, nous apporte quelques précisions sur cette époque troublée. Cet ouvrage cite suffisamment ses sources et références pour que nous lui accordions notre confiance.
Leger Papin était né à Paris le 3 octobre 1742. Ses parents, petits bourgeois, tenaient un commerce d’épicerie et entretenaient de bonnes relations avec l’Abbaye de Sainte-Geneviève située tout près.
Le 11 novembre 1762, âgé de seulement 20 ans, il est nanti du bénéfice de la chapelle du château de Bournay où il restera 8 ans. Est-ce là qu’il effectue sa formation de prêtre, le document n’en parle pas.
Le 2 mai 1770 il reçoit le prieuré-cure de Marly où il officie lorsque la Révolution se déclenche.

La révolution

Grâce à de solides relations qu’il avait établi, il est proposé comme représentant du Clergé lors des Etats Généraux, et il est élu le 24 juin 1789 [1]. Il demeure alors à Paris, 26, rue Neuve-des-Petits-Champs, laissant sa cure aux soins du vicaire de La Godine.
Le 12 juillet 1790 est voté la Constitution Civile de Clergé. Contrairement à certaines idées reçues, le culte n’a pas été immédiatement interdit. L’Assemblée Constituante voulait seulement mettre le Clergé sous sa coupe. Aussi les prêtres devaient-ils prêter serment de fidélité à la constitution. Cela a abouti à une division entre Clergé Constitutionnel et Clergé réfractaire, division qui s’est prolongée dans le peuple. Papin a bien évidemment prêté serment sans hésiter.
En tant que député, membre du Club des Jacobins, il est chargé de diverses missions dont la liste n’apporte rien à notre histoire locale. Mais son mandat expire le 30 septembre 1791 et, comme il n’est pas réélu, il revient dans sa petite paroisse de 680 habitants.
Marly est alors un village principalement agricole avec une petite industrie de dentelle (elle est qualifiée de modeste). 140 hommes siègent à l’assemblée primaire de Canton car ils payent au moins la valeur de 3 journées de travail en contribution directe. Certains, comme Jean-Baptiste Moreau, quittent les campagnes pour exercer une profession en ville.
Papin retrouve donc à Marly son vicaire, Paul de La Godine et le chapelain du château, Florimond Coupé. Or, pendant que Papin était à Paris, que Hautain cherchait à asseoir son poste de maire et luttait contre l’aura dont jouissait M de Nantouillet, et La Godine, du haut de sa chaire, vitupérait contre la Municipalité. Car si La Godine avait bien prêté serment, il s’était empressé de le révoquer dès le 30 mai 1791. Les 2 hommes se battirent de froid tout en restant mesuré. La Godine ne fréquentait plus st Etienne et disait sa messe à la Chapelle de l’Hospice.
1791 et 1792 se passent presque calmement, émaillées de quelques disputes entre les clans Hautain et Nantouillet pour le civil et Papin et La Godine pour le clergé. Le seigneur Nantouillet fils vit toujours au château et, lorsque le 31 mars 1792, M Nantouillet père revient à Marly les cloches sonnent par 4 fois et la population va le complimenter au "bruit du tambour".
Au 14 juillet 1793, 4 ans après la prise de la Bastille, peu de changements sont visibles. Bien sûr, le 7 juillet, l’arbre de la Liberté est mutilé (il sera remplacé le 29 septembre), les maisons portent maintenant un numéro et les rues ont été baptisées (août- septembre 1793). Papin continuaient d’officier dans l’église qui, au 21 août n’avait encore subi que peu de transformations. Bien sûr, il est décidé d’enlever les armoiries qui ornent les croix et chandeliers de l’autel, d’enlever pour les vendre les grilles de la Chapelle de la Vierge. Mais il est aussi décidé de construire de nouvelles stalles avec les débris du banc d’œuvre.
Mais à Paris de nouvelles idées germent depuis le mois de mai. Les Montagnards, avec à leur tête Robespierre sont au pouvoir, après élimination des Girondins, c’est le début de la terreur. Progressivement Robespierre impose le "culte de la raison" de "l’Etre Suprême" et entame une déchristianisation du pays.
C’est le 22 septembre 1793 que 2 agents du Comité de Salut Public et de la Sureté Général de la Convention, Clémence et Marchand, arrivent à Luzarches accompagnés par 200 soldats. Clémence s’installera au Château de Marly avec la bénédiction du nouveau Procureur de la commune, élu le 18 septembre, Leger Papin. Cette élection ouvre l’hypothèse que Papin aurait déjà rencontré Clémence au Club des Jacobins lors de son mandat de député.
Une anecdote, titrée des Registres de Catholicité de la Paroisse, montre la duplicité de l’époque. Hautin fait baptiser son fils Nicolas Firmin le 16 octobre 1793. A la même période, Hautin, Clémence et leur suite "vomissent dans l’église tout ce que la rage de l’impiété peut suggérer de plus fort contre Dieu, la Religion et les prêtres". Pendant ce temps le Procureur Papin fait arrêter Florimont Coupé et La Godine parvient à s’enfuir à Paris.
Il parait quasiment certain que Papin ait participé à l’œuvre de déchristianisation de la paroisse. Le 26 octobre application de la décision de supprimer toutes les croix de l’église, du porche et du cimetière et de placer l’étendard National au sommet de clocher. C’est peut-être avant que l’ordre ne soit exécuté qu’il choisit de s’unir à Marie-Geneviève Ganneron le 28 octobre, d’abord en Mairie puis à l’église. Le 12 novembre les cloches précédemment descendues doivent être transportées à Gonesse. Le 15 novembre, tous les vases de vermeil, d’argent de de cuivre appartenant à la fabrique et à l’Hospice doivent être remis à Clémence ainsi que les ornements garnis d’or fin.
Mais à Paris certains commencent à s’inquiéter des agissements de Clémence. Le 18 novembre, l’officier municipal François Huet et Papin sont arrêtés et conduits à Paris. Si Papin est rapidement relâché, Huet est incarcéré à Sainte Pélagie.
Le 23 novembre la Commune ordonne la fermeture de toutes les églises.
Le 11 décembre 1793 les ornements du culte sont mis en vente à l’église provoquant des troubles tels que l’adjudication fut suspendue et remise à une date ultérieure.
Le 9 janvier 1794 une fête en l’honneur de la prise de Toulon et des victoires de nos armées est organisée dans le "Temple de la Raison". La population se réunit … à l’arbre de la Liberté.
La lecture des Lois, au Temple de la Raison, s’accompagne de protestations et injures envers les autorités.
Mais les anciens amis de Papin sont devenus ses ennemis et il envisage de quitter Marly. Il trouve une place de fonctionnaire à Gonesse et part le 22 février 1794. Mais il continue à être poursuivi par la haine du Comité de Surveillance de Marly. La 11 mars 1794, Denis Barthelemy Moreau, convoqué comme témoins devant le Tribunal révolutionnaire de Paris, insinue que Papin serait suspect de protéger les amis des Nantouillet. Le 12 avril, sur réquisition de Crassous, la maison de son épouse est perquisitionnée. Papin décide alors de se perdre dans la foule des petits fonctionnaires de Paris.
En août 1794 il est employé aux archives du Comité des finances. En 1796 il est commis au Greffe du Tribunal de Cassation. En 1798, il est sous contrôleur à L’Hôtel des Invalides, le 19 novembre 1799 il est envoyé à Versailles par les Invalides. Il sera encore économe du Collège de Versailles, employé dans les bureaux de la maternité de Port-Royal.
En 1802 il entreprend d’obtenir l’absolution Pontificale. Son mariage serait un obstacle insurmontable. Après maintes demandes et péripéties, il arrive à ses fins et l’absolution lui est délivrée plus par charité chrétienne car il entretient ses 2 belles-sœurs, pauvres, âgées et infirmes.
Mais que se passait-il pendant ce temps à Marly ? Nous avons vu le mécontentement des habitants en janvier 1794. L’église, ou plutôt le Temple de la Raison, servait de salle de réunion et le citoyen Moreau, leader du Comité de surveillance, faisait même battre son blé dans le chœur.
Les habitants arrivèrent à récupérer le bâtiment à leur usage en mars 1795. Il s’y tenait d’abord des réunions laïques dirigées par l’instituteur, Noyron. Puis, petit à petit, quelques prêtres des environs vinrent participer jusqu’à ce que Florimond Coupé réintègre le village, sans doute en janvier 1796. Outre Marly, il officiait aussi dans les paroisses de Fosses et de Bellefontaine et il est écrit que, le 4 novembre 1801, Mgr Maillé vint à Marly confirmer plus de "neuf cents garçons et filles" (sic).
En 1802, c’est le Concordat, et François-de-Paule-Florimond Coupé est nommé curé concordataire de Marly, le 12 janvier 1803.

