La Révolution

jeudi 5 novembre 2015
par  Jean

N’ayant pas trouvé d’informations pour Fosses, voici ce que nous savons pour Marly-la-Ville.

La grogne montait dans le pays car les prix étaient élevés, surtout le prix du pain, élément essentiel de la nourriture à l’époque. La révolution fermentait sous ce calme apparent.
Le 8 août 1788, le Roi, Louis XVI, décide de convoquer les "Etats Généraux" pour le 5 mai 1789. La convocation arrive dans les paroisses le 14 janvier 1789 et les revendications des paroissiens sont notées dans les fameux "Cahiers de doléances".
A Marly, au bout de la ruelle Maillard, se trouvait une ferme appartenant à la famille Malice. C’était une famille de riche, très riches laboureurs. Depuis le 16 novembre 1778, Louis Charles Robert Malice reposait dans l’église et la ferme était tenue par sa veuve âgée de 78 ans, Marie Magdeleine Puthomme. Avec une servante, Marie Honorine Charlotte Manceau, âgée de 25 ans, elle occupait la maison de maître. Que s’est-il donc passé dans la nuit de 24 au 25 avril 1789 ?
Au matin du 26, vers 6 heure, la servante découvre sa maîtresse dans son lit, tout imbibé de sang, de grosses plaies à la tête, le crâne éclaté . .
A Paris la tension monte et tout le monde connaît les évènements du 14 juillet 1789. Pourtant, à Marly, cette année-là semble avoir été calme. Le curé de Marly, Léger Papin, avait prêté serment à la République, ce qui lui permettra de devenir député et même de se marier avant de connaître ensuite quelques problèmes ; mais cela s’est passé à Paris. L’église, rebaptisée "Temple de l’être suprême", servait de salle de réunion ou encore de maison du peuple.
C’est en 1790, lors des élections, que Marly a vécu des moments difficiles. La Loi de décembre 1789 définissait les communes. Elles devaient être gérées par un conseil municipal élu par les citoyens actifs, c’est à dire ceux qui payaient au moins l’équivalent de 3 journées de travail en impôt.
Deux clans s’affrontaient. Les révolutionnaires, menés par Hautin père et fils, et le clan Nantouillet, là aussi le père, Xavier, et son fils, Alexandre.
Hautin était un riche commerçant en grains et de la dentelle, la fameuse "blonde noire", il avait pour lui les révolutionnaires.
Mais Xavier et Alexandre de Nantouillet, bien que royalistes, étaient fort appréciés ; Xavier était le petit fils de celui qui avait payé l’hospice. Aussi, bien des villageois étaient de leur côté.
Or, lors des élections de février 1790 , c’est Hautin qui a été élu, mais beaucoup de Marlysiens ne l’ont pas accepté. Il s’en est suivi une période de troubles dans notre petit village. Le nouveau maire place à la tête du détachement communal de la nouvelle Garde Nationale son fils, Nicolas Hautin. Mais les partisans du Comte créent une seconde garde et demandent à Xavier de Nantouillet d’en prendre la tête. Marly, 680 habitants, se retrouve avec 2 gardes et pratiquement deux maires.
Le directoire du département est saisi. Il renvoie le problème au District de Gonesse qui déclare illégales les 2 gardes. Mais le Département n’est pas d’accord et frappe de nullité la garde de Nantouillet. Gonesse refuse alors d’appliquer la décision et renvoie au département. Cette partie de ping-pong nous mène au 9 novembre 1790 sans qu’aucune décision ne soit effective et nous entrons à nouveau en période électorale car il faut procéder à un renouvellement partiel du conseil municipal.
Ces élections se tiennent le 15 novembre 1790 et le résultat est favorable au Comte de Nantouillet !
C’est alors une véritable révolte. Deux administrateurs du département arrivent à Marly pour tenter de trouver une solution lors d’une réunion dans l’église. La lecture des arrêtés du département est couverte par les hurlements. On en vient quasiment aux mains lorsque le groupe Hautin dénonce l’élection qui lui est défavorable. On voit même le Comte de Nantouillet protéger Nicolas Hautin dont la voix est couverte par les cris dès qu’il cherche à parler. Les envoyés du département sont conspués et un partisan d’Hautin, poursuivi par ses opposants, doit, pour se sauver, traverser une mare tout habillé. (Nous étions fin décembre 1790 ou début janvier 1791).
