Le jour J

lundi 9 novembre 2015
par  Jean

Le jour J

Depuis 4 ans on l’attendait ! Depuis 4 ans on le préparait.
Dans l’ombre les maquisards trépignaient d’impatience. Depuis plusieurs jours déjà la BBC lançait le message "Les sanglots longs des violons de l’automne". La pleine lune de juin arrivait à sa fin et la météo était toujours mauvaise. Faudrait-il encore attendre 1 mois ?

Enfin, le 5 juin au soir, la phrase tant attendu sortit des haut-parleurs du poste de TSF écouté discrètement : "Bercent mon cœur d’une langueur monotone". Enfin !

Comment mieux décrire ce qui se passa cette nuit là, qu’en empruntant quelques vers au chant des partisans ? "Chacun sait ce qu’il fait … , sortez de la paille les fusils, la mitraille …, Ohé saboteur ….".

Cette nuit là, des silhouettes furtives sortirent dans la nuit murmurant entre eux de bien curieuses phrases :
" Ma femme a l’œil vif ", " baissez donc les paupières" Telles étaient les phrases que certains se murmuraient à l’oreille depuis plusieurs jours. (Pré-alerte et attente)

Mais ce soir, enfin, on pouvait entendre :
" Il est sévère mais juste dans le 60" (Procéder aux sabotages dans l’Oise)

Et surtout :
" L’acide rougit le tournesol ", signal que la grande aventure était commencée et que tous les plans prévus devaient être appliqués.

Alors, des liaisons téléphoniques furent coupées ou fortement parasitées (voir chapitre des PTT), des rails furent dévissés, des pylônes électriques et des voies ferrées furent plastiqués. Les panneaux de signalisation routière furent détournés retardant fortement l’arrivée des renforts. Les locomotives tombèrent subitement en panne.

Les maquis sortirent les armes ; mais ils en manquaient. C’est ainsi que, malgré les risques encourus, le maquis de Ronquerolles dut faire plusieurs voyages en camionnette pour s’approvisionner … en Sologne.

Le maquis de Ronquerolles, au nord du département le long de la nationale 1, était commandé par Philippe Viannay. Il était divisé en 3 secteurs dont un, le secteur A, avait son PC à Luzarches sous les ordres d’Edouard Laval, pseudo Edouard VII. Après l’arrestation de ce dernier, le 1 juillet 1944, il fut remplacé par Jean-William Lapierre.
Entre le 9 juin et le 20 août 1944, en application du Plan vert, sept attentats sont perpétrés contre les voies ferrées sur les lignes Paris-Creil et Paris - L’Isle-Adam. Pour gêner le trafic routier, les maquisards posent des crèves-pneus et des mines sur les routes.

Les hommes de Viannay s’attaquent également aux câbles de communication et rompent, notamment le 26 juillet, la ligne téléphonique souterraine Paris-Berlin. Enfin, des sabotages sont aussi effectués pour paralyser le trafic sur l’Oise ; le 12 août 1944, un groupe, dirigé par le gendarme Manceau, incendie une passerelle à Conflans-sainte-Honorine.

Le 18 août, le barrage d’Andrésy saute et les pontons construits par les Allemands deviennent inutilisables par suite de la baisse du niveau du fleuve. Le même jour, un attentat est perpétré contre le barrage de Méricourt. [1]
Mais les occupants réagissent avec barbarie. Je ne m’étendrais pas sur ce sujet et me contenterais d’un seul exemple.

Magny en Vexin :Groupes Debray-Lu et groupe Chars :
Fort de 27 hommes sous les ordres de Lucien Legrand, ils ont pendant 2 mois, harcelé les allemands par des destructions journalières, coupant les fils téléphonique reliant les batteries de D.C.A. au P.C., faisant sauter la ligne Paris Dieppe, hébergeant les prisonniers, attaquant les isolés, bref ne laissant aucun répit aux troupes cantonnées. La veille de la libération de la région, le 29 août, les S.S. capturèrent un employé des chemins de fer du groupe et le torturèrent jusqu’à la mort, lui arrachant les yeux, les testicules, lui brisant les jambes [2].

C’est aussi à cette époque que se produisit le massacre de Rougemont décrit en annexe.

Les armées alliées bombardaient ou mitraillaient régulièrement l’arrière du front.
Les informations fournies par les réseaux de résistance prenaient maintenant toute leur importance. Tous ces renseignements avaient été collationnés à Alger qui pouvait renseigner les troupes alliés en leur indiquant des cibles.

Nous avons trouvé trace des télégrammes [3] émis depuis Alger au cours du 1er semestre 1944. En voici quelques-uns, concernant notre région, qui signalent les ouvrages à détruire :

Nucourt  : Dépôt de munitions : les Allemands effectuent de gros travaux de bétonnage dans l’ancienne carrière de calcaire. Les travaux ont lieu dans un rectangle de 100 par 50 mètres ; il s’agirait d’une usine de chargement de torpilles aériennes. Jusqu’à présent plus de 40 trains spéciaux étroitement surveillés et bâchés sont arrivés dans ce chantier ; une autre source signale au 31 mai 1944 l’arrivée de 5500 tonnes de torpilles de 60.

Beauvais  : Anciennes champignonnières carrières au nord du Thil transformées en dépôt de munitions, la même chose à St Juste en Chaussé sur la N 38.
24 février 1944 : L’armée d’occupation de Paris se compose de 50.000 hommes, tous allemands, pour la plupart très jeunes, ils portent des masques à gaz, se déplacent en groupe armés de mitraillettes ou isolés armés de fusils. Il semble qu’il y ait moins de SS qu’avant.

Villers Cotterets : 6 000 SS , âgés de 20 à 22 ans, sont stationnés au château de la ville à côté de l’église.

Berneuil/0ise : Le QG de l’aviation habite au château d’Auteuil ; Hitler et Goering y ont séjourné plusieurs fois.

Mennecy  : 15 wagons citernes sont stationnés sur voie ferrée Paris-Vichy ; le carburant est destinée à l’aérodrome de Bretigny.

Magny en Vexin : Les champignonnières sont utilisées pour les munitions de la Luftwaffe.

St Maximin : Les carrières sont utilisées comme dépôts de munitions et d’essence, elles sont reliées à la ligne de chemin de fer Paris-Creil. 2000 ouvriers de l’organisation Todt, en grande partie des allemands, y sont parqués ; les services sont installés dans 5 baraques qui se trouvent à droite et à gauche de la route de St Maximin à Gouvieux, juste après le pont qui surplombe la ligne de chemin de fer vers Paris.

St Quentin  : Dépôt d’essence.

Beaumont/Oise : Les dépôts de munitions renferment des torpilles destinées à l’aviation.

Isle Adam  : Dans le bois de Cassan, gros dépôt de munitions en février 44.

Dans la forêt de Chantilly [4] , près de la Table Ronde, les Allemands avaient installé une réserve d’essence qui fut bombardée le 30 juin.

Les Américains libérèrent Fosses et Marly le 30 août 1944. Bien que des emplacements de mitrailleuses aient été prévus, bien que le pont de fer et la route aient été minés, il n’y eut pas de résistance et les quelques 200 soldats allemands se trouvant sur le plateau se rendirent sans résistance aux troupes du Général PATTON.

Rapport des FFI du 8 au 25 juin 1944


[1SHAT 13P136 et A.D. Yvelines 1W420

[2SHAT 13P138

[3SHAT 7P133 Dossier 1

[4Mairie de Pontarmé


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