La drôle de guerre

samedi 7 novembre 2015
par  Jean

Invasion

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Dans les usines les discussions allaient bon train et le gouvernement en prenait pour son grade. Daladier, le Président du Conseil, avait déjà brisé une grève un an plus tôt et maintenant il interdisait le parti communiste ! Il faut reconnaître que ce parti était quelque peu assis entre deux chaises. Il était en effet tiraillé entre son patriotisme, qui lui demandait de défendre la France contre les Allemands, et son idéal communiste qui, depuis le récent pacte Germano-soviétique, l’incitait plutôt à ne pas considérer l’Allemagne comme une ennemie. C’est pour cette raison que la majorité des élus communistes furent déchus de leur mandat en septembre 1939, depuis les députés jusqu’aux conseillers municipaux, certains étant même internés ou assignés à résidence.
Bien que la mobilisation soit effective depuis le 3 septembre, la fin de l’année arrive, janvier 1940, puis février, puis mars et même avril passent, et tout est presque calme ; tant et si bien que certains pensent encore possible d’éviter le conflit. C’était « la drôle de guerre ». A l’Est, les troupes allemandes n’osaient pas s’attaquer à la ligne Maginot qu’elles savaient imprenable. Cette ligne, constituée d’une série d’ouvrages de défense reliés entre eux par des souterrains à 30 mètres sous terre, s’étendait de la Lorraine à Belfort et, même si elle n’était pas entièrement terminée en 1939, même si elle ne comportait pas encore de défenses anti-aériennes, elle représentait un obstacle sérieux.
En cette fin d’année 1939 la Russie attaque la Finlande qui ne dispose que d’une armée de 200.000 hommes. La France leur envoie bien des armes et des munitions le 12 décembre, mais ce n’est pas suffisant pour enrayer l’avance des chars soviétiques et les Finlandais vont alors utiliser une technique mise au point pendant la guerre d’Espagne. La neige oblige les chars à rester sur les routes, le pays est très boisé, ce qui permet à des skieurs évoluant cachés dans les bois d’attendre que les chars passent à leur portée pour foncer dessus, lancer une bouteille d’essence enflammée et se retirer rapidement. Le cocktail Molotov entre en action.
En France, tout est calme ou presque. Il y a bien, de temps en temps, quelques petites intrusions de l’aviation allemande et quelques escarmouches à l’est. Dans les JMO [2] de la 7ème DINA [3] qui stationne à Besançon, on apprend que les hommes parlent surtout du couchage sur la paille, se plaignent du froid et de la monotonie des repas : trop de légumes secs, de riz et une mauvaise préparation des plats. Ils sont amenés à acheter des denrées complémentaires dans les commerces et chez les particuliers.
Les civils sont très gentils et compréhensifs ; ils parlent peu de la situation en France, mais beaucoup des problèmes créés par la communauté musulmane [4] .
Ce calme fait dire à un officier qu’il serait temps que les troupes arrêtent de se croire en villégiature ! [5]

Dans notre région tout était calme aussi. Seule l’absence des hommes et la présence des militaires rappelaient la guerre. En Seine et Marne, la plus part des villes et villages servent de cantonnement aux états majors et aux unités. A la Ferté sous Jouarre se trouve le Q.G. du commandement des forces terrestres du front Nord-Ouest et, à partir de janvier 40, un élément du grand Q.G. est venu de Vincennes à Montry. Des unités de défense du territoire protègent les points sensibles, des batteries de défense contre avions (DCA) ont été installées ainsi que les classiques "services de l’arrière" tels qu’hôpitaux militaires de complément, dépôt de véhicules et de munitions, etc. Enfin l’aviation française ou britannique occupe tous les aérodromes.
L’hiver 39-40, très rigoureux, se passe sans incident notable, à l’exception de quelques alertes aux avions du côté de Lagny dès septembre 1939 d’après le journal intitulé : « Notre département la Seine et Marne n°13, de juin/juillet 1990 ».
Mais l’arrivée du printemps fait ressortir le manque d’hommes dans les fermes. C’est pourquoi, en février 1940, le gouverneur militaire de Paris demande la mise à disposition de personnel agricole pour le département de Seine et Oise afin d’assurer les labours et semailles de printemps. Ces hommes pourraient venir d’autres régions de l’intérieur afin de ne pas mettre en danger la région parisienne par manque d’effectifs [6] .
La guerre est pourtant là : des avions allemands envoient sur les troupes françaises des « colis cadeaux » contenants des briquets et des stylos. Gare à ceux qui les utilisent, ils sont piégés et provoquent de graves blessures aux mains et au visage !


[1SHAT= Service Historique de l’Armée de Terre

[2SHAT 32N387

[3Division d’Infanterie Nord Africaine

[4SHAT 32N387 : les difficultés ne sont pas précisées.

[5SHAT 32N105

[6SHAT 32N248