La résistance dans la région

dimanche 8 novembre 2015
par  Jean

La résistance dans la région

Implantation

Dans les sens Nord-sud, la région s’étend du sud du département de l’Oise jusqu’à la ville de Paris. Dans le sens Est-Ouest, elle comprend le nord du département de la Seine et Marne et de l’ancienne Seine et Oise (Val d’Oise, Hauts de Seine et une partie de Yvelines).

En Seine et Marne se trouvait principalement le réseau Publican qui couvrait tout le département avec des débordements sur le sud de l’Oise. Grâce à des descendants d’anciens résistants nous avons pu obtenir une documentation relativement abondante sur ce réseau.

Nous sommes par contre bien moins renseignés sur le secteur ouest de Paris.
Comme il n’y avait pas d’organisation centrale de la résistance avant 1942, ces réseaux n’avaient pas de frontières bien définies. C’est ainsi que, lors de parachutages dans la région de Crépy-en Valois, certains participants venaient de Méru.

L’organisation des réseaux sera faite sous l’impulsion de Jean Moulin, qui crée le " Comité de coordination" en novembre 1942, puis le " Mouvements Unis de la Résistance", le MUR, en janvier 1943 et enfin un "Conseil National de la Résistance", CNR, le 27 mai 1943. Jean Moulin sera arrêté le 21 juin 1943, à Caluire, suite sans doute à une trahison. Torturé, il meurt durant son transport en Allemagne le 8 juillet 1943. Ses cendres se trouvent au Père Lachaise.

Souvent ces grands réseaux se subdivisaient en groupes qui, parfois, ne connaissaient même pas leur appartenance à un ensemble plus important. Suivre la vie de ces groupes est impossible. Leur durée de vie était très variable, ils se défaisaient et se reconstituaient sous un autre nom au gré des arrestations. Nous ne pourrons donc donner que des informations partielles sur ce sujet. Les rapports de gendarmerie, principale source de renseignement, constatent les sabotages mais ne donnent bien évidemment pas d’information sur les auteurs ou sur leur appartenance à un réseau.

Quelques abréviations :
F.F.I forces françaises de l’intérieur
F.F.L. forces françaises libres
F.N. front national
F.T.P.F.ou F.T.P. franc tireur partisan français
G.F. groupe franc
G.M.O. groupe mobile d’opération
M.L.N. mouvement libération nationale
M.U.R. mouvement uni résistance
O.C.M. organisation civile et militaire
O.R.A. organisation de résistance de l’armée
W.O. war office
B.C.R.A bureau central de renseignement et d’action (Londres Colonel Passy)

Les réseaux près de chez nous [1]

Seine et Oise, Oise

Nom du Groupe Situation Effectifs Période de combats
F.N Ermont 93 08 à 09/1944
Libé nord, Ermont 146 08 à 09/1944
OCM Ermont 64 08 à 09/1944
OCM Montigny les Cormeilles 869 08/1944
FTPF, Argenteuil 250 1942 à 1944.
Armée Secrète Argenteuil 1241 08 à 09/1944
Jan Argenteuil 100 08/1944
MLN, s/sect18A, Argenteuil 200 01/1943 à 08/1944
MLN, s/sect18B Argenteuil 600 12/1943 à 08/1944
OCM, Argenteuil 250 03/10943 à 09/1944
Vengeance Dourdan 132 06/1943 à 08/1944
Very Dourdan 162 06/à 08/1944
FTPF Pontoise 360 04/44 à 09/44
 ? Ecouen 7 03/44 à 08/44
Vengeance Brunoy 74 06/44 à 08/44

Un groupe de résistants, dont nous avons retrouvé les noms [2] , était établi à Luzarches. Il s’agit de :
Messieurs Lequeux Robert, Leturcq Etienne, Le Cam Charles, Le Cam Pierre, Cornélis Maurice, Rivière Roland, André Robert, Clément Maurice, Monatte Henri, Monatte Pierre, Delahaye Maurice (Père), Delahaye Maurice (fils), Delahaye Lucien, Vandamme Edmond, Queriaux Isidore,
Mesdames Lequeux Maria, Leturcq Claire, Parnaland Jacqueline.

Quelques consignes en vue de la libération

Les FFI sont placés sous l’autorité [3] du Conseil national de la résistance lui-même placé sous celle du CFLN d’Alger. Tout combattant s’engage à reconnaître l’autorité du CFLN, à obéir et à observer les règles de sécurité.
Des plans d’action sont définis. Voici quelques instructions aux chefs de secteurs [4] :
Action antichar : plan tortue.
Action voies ferrées : plan vert.
Attaque dépôts de carburant : plan rouge.
Attaque contre personnel ennemi : plan noir.
Attaque dépôts munitions : plan jaune.
Sabotage réseau électrique : plan bleu.
Sabotage PTT : plan violet.

