Historique

jeudi 19 novembre 2015
par  Jean

Quel que soit le sens parcouru, que ce soit de Luzarches vers Survilliers ou de Survilliers vers Luzarches, dans la traversée du vieux village de Fosses, l’église attirera le regard.
Venant de Survilliers, vous serez accueilli par l’abside et une absidiole de son chevet que surmonte une tour carrée et trapue de style roman.





Dans l’autre sens c’est le portail et la lourde toiture de la nef qui attirent le regard.
Un examen plus attentif fera sans doute jaillir plusieurs questions :
Pourquoi cette haute toiture de la nef qui masque en partie la tour ?
Pourquoi cette dissymétrie ?
Pourquoi ce côté droit de style renaissance ?

Il est évident que cette église a connu une existence mouvementée, qu’elle a été plusieurs fois remaniée au cours des siècles.

Nous avons recherché son histoire que nous rapportons ici d’après les documents que nous avons pu consulter.

L’église ayant été classée monument historique le 18 mars 1913, c’est vers cet organisme que nous nous sommes tournés.
La médiathèque du patrimoine et de l’architecture possède un ouvrage référencé P4°PY76 et portant le titre " Vieilles maisons Françaises ", qui donne de précieuses indications sur cette époque. En particulier le chapitre intitulé "Eglises médiévales : Art Roman ", pages 58-59, nous dit que durant le premier tiers du 11ème siècle l’église rurale se développe dans le Val d’Oise. Ces églises possèdent une tour, de base carrée, couverte d’une toiture en V inversé, rappelant la forme du bât dont on équipait les mulets porteurs de charges, d’où son nom de toiture en bâtière.
Les murs de l’église sont constitués de moellons, les joints sont épais. Pour des raisons de solidité les ouvertures sont rares et petites, surmontées d’un arc en plein cintre (en arc de cercle). La toiture, composée d’une charpente en bois parfois lambrissée, est légère ; l’absence de voûte en pierre diminue l’effort supporté par les murs ce qui permet de se passer d’arc-boutant et de se contenter de simples contreforts extérieurs. La nef est unique et légèrement plus large que la tour.
Une église de ce type subsiste dans l’ouest du département, c’est celle d’Omerville. La partie en arrière de la tour serait un agrandissement ultérieur du chœur. du côté sud de St Etienne

Omerville

Dans le Val d’Oise cet art s’étend de 1050 à 1180 [1] . Or notre église aurait été construite à partir de 1130, donc à la fin de cette période. Par certains points elle répond aux caractéristiques ci-dessus énoncées, mais elle s’en éloigne sur plusieurs autres :
• Présence des bas-côtés
• Nef visiblement trop haute par rapport à la tour.
Ces 2 divergences peuvent justifier l’hypothèse figurant dans le rapport descriptif dressé par les services des monuments historiques, hypothèse supposant l’existence d’une église primitive dont seule la tour aurait été conservée.

Il est certain que Fosses n’a pas attendu le 12ème siècle pour bâtir un monument religieux. Une église dédiée à St Etienne est mentionnée dans une charte de l’an 751. Des tombes mérovingiennes, trouvées lors de fouilles sous le parvis de l’église actuelle, sont la preuve d’un peuplement très ancien [2]. Certaines sépultures se trouvent sous le mur ouest de l’église.
C’est donc vers 1130 que fut lancée la construction d’une église plus grande ou l’agrandissement de l’église existante dont la tour aurait pu être conservée. La raison de cet agrandissement peut se justifier par l’augmentation de la population, comme c’est le cas pour d’autres paroisses du Val d’Oise, mais peut-être aussi par l’histoire religieuse.
Il faut savoir que la paroisse voisine de Montmeillant possédait depuis 4 siècles une église détenant les reliques miraculeuses de St Vit qui provoquaient de nombreux pèlerinages. Or, vers 1160, cette église était en fort mauvais état et elle fut détruite aux environs des années 1200 [3]. Les reliques furent alors confiées à la nouvelle abbaye d’Hérivaux et il est plausible de penser que les pèlerinages continuèrent à Hérivaux créant une animation peu compatible avec le calme nécessaire à un monastère. Pour pouvoir transférer les reliques dans l’église de Fosses, des aménagements s’imposaient et l’agrandissement de l’église était impératif.

