Aviation : Actions

samedi 7 novembre 2015
par  Jean

L’action

Mars et avril 1940 : les pilotes poursuivent leur entraînement ce qui ne va pas sans incident ou accident. C’est ainsi que, suite à une fausse manœuvre, un appareil s’écrase sur le viaduc de la Canardière. Le pilote décèdera à l’hôpital de Senlis.

Mai 1940 : Le groupe attend de passer à l’action. A terre, sur la Meuse, se déroulent des combats acharnés. Notre région se trouvant sur la route des approvisionnements de l’Armée du Nord, les nœuds ferroviaires sont la cible des bombardiers ennemis. Le groupe effectuera de nombreuses sorties afin de protéger ces points névralgiques. Mais la différence de performance des appareils ne joue pas en notre faveur.

10 mai 1940 : Un pilote de la base de Chantilly notait [1] :
"Le terrain est survolé par 4 bimoteurs ennemis, et nous apprenons l’invasion de la Hollande, de la Belgique et des Pays Bas par les troupes allemandes : l’action est menée sur terre comme dans les airs avec des moyens considérables ; l’aviation allemande déploie une activité intense, bombardant les terrains d’aviation de la zone armée de la région parisienne et intervenant massivement sur les troupes belges et hollandaises de même que sur les arrières français.
Dans ces moments de mise en alerte, les équipages se demandent ce que le groupe peut faire contre cet ennemi équipé en matériel ultra moderne avec des appareils volants à une vitesse nettement supérieure à celle des avions français, dotés d’un armement supérieur en quantité et enfin très maniables, pouvant exécuter des manœuvres très rapides
."

11 mai 1940 : Sur terre, la VIIème armée pénètre en Belgique et au Luxembourg répondant sans le savoir aux espoirs d’Hitler. Dans les airs, l’aviation allemande avait commencé la destruction des aérodromes de l’est. Chez nous, des avions volaient en permanence de crainte d’une attaque sur le terrain de Chantilly ou sur la gare de Creil. Le soir, c’est par un temps couvert et orageux que le groupe accompagne 7 bombardiers pour une mission dans la région de Dinant. Sur les bords de la Meuse, la Flak [2] est très intense et les bombes sont lâchées quelque peu au hasard. Le groupe rejoint sa base sans encombre.

14 mai 1940 : la situation est devenue rapidement très grave sur le front de la Meuse ; l’ennemi a lancé des masses considérables d’unités blindées et motorisées sur les rares routes des Ardennes, et porte tous ses efforts dans la région de Sedan et de Dinant-Namur. Les tirs de l’artillerie, des blindés ainsi que le pilonnage continuel des Stukas n’ont pas tardé à démoraliser les unités de première ligne des IXème et IIème armée peu préparées à subir un tel choc. Dans la journée du 14 et les jours suivants, nos armées terrestres, appuyées par toutes nos forces aériennes disponibles, malheureusement très insuffisantes en nombre, vont essayer de résorber ces têtes de pont par des contre attaques et d’interdire à l’ennemi le débouché au sud et à l’ouest de la Meuse. Notre patrouille se heurte à une formation très importante de Messerschmitt et un combat acharné s’engage.

15 mai 1940 : "notre nouvelle mission est de couvrir contre les bombardements, la division blindée qui doit attaquer sur le front de la Meuse entre Dinant et Yvoir ; notre arrivée dans le secteur est saluée par des feux intenses de la Flak, et nous apercevons très vite une quarantaine de Messerschmitt chargés de protéger les bombardiers et Stukas engagés contre nos unités blindées. Malgré les difficultés et le nombre d’avions ennemis, ce fut une grande journée pour le groupe : 7 victoires dont 5 homologuées."