Les actions seront déclenchées par des messages codés [5] :
Message pré alerte : « ma femme a l’œil vif ». Ne pas bouger ;
Fin message pré alerte : « baisser donc les paupières »
Quand passera le message : « il est sévère mais juste » suivi du code du département « PI », la nuit même procéder aux sabotages ; si le message passe sans indicatif « PI » procéder quand même aux destructions.
Quand passera l’un ou l’autre de ces messages : « elle restera sur le dos » ou « c’est évidemment un tort », faites donner immédiatement vos sections anti-panzers.
Quand passera le message actions guérillas : « l’acide rougit le tournesol », sans exception, les hommes devront entrer en lice, la grande aventure commencera.

N.B. le message actions et guérillas déclenche automatiquement l’action anti-panzers et l’action voies ferrées, la réciproque n’est pas vraie. Sur chaque terrain de parachutage, 10 hommes doivent se tenir en permanence pour signaler tout matériel parachuté et collecter les renseignements (?).
Tout n’est pas bien clair dans cette note. Je suppose que "PI" est le numéro du département mais je ne vois pas quels renseignements pouvaient collecter les hommes de garde sur les terrains de parachutage.

Des actions près de chez nous.

Diverses actions de la résistance ont eu lieu dans les environs. Les plus fréquentes étaient les destructions de denrées réquisitionnées par l’ennemie. C’est ainsi que :
Le 19 septembre 1942 un incendie éclate dans une ferme à Belle-Fontaine. Trois tonnes de paille sont détruites. Le 19 mars 1943, à Louvres, un incendie a détruit 100 quintaux d’avoine, à la ferme Baron [6]. Et il y en a eu bien d’autres.

Sabotages

Rapport de la Gendarmerie [7], Senlis le 11 août 1941. Tentative de sabotage par explosif :
Au km 35,401 à 300m de la gare d’Orry la Ville, sur la voie en direction de Chantilly, a été découvert sous une traverse ainsi que sous le rail extérieur, une petite excavation de 0,40 m de diamètre et de 0,15m de profondeur dans le ballast chargée de poudre noire. Du papier journal portant les noms des Etablissement Davey Schment et Cie et ayant contenu de la poudre noire a été trouvé sur les lieux. Cette tentative de sabotage a été commise entre dimanche et lundi à l’heure du passage d’un contremaître employé par une société travaillant pour les chemins de fer.

Rapport 20 août 1941 de la gendarmerie nationale au sujet de l’accident sur la voie Paris-Creil à hauteur de la Chapelle en Serval101 :
Un train de transport de troupes allemandes en direction de Creil a déraillé au km 32,610 à 2km au sud de la gare d’Orry la Ville ; 26 wagons formant la partie avant du convoi sont sortis des rails, 1 blessé léger. Les 2 éclisses du rail ont été déboulonnées et l’un des rails écarté de 0,10m à l’intérieur de la voie , un fil de laiton reliant les 2 rails, ceci entre 2h40 et 4h5 , sur la voie montante vers Creil.
Ce dispositif indique que l’auteur, bien que possédant des notions techniques sur le fonctionnement des signaux d’arrêt, devait ignorer l’absence du système de bloc standing sur la voie précitée.
9h30 arrivée des engins de levage des wagons ;
12h10 opération terminée ; une clé appartenant à l’entreprise Dehé a été retrouvée sur la voie ; cette clé a été volée le 13/08/41.
Des ordres sont donnés en vue de renforcement immédiat des points sensibles de la voie ferrée Paris-Creil par les brigades de gendarmerie locales en liaison avec la brigade de Louvres, pour une surveillance du secteur de Survilliers.

Vol d’explosifs dans un dépôt situé à St Maximin (Creil) en date du 13/10/41101.

Nous avons retrouvé la trace des auteurs de ces sabotages. Ce sont 4 membres du réseau Brustlein :
Christian RIZO, né le 30 mai 1922,
Tony BLONCOURT, né le 26 février 1921,
Roger HANLET, né le 4 décembre 1922,
Robert PELTIER, né 9 octobre 1921.
Ils seront fusillés tous les quatre le 9 mars 1942 au Mont Valérien.

23 juillet 1943 sabotage sur la ligne Paris Creil au PK 33060 à Orry, section de deux fils de commande d’éclairage du signal avertisseur.

21 août 1944 à Survilliers, huit jeunes gens armés se sont emparés des armes des GVC : huit revolvers et neuf fusils de chasse .

Beaucoup d’autres actions ont eu lieu. Il n’est pas possible de les citer toutes.

Attentats contre les personnes.