La cloche

La cloche nous pose problème. Elle porte en inscription :
"L’an 1793, 2ème de la république, j’ai été fondue par le pouvoir du conseil général de la commune de Marly-la_Ville, bénite par le citoyen Léger Papin curé, et nommée Jeanne Thérèse par Jean Baptiste Brador Maire …"
• Cette inscription est en relief : elle n’a donc pas été gravée après coup.
• Elle ne parait pas avoir été rapportée : elle daterait donc de la fonte du bronze.
La commande de l’inscription ne peut être antérieure à 1793 car Brador est devenu maire cette année-là. La fonte de la cloche a donc bien débuté au cours de 1793.
Mais combien de temps a-t-il fallu avant qu’elle soit terminée ?
Or, le 12 novembre 1793, les anciennes cloches de Marly sont amenées à Gonesse pour être fondues et transformées en canons et le 23 novembre les églises sont transformées en "Temple de la Raison".
D’où les questions : Est-il possible que la cloche soit disponible en si peu de temps et si oui, est-il concevable d’installer une cloche dans ce contexte politique ? N’oublions pas que la Terreur avait commencé en juin 1793.
Il est donc fort possible que l’installation de la cloche ait eu lieu bien plus tard, peut-être après le Concordat de 1802, et en l’absence des personnes citées par l’inscription.
Tant que nous ne trouverons pas un document précis, le problème restera entier, mais nous cherchons !


[1Assemblée Nationale


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