16 mai 1940 : les mauvaises nouvelles affluent : la IXème armée s’est effondrée au passage de la Meuse ; les blindés allemands trouvent ainsi le champ libre en direction de Charleville et, par conséquent, en direction de la Manche. L’aviation ennemie multiplie les attaques contre les troupes et les nœuds ferroviaires. Les pilotes des groupes de chasse vont redoubler d’efforts pour couvrir au mieux les troupes engagées à terre et assurer la sécurité de leur communication ; ils effectueront pour cela 3 et même 4 missions par jour jusqu’à l’extrême limite de leurs forces.
Les réfugiés affluent, chassés par la panique et la hantise des bombardements. La route de Chantilly à Paris n’est qu’un embouteillage de voitures de toute nature, avec des chargements hétéroclites ; les nombreux convois de troupes de renfort s’efforcent de se frayer un passage vers le nord perdant ainsi un temps précieux. Le groupe connaît une succession de missions de couverture sur Creil et la région de Noyon, Targnier et sur la région Le Cateau, Guise, et un combat vers Roubaix.

19 mai 1940  : l’état major de la zone d’opération aérienne Nord et le groupe de chasse situé à Laon ont du se replier sans matériel sur Chantilly où se trouve depuis le 16, le poste de commandement du général d’Astier de la Vigerie, commandant de la ZOA [3]nord.
A partir de ce moment, l’ensemble de nos unités aériennes va devoir travailler dans des conditions rendues très pénibles par le manque de liaisons, les déplacements continuels, la quantité de missions demandées, décommandées ou modifiées à la dernière minute par le commandement terrestre. Il sera enfin dans l’impossibilité de compléter le personnel manquant ainsi que le matériel et le ravitaillement de toute nature.
Après deux missions de couverture, une sur Laon et une sur Creil, à midi les sirènes de la ville de Chantilly donnent l’alerte et des bombes tombent près de la gare et sur la ville voisine, heureusement peu de blessé.

20 mai 1940 : l’ennemi atteint Peronne et Laon. Depuis la veille de nombreux postes de guet ont été abandonnés et les liaisons téléphoniques sont coupées de sorte que les renseignements ne parviennent plus et la chasse doit souvent décoller alors que l’ennemi est en vue. Toutes les missions de la journée s’effectueront à proximité immédiate de Chantilly : sur Creil, Verberie, Persan Beaumont. Nul ne pensait, il y a à peine 8 jours, que les chasseurs allemands pénètreraient aussi rapidement et aussi loin dans le ciel de France. La patrouille voit des bombardiers larguer leurs bombes au nord de Froissy, puis au nord de Verberie, un avion largue des parachutistes près de Compiègne ; l’avion sera poursuivi et abattu. Les blindés allemands ont atteint Abbeville et arrivent sur la Somme où notre corps de bataille se trouve scindé définitivement en deux ; le départ du groupe est imminent car depuis la veille les chasseurs allemands survolent de plus en plus souvent le terrain de Chantilly.
En outre, presque à chaque mission, des fuites d’huile, perte d’hélice, ont provoqué des incidents à l’atterrissage ; les techniciens ne s’expliquent pas ce phénomène : serait-ce les effets du sabotage dont nous avons déjà parlé ?

23 mai 1940 : un nouveau type d’avion est affecté à la protection de Paris mais sa silhouette est très ressemblante à celles d’avions allemands et sa cocarde est peu visible. Cela provoquera quelques "tirs amis" jusqu’à ce qu’une bande blanche soit peinte sur la carlingue.
Dans les jours suivants un violent bombardement vient bouleverser le terrain de Persan Beaumont où un groupe de chasse venait de s’installer. Les missions se poursuivent sur Creil en couverture de la gare où passent de nombreux trains de troupes destinées à la VIème armée sur le front de la Somme.

Les 30 et 31 mai de violents combats se déroulent dans le nord de la France autour de Dunkerque.

1 et 2 juin 1940 : deux jours de calme pour le groupe ;

3 juin 1940 : L’ennemi, précipitant ses blindés contre les forces françaises étirées en longueur sur les fronts de la Somme, assène un grand coup à nos armées en Champagne. C’est aussi le jour d’une action massive de bombardement sur l’agglomération parisienne.
Les nombreux bombardements qui ont lieu sur St Cyr, Villacoublay, Pontoise, Versailles, feront environ 200 morts et plusieurs centaines de blessés [4].

