Aviation : Etat des lieux

samedi 7 novembre 2015
par  Jean

L’action de l’armée de l’air a souvent été critiquée. Aussi, avant de décrire ses manœuvres, voyons rapidement ses moyens et son organisation.

Equipement

Il est difficile de chiffrer précisément le nombre car les sources divergent et grande est la différence entre les avions inscrits sur les listes et ceux effectivement aptes à décoller.

Le général Vuillemin dans sa biographie [1] , annonce un total de 7450 appareils au 16 août 1939, sans compter les 353 appareils de l’aéronautique navale. Mais si on retire les avions école et les appareils non encore armés, il n’en reste plus que 3959. Cela sur le papier, car en ne considérant que les appareils réellement utilisables [2], il n’en reste plus que 2129.
Il faut noter l’écart entre les chiffres du parc théorique et le nombre d’appareils réellement utilisables dans les 4 heures qui suivraient une alerte.

Les performances de nos appareils étaient, semble-t-il, inférieures à celles des appareils ennemis. Je dis "semble-t-il" car les sources disponibles ne paraissent pas impartiales.
Nos avions de chasse [3] volent, en moyenne, à 380 km/h, sont armés de 2 mitrailleuses d’aile et d’un canon de capot. Les Messerschmitt 109 et 110 volent respectivement à 570 et 550 km/h, sont équipés de 4 ou 5 mitrailleuses et de 2 canons de 20 mm.
Les bombardiers allemands Heinkel 111 et Dornier 17 volent à 425 et 440 km/h. Ils sont donc plus rapides que nos chasseurs !
Remarque : Ces chiffres sont contredits par d’autres auteurs. De plus, ils ne sont absolument pas significatifs. La différence de vitesse entre basse et haute altitude est de l’ordre de 100 km/h. Pour démontrer que nous sommes sous-équipés, on dira que nos avions volent à 380 km/h (en basse altitude) alors que les allemands volent à 570 km/h (en haute altitude). Pour démontrer l’inverse on dira que nos avions volent à 480 km (380+100 en haute altitude) alors que ceux de l’ennemi volent à 470 (570-100 en basse altitude). Et cela, sans jamais mentir. Le constructeur du Bloch 512 qui équipait la base de Compiègne donne une vitesse de 483 km/h à 4000 mètres et un plafond de 10 000 mètres.
Enfin, le rapport de force était en faveur de l’Allemagne comme le montre le tableau [4] ci-dessous. La date n’est malheureusement pas indiquée.

Type d’appareil France Allemagne
Chasseur 637 1210
Bombardier 242 1680
Observation 489 640
Total : 1368 3530

Les pilotes

Lors de la mobilisation, toute personne possédant un brevet de pilote civil était incorporé dans l’armée de l’air. Mais savoir décoller et atterrir pour promener sa famille le dimanche n’a rien à voir avec la voltige nécessaire au combat aérien. Aussi, les jeunes pilotes étaient envoyés sur la base d’Oran pour une formation au combat aérien et cette formation ne se passait pas sans problème ainsi qu’en témoigne une note du 27 janvier 1940 [5] :
" Nombreux accidents survenus à des appareils de chasse de ce groupement ; conclusion : manque accoutumance jeunes stagiaires au pilotage des avions de chasse moderne ; les jeunes pilotes arrivés depuis le 1er /01/40 à Oran, totaliseraient chacun en moyenne 2 heures de vol sur Morane 406. Par suite de l’urgence de la mise en place de ces pilotes au groupement de chasse d’Oran, l’envoi de jeunes pilotes sortant de l’école a été précipité. Souhaite que ces pilotes auront à subir le cycle complet à savoir transformation sur avion de guerre moderne et exécution de la progression de voltige sur mono-place. "

Implantation

La défense de Paris avait été définie en 1936 avec l’implantation suivante [6] :

Ville Région Emplacement Indicatif
Etampes Paris Montdésir PP1
Chartres 4ème région Champhol PP2
Creil 2ème région Creil PP3
Chantilly 2ème région Chantilly PP4