Nicolas Hautin ne désarme pas et, accompagné par 2 de ses compagnons, il part pour Paris afin d’obtenir la destitution de Mr de Nantouillet. Certains proposent de tuer les 3 hommes à leur retour. Il est heureusement plus facile de prononcer des paroles que d’effectuer les actes.
Nous n’avons pas trouvé d’informations sur les mois qui ont suivi. Mais, le 10 août 1792, le Roi est arrêté à Varennes et on soupçonne la famille Nantouillet d’avoir favorisé sa fuite, ce qui est sans doute vrai.
En juin 1793 un député vient de Paris pour mettre Alexandre de Nantouillet en état d’arrestation. On frise l’émeute. La foule encercle la mairie retenant prisonniers élus municipaux et député. On en réfère au district, au département, qui tergiverse et j’ai l’impression que rien n’a été fait. Cependant la famille Nantouillet préfère quitter Marly laissant le champ libre à Nicolas Hautin.
La sérénité ne reviendra pas pour autant ! Deux agents du Comité de Salut Public, Crassous et Clémence, arrivent avec un détachement de 200 hommes afin de mettre de l’ordre dans la région. Les maisons, les fermes, le château sont fouillés, il vaudrait mieux dire pillés et mis à sac. Une trentaine de Marlysiens sont emprisonnés et les nouvelles élections placent bien évidemment Hautin à la tête de la commune.
Les biens de "l’émigré Lallemant Nantouillet" sont mis en vente en retirant tout ce qui peut être utilisé en fonderie. Les grilles de fer de l’église, les objets du culte ont été saisis pour être vendus. Le cuivre et le plomb ont suivi le même chemin, sans doute pour fabriquer des munitions. Il a même été envisagé de démonter l’église pour en vendre les pierres ! Il faut dire qu’elle servait plutôt de salle de réunion et même de grange puisqu’il a été question d’y battre le blé. Quant au château, ou plutôt ce qu’il en reste, il sera racheté par un certain Folope, un banquier du Havre
Un arrêté du 4 germinal An II (24 mars 1794) met en réquisition les cordes et les cloches des églises, ne laissant dans chaque commune qu’une seule cloche, la cloche civique. L’usage de cette cloche sera d’ailleurs strictement réglementé. Il sera interdit de l’utiliser pour quelque cérémonie religieuse que ce soit. "… la commune pourra faire sonner la cloche qui lui reste, savoir sur les huit à neuf heures du matin, heure d’envoyer les enfants aux instructions publiques, sur les onze heures pour rappeller les cultivateurs à venir prendre leur repas, sur les une et deux heures après midy pour renvoyer les enfants aux dites instructions et quatre heures de relevée pour avertir les femmes de revenir à leur maison donner leurs soins à leurs enfants et à leurs bestiaux."
Mais la roue tourne et le 9 thermidor de l’an II (27 juillet 1794), voit la chute de Robespierre et la fin de la terreur. Les prisonniers sont libérés et remplacés par ceux qui les avaient incarcérés.
Il s’en est suivi une période d’euphorie dans tout le département, une souscription a même été ouverte afin de construire un navire baptisé "Seine et Oise".
En janvier 1795 la municipalité a été confrontée à un sérieux problème. Comment protéger du gel les orangers de Marly. Et oui, aussi curieux que cela paraisse, il y avait des orangers à Marly, c’est écrit dans les registres de la commune. Je ne sais pas d’où pouvaient provenir ces arbres habitués à un climat plus clément, mais Dalibard pouvait y être pour quelque chose. Il ne faut pas oublier qu’il était surtout botaniste et, dans le parc de la maison qu’il a occupé, on retrouve encore les restes de deux vieilles serres dont une au moins équipée d’un chauffage. C’est donc possible.


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