L’ennemi va lancer sur la capitale plus de 200 bombardiers disposés en 3 files et protégés à tous les niveaux par autant de chasseurs. Notre groupe assurait la couverture de la région Chantilly-Pont Ste Maxence depuis 5h30 ; l’alerte est donnée à 13h15 par les obus de la défense contre-avions qui explosent au-dessus de Beaumont : 15 bombardiers fortement protégés sont aperçus. 27 avions du groupement sont en l’air mais sont aperçus par les chasseurs allemands de protection, ils sont obligés de se dégager en prenant de l’altitude. Dans cette lutte si terriblement disproportionnée, une des patrouilles est anéantie ; à 13h30 et le bombardement de Paris a commencé. Les avions de notre groupe décollent en catastrophe alors que les premières tombent autour du terrain. La chasse allemande est là pour encadrer et protéger les bombardiers afin que ces derniers puissent larguer leurs bombes ; malgré plusieurs tentatives d’approche et de tirs, nos pilotes essuient des échecs et plusieurs tomberont dans l’Oise.

Le même jour le capitaine St Exupéry décolle de l’aérodrome de Meaux-Villenoy, pour une reconnaissance à bord de son Bloch174 escorté par des chasseurs Dewoitine ; la moitié de ces derniers seront abattus par les allemands.

4 juin 1940 : le groupe enterre ses morts ; un choc terrible est imminent sur le front de la Somme et de l’Aisne ; plusieurs bataillons de chars français soutenus par de l’artillerie anglaise et une brigade écossaise affrontent les chars allemands [5] dans la région de Mareuil Caubert. Notre chasse doit contrecarrer les bombardements adverses et protéger les transports de ravitaillement et des hommes. Toute la chasse disponible de la région parisienne va coopérer, sans trêve, ni repos, à ces difficiles missions.

6 juin 1940 : la bataille de la Somme fait rage ; l’ennemi appui les attaques de son infanterie par des bombardements de harcèlement sur tous les nœuds ferroviaires et les terrains d’aviation. Deux bombardiers survolent le terrain des Aigles à 3000 m et plongent en larguant un chapelet de bombes dont l’une tombe sur le poste de commandement du groupe 21 : le général Pinsard et son adjoint sont sérieusement touchés, trois soldats sont tués et de nombreux sont blessés. Les missions de destructions se poursuivent dans le secteur de Montdidier, avec des engagements sur le chemin du retour à hauteur de Pont Ste Maxence. En fin de soirée l’ensemble de l’échelon volant gagne le petit terrain poussiéreux de Chavenay-Villepreux, à l’ouest de Versailles.

7 juin 1940  : le préfet de l’Oise fait évacué les mobilisables et les femmes car le système défensif couvrant Beauvais n’existe plus.

8 juin 1940 : Le commandant de gendarmerie vint avertir le Préfet de l’arrivée des Allemands à Froissy et l’informe qu’il n’existe plus de système défensif couvrant Beauvais. Le préfet reste seul à la préfecture attendant l’arrivée des Allemands qui d’ailleurs ne se présentèrent pas de la nuit. Au soir, Beauvais est sous les bombes.

9 juin 1940 : au matin, le préfet parcourt seul la ville déserte transformée en brasier, attendant l’entrée des Allemands. Fuyant leur habitation, 1500 réfugiés se sont regroupés dans les carrières St Jean.