Ces attaques visaient souvent des collaborateurs ou des allemands. Elles cherchaient à éliminer un individu dangereux ou à se procurer une arme. Les rapports de gendarmerie signalent dans ce domaine [8] :

A Montataire, assassinat d’un membre du PPF, le 25 mai 1943 : la victime est manœuvre à l’usine Francolor.

A Coye la Forêt, le 17 juin 1943, un soldat allemand est enlevé au viaduc de Commelles.

A Gonesse, le 15 juillet 1943, le commissaire de police d’état est tué de six balles dans le dos.

Les Hold-up

Je les ai baptisés ainsi sans aucune animosité, mais c’est le nom qui me semble le mieux convenir. Pour la plupart leur motivation était respectable mais d’autres étaient plutôt d’inspiration crapuleuse. Avec la naissance des maquis, il fallait nourrir et vêtir les maquisards qui, dans leur ensemble, étaient clandestins, souvent des réfractaires au STO. Mais qui dit clandestin dit absence de carte et de tickets de rationnement. Même si les fermiers, de plus ou moins bon gré, fournissaient des victuailles, cela était souvent insuffisant et ne procurait ni vêtements ni tabac. Quand l’argent envoyé par Londres manquait pour acheter, il fallait donc avoir recours à des attaques diverses.

C’est ainsi que le 30 août 1943 lors de l’attaque d’un débit de tabac et d’un camion transportant des titres de rationnement à Champrosay, un sous-officier Allemand est tué de neuf balles de revolver et un gardien de la paix est blessé alors qu’ils tentaient d’intervenir [9]

Ou encore, le 31décembre 1943, attaque du maire de St Martin du Tertre dans sa mairie, pour dérober des titres d’alimentation de la commune, soit 900 feuilles de ticket pain, et autant de matières grasses et viande ; le maire fut menacé de mort s’il parlait [10].

Nous avons trouvé trace d’une épopée assez remarquable. Le 31 octobre 1943, au pont de Levallois, 4 individus masqués et armés de revolvers, forcent un chauffeur de la société Fulmen à les amener hors de Paris . Ils l’abandonnent à la patte d’Oie de Gonesse et prennent la direction de Chantilly pour prendre les ordres d’exécution et 2 camarades. (Vu la suite je suppose qu’ils y ont volé une voiture ou que les 2 camarades avaient une voiture volée). A la mairie d’Orry la Ville ainsi qu’à celle de Coye la Forêt, ils s’emparent de tickets d’alimentation. La voiture volée est trouvée par les gendarmes à Epiais les Louvres près du poste de l’armée d’occupation. Sur la RN2, ils attaquent et brûlent un camion allemand et rentrent à pied à Roissy où ils volent 6 bicyclettes. Trois sur six des malfaiteurs sont arrêtés (deux dans les marécages de Goussainville et 1 autre près de Louvres). Le 1er est arrêté, le 2ème se tire une balle dans la tête après avoir tiré sur les gendarmes et se blesse très grièvement, le 3ème, blessé par les gendarmes, est arrêté à Louvres ; les 3 autres sont en fuite..

Les parachutages

Dans le nord de Paris les plus proches terrains sont situés au sud du département de l’Oise. Nous en connaissons un et nous disposons d’un bref résumé d’une opération qui s’y est déroulée.

Nous avons d’autre part le récit d’un français formé par les alliés et introduit en France afin d’organiser les opérations de parachutage dans la Drôme [11]

C’est à partir de ces 2 textes que nous avons élaboré ce chapitre.

Il faut tout d’abord repérer un terrain ayant des caractéristiques bien précises :
Etre suffisamment isolé tout en étant facile d’accès.
Eloigné des batteries de DCA allemandes.
-  Proche d’un lieu où l’on puisse cacher les containers parachutés.
De dimensions suffisantes, surtout si des atterrissages sont prévus.

Le terrain trouvé dans notre cas répond à toutes ces contingences et de plus, il appartient et jouxte la ferme d’un résistant local P1, une grande ferme constituée de bâtiments forts anciens mais en excellent état. Il est situé sur la commune de Fontaine Chaalis.

Il faut maintenant transmettre les coordonnées aux services du colonel Passy, à Londres. Cela se fera par radio et sera évidemment codé. Le principe est simple :
Sur une carte Michelin standard on prend les coordonnées d’un point de référence voisin. On pose sur ce point un calque quadrillé de 7cm X 11 cm ; les carreaux sont repérés par des lettres en abscisse et des chiffres en ordonnée, lettres et chiffres sont disposés dans un ordre quelconque et le calque est unique, propre à l’agent, et Londres dispose d’un double.

Voici un exemple purement fictif, mais qui part de faits réels.
Si le point de référence est situé à 2,35° Est et 49 Nord et que le terrain soit situé dans le carré P7 du calque, le message envoyé à Londres sera du genre :
Lat 49/ P
Lon 2.35/ 7
Ce message de 17 lettres, qui en outre sera codé, suffit pour préciser la position du terrain.