Le bâtiment sera constitué d’une nef flanquée de 2 bas-côtés, il sera donc plus large. Mais qui dit plus large dit plus haut. La toiture de la nef va donc masquer en partie les ouvertures sur la face ouest de la tour. C’est ce qui s’est produit et qui permet de penser sans trop de risque d’erreur que la tour actuelle, de style roman, ainsi que l’abside datent de l’église primitive comme écrit dans le rapport descriptif des Monuments Historiques.
Le choeur, la tour et l’abside de l’église primitive seraient conservés alors que la nef et les bas-côtés, les 2 bras du transept et les 2 absidioles dateraient du 12ème siècle. La nef était alors éclairée par des jours hauts qui subsistent toujours mais sont maintenant murés. La toiture des bas-côtés était constituée d’une charpente semblable à celle qui subsiste dans la nef. La silhouette de l’église devait ressembler à celle de Marly la Ville excepté la tour. Le portail d’entrée daterait pour sa part du début du 13ème. Ce pourrait être l’époque de la consécration de l’église et de l’arrivée des reliques. L’église primitive étant déjà dédiée à St Etienne la nouvelle restera dédiée à ce saint.
Mais il ne subsiste en l’état presque rien de cette époque ; ainsi que nous allons le voir, la quasi-totalité de l’église a été remaniée au cours des siècles suivants.

Dès le 13ème siècle le bras sud du transept ainsi que l’absidiole sud furent reconstruits. Nous n’en connaissons pas la raison, mais cela a pu être rendu nécessaire pour ériger une armoire reliquaire.

Puis, l’armoire reliquaire fut construite, construction disproportionnée par rapport à la taille de l’église. Une telle construction est fort rare, sinon unique, dans ce qui n’est, somme toute, qu’une petite église de campagne.

Vers la fin du 15ème le bas-côté nord fut reconstruit et les voûtes actuelles datent de cette époque. En regardant l’église depuis l’ancien cimetière, il est évident que le mur du bras du transept n’a pas la même facture que celle du mur du bas-côté.
Le remplacement du plafond lambrissé par des voûtes de pierre n’est pas simple [4]. Il est en effet nécessaire de rehausser la couverture de l’ouvrage entraînant ainsi l’occultation des jours supérieurs de la nef. Le poids des voûtes augmente aussi les forces tendant à écarter les murs ce qui peut expliquer pourquoi l’église est " bardée " de tirants métalliques.
Il est facile d’appréhender ces modifications en visitant l’église voisine d’Orry-la-Ville. Le bâtiment date de la même époque, a subi en partie des modifications semblables, sauf le mur nord.
Ce mur n’a été que partiellement modifié en ajoutant un bas-côté uniquement sur 2 travées. La première travée, restée à l’état primitif, montre l’état initial des jours alors que les 2 autres montrent les effets de l’agrandissement de la nef.

Et enfin durant le 16ème on reconstruit le bas-côté sud afin de l’élargir, d’où son style renaissance, ainsi que la partie haute du reliquaire, construction disproportionnée par rapport à la taille de l’église. Une telle construction est fort rare, sinon unique, dans ce qui n’est, somme toute, qu’une petite église de campagne. .
Je n’ai pas pu déterminer à quelle époque avait été érigée la sacristie, ajoutée en " verrue " à cheval sur l’abside et l’absidiole nord. Peut-être, en 1715 car l’abbé Lebeuf nous dit (page 322 et 323) qu’à cette date "M. le Cardinal de Noailles permit que l’on prit quelques toises du cimetière de cette église pour l’agrandissement du presbytère". (une toise valait un peu moins de 2 mètres). Mais c’est sans doute aussi à cette époque que fut construite la maison actuellement nommée "Prieuré".
Lors de la guerre contre l’Autriche, en 1792, beaucoup de cloches furent fondues pour fabriquer des canons. Est-ce à cette occasion que 3 des cloches disparurent ? Celle qui subsiste, Jeanne Etiennette, fut classée en 1944.