Je pense que ce Préfet mérite un petit aparté [6] .
Après s’être rendu sur place où il constata que les carrières étaient situées en avant des lignes françaises de défenses des passages du Thérain et qu’elles pouvaient devenir un lieu de combat à bref délai, il obtint non sans beaucoup de difficulté l’évacuation des réfugiés vers Auneuil. Peu après avoir quitté les carrières, il tomba sur une partie importante de troupes motorisées allemandes et fut fait prisonnier ainsi que son compagnon le chef de bataillon commandant le corps de sapeurs pompiers. Il refusa de répondre aux questions du général allemand auprès duquel il fut conduit et refusa toute coopération. Emmenés à Porcheux, ils y passèrent la nuit du 9 au 10. La courtoisie du commandant fut normale mais les soldats qui l’arrêtèrent sur la route s’étaient emparés de son portefeuille et de sa sacoche de tournée. Il réclama vainement la rechercher et la restitution de ces objets personnels. Le 10 juin, les allemands ayant repris leur mouvement vers le Sud, le préfet et le commandant, relâchés, rentrèrent à Beauvais occupé par l’ennemi. Il s’occupa à faire procéder à l’inhumation des cadavres et à l’assainissement de la ville. Le soir la Kommandantur s’installa à la préfecture et des soldats pénétrèrent dans les appartements du Préfet, l’insultèrent ainsi que le commandant ; l’un d’eux le fouilla sous prétexte qu’il pourrait avoir un revolver, un autre pris la casquette du préfet et se promena dans la préfecture ainsi coiffé. Le préfet la lui arracha. Le soldat, qui était visiblement ivre, le bouscula et lui braqua un pistolet dessus.

Le lendemain le préfet exprimait son indignation et il lui fut simplement répondu qu’il était d’un caractère difficile. Un moment plus tard les vivres placés dans sa cuisine furent pillés et le lendemain pendant qu’il distribuait aux miséreux les ultimes restes du dépôt de ravitaillement du secours national, ses appartements reçurent la visite d’une équipe de cambrioleurs qui fracturèrent la totalité des meubles, s’emparant de son linge et des livres de son prédécesseur. Ces malfaiteurs armés de fusils, furent dérangés par le retour fortuit du préfet qui put leur reprendre une partie du butin volé.
Il ne fut certainement pas le seul Préfet à agir de la sorte, mais c’est le seul de la région dont je connaisse l’histoire qui, je pense, mérité d’être rapportée.

10 juin 1940 : les troupes allemandes reprennent leur mouvement vers le Sud.

11 juin 1940 : l’incendie des dépôts de carburant de la Basse Seine provoque un immense nuage de fumée opaque sur toute la région ; le temps est devenu affreux ; il pleut dans la Beauce, les avions sont lourds à manœuvrer. Deux missions de protection de bombardement sur Creil, Verberie et sur Nanteuil le Haudoin sans résultat. Une station de TSF est en feu à l’Est de Paris, mais impossible de repérer les bombardiers, les nuages sont trop bas.

13 juin 1940 : le préfet demande au maire et à quelques habitants restés sur place d’assainir le mieux possible les lieux pour éviter des conséquences épidémiques. Dans la nuit des avions britanniques détruisirent les Moulins de Paris encore debout dans la ville privant la population de farine ainsi que l’intendance allemande. Une clinique fut constituée par le service de santé allemand avec un médecin auxiliaire français fait prisonnier [7] .

Puis vient le repli après quelques dernières missions de couverture sur les ponts de Corbeil et de Montereau. Repli sur Châteauroux où ils apprennent l’entrée dans Paris des troupes ennemies, puis l’aérodrome de Fréjorgues, près de Montpellier. Quelques missions de destruction et de reconnaissance, (seul moyen de renseigner le commandement sur les mouvements de l’ennemi), ont été effectuées au cours de ce repli ; elles provoqueront encore la perte de quelques appareils et de leur équipage.

Une petite anecdote, qui serait amusante si elle n’était pas triste, montre l’état de notre désorganisation et de notre peu de moyen de communication [8].

15 juin, à 13h, un avion français survole en rase motte le terrain de Persan, laisse tomber un message : " partir immédiatement, incendier les avions qui ne seront pas partis à 16h ".


[1SHAA U531.1

[2DCA allemande

[3Zone Opération Aerienne

[4CARAN F/1cIII 1190

[5SHAT 34N212

[6CARAN F1CIII/1176

[7CARAN F1cIII 1176

[8SHAA U534.9