L’hospice à Marly-la-Ville

mardi 3 novembre 2015
par  Jean

L’hospice à Marly-la-Ville

Jusque vers 1650, les revenus de la Maladrerie devaient être relativement modestes puisqu’il est dit, dans un acte [1] de 1760, qui reprend l’historique de l’Hospice, que la ferme ne comprenait que "quelques terres", termes qui laissent supposer un domaine de faible importance.
C’est ici qu’intervient Jacques Danès, dernier Seigneur de Marly à porter ce nom.
Il est né à Paris en 1601 ; il est successivement président de la chambre des comptes, maître des requêtes et intendant du Languedoc. Avant 1638, il devient veuf puis perd son fils unique peu de temps après. Danès était un homme riche qui possédait de nombreuses terres dont la quasi-totalité de la paroisse de Marly [2] . Se retrouvant seul, il décide de rentrer dans les ordres.
Nommé [3] à Paris en 1638 avec accord de Louis XIII, ratification par le pape le 9 janvier 1640, il est consacré évêque le 6 mai 1640 par Nicolas Sanguin évêque de Senlis, R Schmidt évêque de Calcédoine et Godeau évêque de Grasse.
Peu après sa consécration, il se défait de tous ses biens par une série de donations qui s’étalent de 1643 à 1648. Les actes de donation sont enregistrés chez Maître Le Boucher et Lemoine, notaires au Châtelet de Paris, une copie de l’acte le plus complet figure en annexe. Ces donations sont principalement faites en faveur de l’Hôtel-Dieu de Paris et en moindre quantité en faveur des "Incurables". Mais il fait obligation de reverser une partie des revenus aux nécessiteux.
Il exige par exemple de l’Hôtel-Dieu qu’une parcelle de terre de presque 5 hectares soit cultivée par un fermier afin de fournir, tous les ans du blé à 12 pauvres de la paroisse de Marly, 6 hommes et 6 femmes. La redevance sera obligatoirement fournie en grain et jamais en espèces. Le grain sera porté sur la place d’église pour le partage, mais le fermier devra livrer les pauvres en leur demeure. Cette parcelle est connue sous le nom de " Champ des pauvres". Ce don n’est pas limité dans le temps et nous avons trouvé la trace de son respect en … 1956 !
Puis, en 1643 et ensuite par un testament du 27 février 1644, il octroie à la communauté des pauvres de la paroisse une rente, annuelle et perpétuelle, de cent livres à prendre sur les propriétés du grand hospice de Paris, "pour être la dite somme employée à vestir les pauvres les plus nécessiteux des deux sexes, originaires de cette même commune, ayant acquis une résidence de vingt années sans interruption".
L’acte de la donation de 1648, figurant en annexe, donne la liste de l’ensemble de ses dons.
Il se consacre ensuite à sa charge d’évêque de Toulon jusqu’au 1 juin 1658, date à laquelle, malade, il démissionne de son poste d’évêque et termine sa vie à Paris jusqu’à sa mort survenue le 5 juin 1662. Il est enterré dans l’église Sainte-Geneviève des Ardents [4]..
C’est donc l’Hôtel-Dieu de Paris qui reçoit ces biens et qui les gère, mais on peut supposer que les terres proches de Marly furent confiées à la Maladrerie, soit en pleine propriété, soit par bail emphytéotique. Même si cela paraît logique, nous n’avons pas trouvé de documents précisant ce point.
Plus tard, en 1717, un bourgeois de Paris du nom de Lamy fera don de presque 5 hectares de terres labourables.

Peu avant 1700, le vieux Lazaret de St Witz sous Montmelian a plus de 500 ans d’existence. Les bâtiments sont vétustes et les réparations, urgentes, sont excessivement onéreuses. La lèpre ayant quasiment disparue, l’isolement n’est plus nécessaire et une ordonnance royale demande de rapprocher les Lazarets des villes et villages voisins. La décision est donc prise de le transférer au village de Marly en 1693. Nous sommes sous Louis XIV.
Pourquoi Marly ? Nous ne sommes surs de rien. Peut-être que l’exploitation des carrières, génératrice d’accidents, n’est pas étrangère à ce choix, peut-être la personnalité du Comte de Hodic a eu de l’importance, nous ne savons pas.
Il faudra quand même attendre 2 années pour que, le 6 juillet 1695, un arrêt de Louis XIV fixe l’instauration effective de l’hospice à Marly [5] & [6] . L’arrêt précise que tous les biens et revenus de la ferme seront attribués à ce nouvel hospice afin d’assurer son financement. Bien que situé maintenant à Marly, l’hospice devra admettre en absolue priorité les malades de la paroisse de Saint-Witz sous Montmélian, ceux de Marly ne seront admis qu’en fonction de la place disponible. L’arrêt rattache l’hospice à l’ordre de Saint Lazare et fixe dans le détail le mode d’administration.
Les 2 exemplaires de l’ordonnance du 6 juillet 1695 scellées du sceau royal en cire verte ont hélas disparu. Nous n’avons retrouvé qu’une retranscription effectuée par le Comte de Hodic en 1710 [7]

Retranscription de l’acte de Louis XIV

Nous verrons au chapitre suivant qu’il va falloir attendre presque 50 ans pour que le bâtiment sorte de terre. Mais durant cette période un événement mémorable s’est produit à Marly.
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[1Arrest du parlement, CARAN cote S 6170

[2Il possédait en outre la quasi-totalité des terres de la paroisse de Compans, avait des biens à Bercey et dans l’Allier. Il en légua la majorité à l’Hôtel-Dieu de Paris.

[3Archives diocésaines de Paris

[4Epitaphier du vieux Paris tome IV

[5Archives Municipales cote A1/1.

[6CARAN cote MM 207 à 211, page 379 tome 1

[7CARAN cote X1a8692.


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