En date du 22 novembre 1938, la défense aérienne de nuit de la région parisienne est renforcée par trois groupements mixtes installés à : environs de Nanteuil le Haudoin, environs de Meaux, environs de Melun, rive droite Oise sud de Beauvais. Ils sont dotés d’unités de 4 projecteurs d’une portée annoncée de 40km.
En 1940, c’est la défense terrestre qui est aussi renforcée par l’implantation de batteries au Fort de Stains, à la Biche, à Romainville, à l’Orme de Morlu, à Aulnay/Bois, à Puiseux les Louvres, au Fort d’Ecouen et à Villiers le Sec.
C’est le 23 août 1939 que l’aviation, mise en état d’alerte, gagne ses positions de base. Le groupe de chasse stationné à Chartres gagne le terrain de Beauvais Tillé pendant que celui d’Etampes s’installe à Chantilly les Aigles, sur l’hippodrome . Le P.C s’installe à Chantilly. Une aile du bâtiment des Jockeys est aménagée pour le personnel et les pistes d’entraînement des chevaux sont aménagées en pistes d’atterrissage pour avions. Les arbres des alentours permettent de camoufler les appareils.
Les hommes n’ont pas le temps de chômer, surtout le personnel non volant. Aucun de ces terrains n’est préparé pour devenir un aérodrome militaire en temps de guerre. Aussi faut-il creuser des tranchées, aménager des buttes de tir ainsi que tout ce qui est nécessaire à la protection des hommes et du matériel. L’absence de défenses anti-aérienne oblige les pilotes à se tenir prêt pour un décollage immédiat pendant que les mécaniciens maintiennent les moteurs chauds.
Les premières alertes, qui arrivent en novembre, semblent être des fausses alertes principalement provoquées par la hantise du largage de parachutistes ennemis et de la peur des agents de la 5ème colonne.
De nouveaux appareils, des Bloch 512, sont prévus ; une campagne de prise en main et de tir est décidée. Elle doit avoir lieu à Marignane mais un brouillard persistant sur Lyon empêche les avions de s’y regrouper et la campagne est repoussée en janvier et février 1940. A l’issu de cet entraînement intensif les pilotes et leur nouvel appareil reviennent sur Beauvais. Mais le terrain est rendu difficilement praticable à cause de la boue et tous reviennent à Chantilly le 2 mars.

Stratégie

L’aviation française dépendait de l’armée de terre. Pour l’Etat-Major, la chasse avait deux missions :
• Défendre les éléments au sol,
• Observer et renseigner les troupes au sol. Mais aucune liaison radio n’ayant été prévue entre les deux forces, la mission sera impossible.
L’aviation n’était pas considérée comme force d’attaque ; cela se traduit par un faible nombre de bombardiers, l’Allemagne en possédait 8 fois plus.
La chasse française avait pour mission de défendre et d’observer. La chasse allemande, deux fois plus nombreuse, avait pour rôle la protection des bombardiers.
Enfin on peut se demander si de grosses erreurs tactiques n’ont pas été commises.
Dans un passage de l’ouvrage : « Forces aériennes françaises, n°72 « , on peut lire sous la plume du Lieutenant-Colonel de Saint Péreuse, en page 737 [7] :
« Dès le 23 mai le commandement français était prévenu d’une expédition allemande ; dans la nuit du 2 au 3 juin, malgré l’imminence de l’attaque, 14 avions partent pour Toulouse. »
Il s’agissait du bombardement de Paris du 3 juin 1940. La chasse française intervient mais la conclusion est la suivante [8]5 :
«  La chasse française est inférieure en qualité et en quantité et avait participé en presque totalité à la bataille terrestre. Le réseau des transmissions mal organisé, tout était prévu mais le message n’est pas parvenu, notre système de renseignement est archaïque, le système de la Tour Eiffel fut brouillé le 3 juin par les allemands. Enfin il ressort la nécessité qu’il y ait un seul chef : chevauchement entre ceux chargés de la défense du territoire et l’aviation agissant au profit des armées terrestres.  »

Une information surprenante provient de la base de Compiègne [9] . Il faut attendre le 13 mai, le lendemain de la percée de Sedan, pour que, à la fin d’une alerte, " les adjudants soient dotés d’un revolver et de 30 cartouches". Croyait-on encore au miracle ?


[1CARAN 72AJ268

[2Appareils capables de décoller dans les 4 heures

[3SHAA Lt Colonel Salesse cotes U531 & U534

[4Revue historique des Armées N°3 1975

[5SHAA Dossier 2B10

[6SHAA Dossier 2B9

[7SHAA Bibliothèque

[8SHAA Dossier 2B10/

[9SHAA 2B10Série F Carton 9123