Septembre 1914

vendredi 6 novembre 2015
par  Jean

1 et 2 septembre 1914
Senlis est pris. La 56ème division fait face à l’ennemi qui cherche à avancer en vain vers Pontarmé . L’ennemi revient sur Senlis, rassemble des civils, femmes, enfants, blessés, et les pousse devant lui. Nos mitrailleuses n’ont pas tiré et la 56ème division a reculé. Le soir elle cantonne dans la zone de Survilliers, Plailly, Vémars, St Witz (Q.G.).
Des forces ennemies sont signalées dans les régions de Luzarches et d’Orry la Ville. La 14ème division coupe la vallée de l’Ysieux entre Fosses et Lassy, ainsi que Puiseux et Jagny. La 55ème division se tient à Moussy le Vieux, Vémars et Marly la Ville.
Les informations sur les positions ennemies sont vagues. Le 1 septembre des renseignements donnés par des habitants indiquent qu’une colonne ennemie aurait été vue sur la route de Breteuil dans l’après-midi. Une autre colonne longue de 17km se dirigerait, dans le courant de la matinée, de Montdidier vers Estrée-St-Denis et 3 divisions de cavalerie allemande opéraient dans la forêt de Compiègne. Or, on ignore ce que sont devenues ces troupes ! C’est pourquoi le Général Gallieni demande à l’aviation une observation dès le lendemain.
3 septembre 1914
C’est une journée de mise en défense de la région dans l’attente d’une attaque.
Le rapport de l’aviation est le suivant :
7h30 : Des bataillons venant d’Ornay Villers et de Rosières se dirigent sur Nanteuil le Haudoin tandis qu’à Châalis un Régiment d’Infanterie et un groupe d’artillerie marchent sur Ermenonville.
8h15 : une colonne arrive au nord de Luzarches s’étirant sur 4 km venant de Chantilly.
8h15 : une grosse colonne, composée d’une brigade plus un régiment d’artillerie, venant de Verberie se dirige sur Senlis ; une autre venant de Villers sur Frambourg ainsi qu’un Régiment et un parc d’aviation, s’installent à Chamant ;
Senlis est occupé par des éléments non évalués ; un Régiment marche de Senlis sur Orry où se trouvent déjà des troupes, puis une colonne venant de Creil se dirige sur Chantilly. D’autres franchissent la Thève à Montgressin et se dirigent sur Orry.
10h : le général Maunoury estime à un corps d’armée les forces qui débouchent de Senlis et se portent sur Orry.
L’ennemi est signalé à l’orée de la forêt de Coye et un gros rassemblement de troupes aurait été vu vers Orry. Une patrouille ennemie, qui s’était avancée vers la Chapelle en Serval, a 2 soldats tués et 1 prisonnier.
Le 7ème Corps d’Armée, ayant reçu l’ordre de s’opposer à une attaque débouchant du Nord sur le front Lassy-Survilliers, se déploie ainsi :
- Un bataillon de la 28ème brigade se porte face à un groupe ennemi qui occupait le bois d’Epinay-Champlâtreux, au sud de Luzarches.
-  Le 42ème R.I tient la ligne des avant-postes le long du chemin de Beaumont (chemin rural N°2). Le 1er bataillon du 42ème a été positionné entre Fosses et Bellefontaine, le 3ème bataillon entre Bellefontaine et Lassy alors que le 2ème bataillon est en réserve sur le chemin de Puiseux-les-Louvres.
-  Le 35ème régiment s’est porté sur Survilliers, auberge de Guépel et ferme St Ladre. Le 44ème est en soutien du 35ème à St Witz. A 17h30, le 35ème occupe Survilliers.
Il y a aussi d’autres troupes dans la région. La 60ème division stationne entre Louvres et la ferme Vollerand. On trouve encore le 44ème Régiment d’Infanterie à Villeron, ferme Vollerand et sucrerie ; le 60ème Régiment d’Infanterie à Louvres et une compagnie du Génie à Puiseux. Ces positions sont occupées vers 17h30.
Les régiments passent la nuit sur ces positions.
4 septembre 1914
Ordre général N°55 du 4 septembre à 7 h 30 émis par le général Vautier, commandant le 7ème corps d’armée, depuis son quartier général d’Ecouen (Extrait) :
"La 14ème division qui se trouvait entre Fosses et Lassy le 2 septembre, devra occuper pour 13 h la zone Survilliers, St Witz, Villeron (QG), Vollerand et Marly la Ville.
La 63ème division occupera à la même heure la zone Luzarches, Bellefontaine, Fosses, Puiseux les Louvres (QG), Chatenay et Mareil en France.
La liaison entre les 2 divisions se fera sur le chemin de terre orienté sud-nord, au nord de l’église de Fosses.
En cas d’attaque résister énergiquement sur la ligne des avant-postes et s’efforcer de rejeter l’ennemi vers le nord sans s’engager dans la région boisée au nord des avant-postes".
Ceci fait effectuer un mouvement de translation vers l’est à la 14ème division, la 63ème division prenant sa place. C’est ainsi qu’en milieu de journée on trouve le 6ème bataillon du 305ème R.I. creusant des tranchées au nord de Bellefontaine alors que le 5ème bataillon de ce régiment fait sans doute de même au nord de Fosses, au carrefour du chemin rural N°2 et du CVO N°1 (références actuelles).
- La 14ème division se trouve entre l’église de Fosses et Survilliers :
- La 28ème brigade à Survilliers, St Witz, Ferme St Ladre, auberge du Guepel.
- La 27ème brigade à Marly la Ville, Vollerand, la sucrerie, Villeron.
- Une batterie d’artillerie à Survilliers et 2 autres à Marly la Ville.