Une autre théorie sur la construction de l’église est donnée dans le bulletin monumental 1935, n° 94, sous les auspices de la société française d’archéologie, page 315 [5].
"Ce petit édifice comprend un choeur en hémicycle couvert de 6 branches d’ogives et précédé d’une travée droite aux puissantes piles formant le carré d’un transept à peine débordant sur chacun des bras duquel ouvre une chapelle sur le carré, voûté sur croisée d’ogives, se dresse le clocher couvert d’une toiture en bâtière.
Cette travée et l’abside peuvent dater de 1170 environ. Vers 1200, on monta le croisillon nord et sa petite chapelle voûtés tous deux sur croisée d’ogive. Vers 1250, le croisillon sud et sa chapelle, voûtée également d’ogives, et peu après, sans doute au moment de la donation à Hérivaux, on construisit la nef collée entre les contreforts du clocher et son collatéral nord.
De hautes colonnes aux chapiteaux à crochet portent les grandes arcades brisées, au-dessus sont percées 3 fenêtres dans l ‘axe des piles pour abaisser davantage leur appui. La charpente assez récente qui couvre la nef remplace celle du XIIIème siècle. Le collatéral, autrefois couvert de charpentes apparentes, a été voûté au XVème siècle.
Au sud de la nef, le mur fut percé au XVIème siècle de trois arcades plus basses que celles du nord, pour la faire communiquer avec le collatéral que l’on ajouta alors, couvert de voûtes sur croisées d’ogives et éclairé par des fenêtres de style renaissance.

Les 4 fenêtres qui éclairaient autrefois la nef de ce côté se trouvèrent aveuglées par la charpente du collatéral.
Dans le croisillon sud, est un curieux petit monument de la fin du XVème siècle, un sacraire de pierre composé d’une armoire surmontée d’un toit à 2 versants appuyé sur un pignon orné de feuilles découpées."

Cette chronologie me semble plus probable que celle avancée par le rapport des monuments historiques. L’adjonction du bas-côté sud paraît techniquement plus logique que l’élargissement d’un bas-côté préexistant. La différence de hauteur des colonnes nord et sud semble corroborer cette explication.

Après la révolution les Procès-Verbaux des réunions du conseil municipal parlent souvent de l’église " qui menace ruine ". On y lit que les voûtes menacent de s’écrouler, que la toiture est percée et que la commune n’a pas les moyens de l’entretenir (PV du 06/11/1836). Il est proposé de faire démolir les voûtes et d’aménager le bas-côté nord en une salle d’école et un logement pour l’instituteur. Le projet fut accepté (mais je pense jamais réalisé).
Grâce à des cartes postales nous avons la trace de travaux de couverture antérieurs à 1895, mais nous n’avons pas trouvé de précision sur leur ampleur.
En 1913 l’église fut classée monument historique le 18 mars.
En 1927, le 27 août, le ministère des beaux-arts demande au maire M. Bazin, de faire interdire l’accès à l’église, la toiture de la chapelle nord étant écroulée depuis fort longtemps.
Remarque : il y a une apparente contradiction entre le Conseil Municipal et les Monuments Historiques qui, dans leur rapport publié en 1925, ne parlent pas d’un problème de toiture percée. En 1928, d’importantes réparations étant prévues, il est décidé de détruire la sacristie et de redonner au chevet son aspect initial. Ces travaux furent effectués vers 1935 avec, entre autres, reprises des piliers côté nord.
En 1984 la municipalité fit effectuer pour 627 000 FR de travaux.


[1ADVO : R. Lasteyrie " Architecture religieuse en France

[2R Gadagnin

[3Abbé Lebeuf : Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris

[4ADVO : R de Lasteyrie, Architecture religieuse en France, tome 1 page 311

[5Bibliothèque historique de la Ville de Paris


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