Le BCRA enverra un avion de reconnaissance de la RAF et si le terrain convient, il sera homologué, recevra un nom de code, une lettre de reconnaissance et une phrase de message dont on verra plus loin l’importance.
Dans notre cas le terrain sera homologué sous le nom de code de « Navet », la lettre « R » et la phrase « MICHEL-ANGE ET RAPHAËL SONT IMMORTELS ».

Nous voilà prêts à recevoir notre parachutage. Le groupe a fait connaître ses besoins à Londres et … nous attendons ; nous attendons … la lune qui rythme les sortie nocturnes des avions.
Dès que la lune se montre propice, les hommes du groupe sont suspendus à la TSF, chaque jour à 13h15. Vous savez, l’émission de la B.B.C. ayant pour indicatif les premières notes de la 5ème symphonie de Beethoven suivi du célèbre « les Français parlent aux Français. Voici quelques messages personnels » .

Enfin, le 14 juin 1943, à travers le brouillage, on devine le message « MICHEL-ANGE ET RAPHAËL SONT IMMORTELS, je répète, MICHEL-ANGE ET RAPHAËL SONT IMMORTELS ». C’est pour ce soir ! Enfin peut-être car il faut encore que le message soit répété en confirmation le soir, à l’émission de 21h15.

Toute l’équipe se prépare et attend avec anxiété cette seconde émission. Il faut trouver une excuse pour les proches. Il était fréquent que, par mesure de sécurité, personne de l’entourage ne connaissait l’activité du résistant. (J’ai trouvé un cas où le père était résistant et le fils milicien). Il fallait donc inventer une raison de sortir, souvent toute la nuit, malgré le couvre-feu. Et le lendemain, les traits tirés, on affirmera aux collègues de travail qu’on a très bien dormi !

21h15, l’oreille collée au haut-parleur, au milieu du brouillage, on devine que MICHEL-ANGE ET RAPHAËL sont toujours immortels.
Pas de temps à perdre, il ne reste qu’un peu moins de 3 heures pour tout mettre en place.
Dans la nuit, des ombres glissent furtivement vers le point de ralliement. Chacun sait ce qu’il doit faire. Le balisage est mis en place : 3 lampes placées en L ou en triangle (les informations diffèrent) limitent la zone de largage. Le chef se tient au sommet muni d’une torche. Des guetteurs sont disposés aux alentours. L’oreille tendue guette le moindre bruit de moteur d’avion car notre groupe n’était certainement pas encore muni du système Euréka qui ne sera parachuté sur le terrain « Main » qu’en août 1943.
Dix hommes sont là à attendre dans le silence de cette nuit d’été. Certains ont parcouru près de 20 km en vélo.

Le terrain de parachutage Navet de nos jours

Détail de la plaque

Vers une heure un bruit d’avion sort du lointain, à droite. Le bruit se dirige vers Crépy, puis vient vers nous. Le balisage s’allume immédiatement et la lampe torche clignote, un court, un long, un court, la lettre « R » de notre code. L’avion part tourner vers Senlis, fait une large boucle puis revient. .
Sept claquements se font entendre, sept corolles blanches planent dans le ciel, l’avion disparaît, puis un bruit de ferraille inquiétant dans le silence revenu lorsque les containers touchent le sol.
Il faut maintenant transporter les containers, chacun avoisinant les 180 kg. Ils sont bien munis de poignées mais elles meurtrissent les doigts. Le tout est transporté dans une grange de la ferme, les parachutes sont détruits ou cachés et toute trace est effacée.

L’ouverture des containers donne :
12 mitraillettes,
27 grenades incendiaires,
3 mitrailleurs,
3600 cartouches,
15 revolvers,
3 cellules pansements ou pharmacie,
98 grenades 11’S
575 cartouches (revolver ?)
4 pneus voiture fourgon.
Ces armes, destinées à la région parisienne, seront livrées par les voitures des PTT, mais avec quelques regrets.

Grande devait être la frustration ! Avoir risqué sa vie, couru tant de risques pour réceptionner toutes ces armes et devoir s’en séparer, alors que l’envie de les utiliser vous tenaille les tripes.

Les terrains de parachutage dans la région

[1SHAT 13P44

[2Anciens combattants, Section Luzarches, Certificat d’appartenance FFI

[3CARAN 72AJ171

[4CARAN 72AJ171 & 72AJ53

[5CARAN 72AJ171

[6AD Yvelines 300W55

[7CARAN F/60/1521

[8CARAN F/60/1523

[9CARAN F/60/1523

[10CARAN F/60/1523

[11Mémoirede G.M. alias Capitaine François .


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