Du 11 mai au 18 juin 1940

samedi 7 novembre 2015
par  Jean

Les combats terrestres

C’est au mois de mai que les choses s’accélèrent. Dans notre région, Pontoise est bombardée le 11 par un temps nuageux et pluvieux. Le lendemain, 12 mai, les forces allemandes attaquent sur la Meuse et c’est la percée de Sedan.

A partir de ce moment, rien ne pouvait plus s’opposer efficacement à l’avance de l’ennemi et nos gouvernants en étaient conscients. J’en veux pour preuve l’épisode suivant :
Le 15 mai, à 7h30, le Président du Conseil Paul Reynaud téléphonait à Winston Churchill pour lui dire : « We heave been defeated ! we have lost the battle » ( Nous sommes vaincus ! nous avons perdu la bataille ) [1] et [2]
Cette surprenante réflexion ne s’appuyait peut-être pas uniquement sur des raisons militaires. Il est possible qu’elle ait pris en compte des motifs psychologiques car le peuple français était dans son ensemble peu enclin à la guerre et une partie y était franchement opposée. Cette opposition était suffisamment forte pour justifier des soupçons de sabotages dans les usines d’armement ainsi que le signale un rapport [3] des renseignements généraux :
« Au sujet du travail dans les usines de guerre comme à Argenteuil, Bezons, Maison Laffite, Montmorency, Aulnay, Sevran au Blanc Mesnil, à St Cloud, à Sèvres, Chalais Meudon, Rueil Malmaison, Villacoublay, au mois de février 1940 le taux de malfaçons observé dans ces usines spécialisées dans l’armement, est tout simplement effrayant. Une surveillance de la société nationale de constructions de moteurs d’avions s’impose à l’usine Bloch de Villacoublay. » [4]
Les réfugiés affluent, venant du nord, et le 16 mai la route Chantilly Paris est fortement embouteillée, gênant le mouvement des troupes. Chantilly est aussi bombardé le 19, puis c’est au tour de Creil le 26 du même mois [5]. Notre aviation faisait de son mieux mais nos pilotes se disaient contrariés par la météo alors que Luftwaffe semblait évoluer sans difficulté. De plus, l’aviation n’avait aucune liaison radio avec le sol, principalement avec les chars, les fréquences étant différentes.
16 mai, stupéfaction ! Des avions de reconnaissance venant de Laon atterrissent à Soissons et signalent qu’ils ont été attaqués sur leur propre terrain de Laon par des automitrailleuses ennemies et que la ville de Montcornet est occupée. « il est assez étonnant dit en substance la ZOAN (Zone d’Opération Aérienne Nord), qu’au cours de la nuit, d’importantes forces ennemies aient pu pénétrer à 60km à l’intérieur des lignes sans que le commandement ait reçu à ce sujet aucun renseignement de source terrestre ». [6]

Du 22 mai au 11 juin 1940 [7] , les 31ème et 51ème groupes d’artillerie de DCA avaient installé ses batteries et projecteurs dans notre région. La 92ème batterie a d’abord été à Puiseux avant de s’installer à Marly, la 12ème est passée d’Orry-la-Ville à Vémars et la 160ème se trouvait à Luzarches.
Nos troupes battaient en retraite, non pas une retraite organisée comme celle d’août 1914, mais une débandade. Il restait bien un mince espoir de résister grâce aux fleuves et aux rivières, mais ces cours d’eau furent transformés en pièges par l’aviation ennemie qui, en détruisant les ponts en arrière de nos lignes, bloquaient le mouvement de nos troupes. Le passage de l’Oise, à Pont Sainte Maxence, en est un exemple frappant. Les ponts avaient été détruits le 9 juin vers 16 heures et seules 5 divisions réduites à 1 ou 2 bataillons et quelques pièces d’artillerie purent franchir l’Oise. Les hommes restants et le matériel lourd tombèrent aux mains de l’ennemi [8] . Des épisodes identiques se produisirent aux principaux ponts.
Les rescapés, complètement désorganisés, sans ravitaillement, certains ayant abandonné leur armement pour franchir l’Oise à la nage, se dirigèrent vers le sud.
Des troupes se trouvaient déjà dans notre région. La 7ème DINA s’était établie sur les berges sud de l’Oise, un dépôt de munition était installé à Orry et une réserve d’essence à Survilliers.
Mais c’est surtout à partir du 10 juin que nos communes virent s’installer des troupes. Le 20ème RTT vint s’installer dans les bois autour de Bellefontaine et l’artillerie à Gascourt [9]
C’est ainsi que le 12 juin 1940 la 7ème DINA se situe dans les villages de Chaumontel, Bellefontaine, Trianon, Gascourt, château de Luzarches. Le PC de la division occupe le Moulin de Lassy et les transmissions se trouvent près de l’église du Plessis-Luzarches, une petite maison aux volets bleu, près de l’église [10] .

La "petite maison" existe toujours au fond d’une étroite impasse dont la photo ne rend pas l’étroitesse. Les volets ne sont plus bleu mais l’actuel occupant est né dans cette maison un peu avant la guerre.
Ces positions seront tenues jusqu’au 12 juin 19h15 [11]
Dans le même temps, le QG de la prévôté s’était installé à Fosses. Il y restera du 10 juin 19h au 13 juin au soir. Ce sera un lieu de rassemblement pour tous les soldats égarés depuis le passage de l’Oise.
A la mi-juin toutes les troupes avaient quitté la région.

Le 14 juin le Gouvernement quitte Paris pour Bordeaux. Le colonel De Gaule, nommé Général à titre provisoire le 24 mai, a été nommé au Gouvernement le 6 juin en tant que sous Secrétaire d’État à la Guerre. Il doit coordonner avec la Grande Bretagne la poursuite du combat. Le 17 juin De Gaule part à Londres en accord avec Paul Raynaud avec charge de représenter la France, muni de 100 000 francs prélevés par Raynaud sur les fonds secrets. Le lendemain il lancera à la BBC sont premier appel.


[1CARAN 72AJ271

[2Gamelin, chef d’Etat-Major, sera remplacé par Weygand le 19 mai

[3SHAT 9N362

[4Avions qui perdent leur hélice, fuite d’huile, tourelle de char qui bloquent

[5SHAA U531.1GC I/1

[6SHAA U534.9 GBII/12

[7SHAT 34N688

[8SHAT 32N188

[9SHAT 32N387 & 34N279

[10SHAT 32N116

[11SHAT 34N279.