Dalibard

lundi 2 novembre 2015
par  Jean

Dalibard était un érudit qui, comme souvent à cette époque, touchait à plusieurs domaines. Il s’intéressait aux plantes avec Buffon et à l’électricité du ciel avec Franklin, ambassadeur américain à Paris.
En 1732 il logeait à Marly où il avait installé un petit laboratoire au fond du parc, y érigeant un système dans l’espoir de capter la foudre. Le but de la recherche n’était pas la protection des bâtiments. Il fallait surtout démontrer la nature électrique de la foudre et essayer de la capter pour en utiliser l’énergie.
Plutôt que de retranscrire le rapport scientifique qui se trouve à l’Académie des Sciences, il est préférable de citer la lettre que le curé de Marly, témoin de l’expérience, a rédigée : (orthographe d’époque)
" Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez : l’expérience est complette. Aujourd’hui à deux heures 20 minutes après midi, le tonnerre a grondé directement sur Marly ; le coup a été assez fort. L’envie de vous obliger, & la curiosité m’ont tiré de mon fauteuil, où j’étois occupé à lire : je suis allé chez Coissier, qui déjà m’avait dépêché un enfant que j’ai rencontré en chemin, pour me prier de venir ; j’ai doublé le pas à travers un torrent de grêle.
Arrivé à l’endroit où est placée la tringle coudée, j’ai présenté le fil d’archal, en avançant successivement vers la tringle, à un pouce & demi, ou environ ; il est sorti de la tringle une petite colonne bleuâtre sentant le soufre, qui venoit frapper avec une extrême vivacité le tenon du fil d’archal, & occasionnoit un bruit semblable à celui qu’on feroit en frappant sur la tringle avec une clef. J’ai répété l’expérience au moins six fois dans l’espace d’environ quatre minutes, en présence de plusieurs personnes, & chaque expérience que j’ai faite a duré l’espace d’un pater & d’un ave. J’ai voulu continuer ; l’action du feu s’est ralentie peu à peu ; j’ai approché plus près, & n’ai plus tiré que quelques étincelles, & enfin rien n’a paru.
Le coup de tonnerre qui a occasionné ces événements, n’a été suivi d’aucun autre ; tout s’est terminé par une abondance de grêle.
J’étois encore si occupé dans le moment de l’expérience de ce que je voyois, qu’ayant été frappé au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c’est en touchant au fil d’archal ou à la tringle : je ne me suis pas plains du mal que m’avoit fait le coup dans le moment que je l’ai reçu ; mais comme la douleur continuoit, de retour chez moi, j’ai découvert mon bras en présence de Coiffier, & nous avons aperçu une meurtrissure tournante autour du bras, semblable à celle que feroit un coup de fil d’archal, si j’en avois été frappé à nud. En revenant de chez Coiffier, j’ai rencontré M. le Vicaire, M. de Milly, et le Maître d’école, à qui j’ai rapporté ce qui venoit d’arriver ; ils se sont plains tous les trois qu’ils sentoient une odeur de soufre qui les frappoit davantage à mesure qu’ils s’approchoient de moi : j’ai porté chez moi la même odeur, & mes domestiques s’en sont aperçus sans que je leur aye rien dit. Voilà, Monsieur, un récit fait à la hâte, mais naïf & vrai que j’atteste, & vous pouvez assurer que je suis prêt à rendre témoignage de cet évènement dans toutes les occasions. Coiffier a été le premier qui a fait l’expérience & l’a répétée plusieurs fois ; ce n’est qu’à l’occasion de ce qu’il a vu qu’il m’a envoyé prier de venir. S’il en étoit besoin d’autres témoins que lui & moi, vous les trouveriez ? Coiffier presse pour partir. Je suis avec une respectueuse considération, Monsieur, votre ….
Signé : Raulet, Prieur de Marly. 10 Mai 1752 ".

Comme souvent une querelle s’éleva entre divers savants. Il ne semble pas qu’il y ait eu dispute entre Dalibard et Franklin, ils travaillaient de concert, et Franklin attendait la fin de la construction d’une église pour tenter l’expérience dont il était l’initiateur. Buffon, ami des deux, qui avait engagé Dalibard dans la voie de l’expérimentation ne réagit pas non plus. Mais un autre savant travaillant sur l’électricité à partir d’une théorie différente chercha à nier les résultats obtenus, c’était l’abbé Nollet. Une nombreuse correspondance, parfois acerbe, s’établit entre Nollet et Franklin, mais cela sort de notre sujet
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