L’armée allemande disposait d’importantes troupes à Coye et à Orry. Mais l’attaque principale se déroulait plus à l’est vers Lizy sur Ourcq qui était tombé ce jour même. L’ennemi est resté à couvert dans la forêt, évitant de traverser le plateau qui se trouvait sous le feu de nos mitrailleuses, pour faire mouvement vers l’est et participer, le 5 septembre, aux premiers engagements de la bataille de la Marne. Notre village a été ainsi épargné par les combats.
Cette tactique montre bien l’adéquation entre la topographie et la disposition des troupes autour de Fosses village. Le gros de la troupe est situé sur le plateau de Marly, les avant-postes sont sur la crête dominant notre village ; entre les deux, la vallée de l’Ysieux joue son rôle de fossé de défense comme à l’époque des romains et il a sans doute bien rempli cette fonction.

Les jours suivants :
Les 5 et 6 septembre, la bataille se situe à l’est de chez nous, à Nanteuil le Haudoin, à quelques kilomètres au nord de Meaux. C’est lors d’un de ces combats que le Lieutenant Charles Péguy, écrivain et poète dans le civil, trouva la mort le 5 septembre à Villeroy.
Le 7 septembre, les armées anglaises et françaises qui se battent côte à côte sont épuisées. C’est alors qu’entrèrent en jeu, à 13 heure, les "Taxis de la Marne" : 600 taxis parisiens, principalement des G7, furent réquisitionnés afin d’amener de nuit, tous feux éteints, des troupes fraîches sur le front. 3000 hommes vinrent ainsi en renfort.
Le 8 la situation est encore indécise mais le 9, Foch avec la IXème Armée, emporte la victoire. Dans la nuit du 9 au 10 septembre l’armée allemande amorce sa retraite et recule vers Soisson où elle s’installe. Paris est sauvé mais la bataille de la Marne aura fait au moins 40 000 morts, blessés, disparus ou prisonniers et dévasté une région. Les hommes qui étaient restés ont été arrêtés comme otages et les femmes, comme dans toute guerre, …
Il faudra plus de 650 sapeurs-pompiers pour assainir le champ de bataille. Il faut identifier et enterrer les morts, nettoyer les villes qui, vidées de leurs habitants par l’exode, ont été pillées et saccagées.
Pour donner une idée des pertes durant les 2 premiers mois de guerre, voici ce qu’en dit le journal du 143ème R.I. : Fort de 3320 hommes en août, le régiment fait état au 1 octobre 1914 de 2015 morts, blessés ou disparus dont 35 officiers. Cela se passait sur le front de l’est.
Plus tard, nos villages revivront des moments pénibles au printemps 1918 lorsque les Allemands, sous le commandement de Ludendorf, utiliseront des canons à longue portée pour bombarder Paris. Certains, comme Coye-la-Forêt, souffriront des raids de l’aviation allemande sur la capitale et de la riposte des premières escadrilles franco-anglaises engagées au moment de la reprise de la guerre de mouvement.
Après la bataille de la Marne, le Général Galliéni demanda l’agrandissement du camp retranché de Paris. Fosses et Marly se trouvent alors intégrés dans le périmètre du camp et divers ouvrages de défense furent créés. Des tranchées furent creusées dès la fin de 1914, une ligne au nord du village et une autre au sud de Marly. Pendant toute la durée de la guerre, diverses troupes vinrent stationner chez nous, soit pour ériger ces défenses, soit pour prendre quelque repos après un séjour sur la ligne de front. Les soldats étaient logés sur place et leur nombre dépendait de l’importance du village. A Fosses, qui comptait 329 habitants, il n’y avait qu’une compagnie alors que Marly, avec 905 âmes, en logeait 3.
Durant toute la guerre, en plus des mouvements générés par la gare, des troupes ont stationné à Fosses et dans ses environs, et ceci dans le cadre de la défense de Paris. Dès la fin octobre 1914 la région de Fosses se trouvait prise sous le feu croisé de 2 batteries d’artillerie, l’une située à St Witz et l’autre au sud du bois du Tremblay. C’était des pièces de 95 et de 75 mm.
Une ligne de tranchées passait à 200 m au nord-ouest de Survilliers et suivait à peu près le chemin de Beaumont jusqu’à Luzarches. L’état major du 361ème R.I.T. se trouvait à Survilliers le 24 juillet 1915 et la 1ère compagnie du 3ème bataillon. cantonnait à Fosses et occupait les tranchées 78 à 92. Un roulement des troupes a, bien entendu, eu lieu au cours des 4 années de guerre mais les postes de défenses sont restés. C’est ainsi que les cahiers de marche nous apprennent diverses informations et détails qui, même s’ils paraissent anodins, permettent de mieux appréhender cette période.
On sait ainsi :
Qu’un poste d’écoute se trouvait à Vaulaurens à priori durant toute la guerre.
Que des commandos ennemis ont attaqué des voies ferrées près de Luzarches le 11/09/1914.
Qu’une "attaque en masse" a fait intervenir la batterie de Puiseux le 25/05/1915.
Qu’une épidémie de scarlatine s’est déclarée au cantonnement de Mortefontaine le 18/11/1915.
Que la batterie de Vémars a ouvert le feu sur des avions le 9/03/1918 à 20h54.
Que celle de Puiseux a fait de même le 22/03/1918.
Des consignes de blackout sont données aux habitants le 22/01/1915.


Navigation

Articles de la rubrique