Jedburgh Team Aubrey

lundi 9 novembre 2015
par  Jean

Jedburgh Team Aubrey}

Nous avons déjà vu le rôle et la composition d’un équipage Jedburgh. Nous avons retrouvé l’historique de l’équipe agissant dans notre région, grâce au rapport manuscrit du commandant du groupe. Nous reproduisons ce document presque dans sa quasi-intégralité.
Note préliminaire : L’équipe se composait de 3 personnes : G. Marchand, capitaine, britannique, J. Telmon, capitaine, français et I. Hooker, sergent, britannique, radio.
Ce furent les premiers agents à être largués en vêtements civils.

Rapport du Capitaine Marchand

(Les commentaires éventuels sont en gras et entre parenthèses, l’orthographe et la ponctuation ont été conservées. Ne pas oublier que le Capitaine Marchand était britannique.)
« Départ de Londres le 11 août 1944, à 17h. (Suit le récit des préparatifs et du vol sans histoire).
A 1h55 vient l’ordre de sauter. La réception au sol s’est déroulée parfaitement bien pour tous, même si la descente nous a semblé plus rapide qu’à l’habitude. Le Major ARMAND en personne (Spiritualist) est venu à notre rencontre dans le champ (près de PLESSIS-BELLEVILLE). En sa compagnie, nous avons marché jusqu’à SAINT-PATHUS tandis que le reste du comité s’occupait des containers et des colis lancés par les deux autres bombardiers Libérator qui avaient volé avec nous cette nuit là. Il n’y avait pas un seul allemand aux alentours, le plus proche se trouvait à MONTGE, un aérodrome pour chasseurs................

Massacre de Rougemont

LES LIEUX :

Saint-Pathus, Forfry, Oissery sont des villages de Seine et Marne distants entre eux de quelques kilomètres. Ils sont situés sur un plateau dans lequel un petit cours d’eau, le Thérouanne, a creusé une gorge assez profonde au fond de laquelle se trouve un étang, l’étang de Rougemont. Cet étang est pratiquement invisible depuis les routes avoisinantes et, encore de nos jours, il faut le chercher pour s’y rendre.
Les dates :
Le capitaine MARCHAND, dans son rapport, situe l’événement à la date du 27 août. Or, les monuments commémoratifs, les habitants des lieux, les 2 survivants du groupe, (dont l’infirmière Jeannine Pernette) et l’actuel propriétaire de l’étang ( il avait 20 ans en 1944 et était présent) m’ont tous confirmé que la date à retenir est celle du 26 août. C’est donc cette date que je retiendrai et ce sera la seule modification que je me permettrai d’apporter au rapport du Capitaine MARCHAND.

Suite du rapport du capitaine MARCHAND :

« Après avoir passé la nuit dans les bois, on nous apprit (le 26 août) à 9 heures qu’un convoi (de maquisards) composé de 20 véhicules était arrivé à SAINT-PATHUS. Le voyage de PARIS ne s’était pas déroulé sans incident ; le convoi s’attaqua à une petite division allemande. De nombreux allemands furent tués, 3 officiers et 40 hommes furent faits prisonniers tandis que le maquis n’eut que 3 blessés et 1 mort à déplorer. Ce fut un combat satisfaisant même si inopportun.

A 9h30, la majorité du convoi était postée le long d’une route encaissée qui bordait un étang dans le bois de ROUGEMONT entre OISSERY et FORFRY. La situation n’était pas inavantageuse pour une défense organisée car au sud on trouvait l’étang de taille moyenne et le sol s’élevait légèrement. Tous ces détails faisaient que toute unité déclenchant une attaque se détachait contre la ligne d’horizon en raison des champs récoltés. A l’ouest on trouvait un bois au feuillage touffu, à l’est un sol marécageux rendait toute approche impossible pour des AVF sauf le long de la route encaissée.
Malheureusement le temps nous manquait pour organiser une défense appropriée. Deux véhicules du convoi furent attaqués par un tank allemand alors qu’ils traversaient OISSERY. Au même moment un tank léger venu du nord attaqua ceux qui étaient déjà arrivés. Toutes les armes se trouvaient encore sur les camions et tout le monde semblait ignorer l’endroit exact du matériel. Seuls 2 Brens fonctionnaient, deux autres, enduits d’huile, n’avaient pas été maniés depuis leur sortie d’usine.

Fusil mitrailleur BREN

Il y avait 4 PIAT [1] avec 12 bombes mais personne, à l’exception des Jedburghs ne connaissait leur fonctionnement. Pour utiliser cette arme, des cours rapides durent être donnés ainsi que pour amorcer et poser des mines de tanks à l’extrémité ouest de notre position. Une berline bloquait aussi le passage, elle occupait la route encaissée de la rue supérieure de l’étang.

PIAT

La première escarmouche dura presque une heure ; après quoi le calme régna de nouveau une vingtaine de minutes. De notre côté, nous déplorions 2 morts et 5 blessés durant cette première étape des combats. L’un des blessés avait la mâchoire cassée en deux à cause d’un PIAT et plus tard, cette arme blessa légèrement de la même façon un autre homme.

Pendant ces 20 minutes il fut décidé que la seule issue de secours était de se disperser ; c’est pourquoi le mouvement de dispersion commença. Il fallait qu’une unité continue à se mesurer à l’ennemi car des troupes allemandes de SS et 2 autres tanks étaient arrivés ; l’un deux nous bombarda par le côté le plus éloigné de l’étang. Le seul repli possible restait le petit bois à l’est, puis il fallait longer le ruisseau qui partait de l’étang. Si tout le monde s’était replié au même moment, les Allemands se seraient resserrés sur le ruisseau et nul doute qu’il n’y aurait (pas) eu beaucoup de survivants.

A 12h30, il apparut comme évident que notre position était intenable car en plus des obus, un troisième tank allemand s’était approché le long de la route en contrebas par l’ouest. Bien que la berline et les mines empêchent le tank d’approcher trop près, un tir d’enfilade rendait la situation dangereuse. L’ordre de fuir à tout prix fut donné et tout le monde s’échappa vers le petit bois situé à l’est, y compris les 40 prisonniers allemands qui, cette fois, avaient capturé leurs gardes français en leur promettant de ne pas les fusiller.

La fuite du Capitaine MARCHAND vers le bois fut contre-carrée par ces hommes et il se précipita en courant vers la direction opposée. Les tirs du tank allemand le long de la route décourageaient toute fuite ; il plongea derrière l’un des camions garés puis s’enfonça dans l’étang où il demeura pendant huit heures trente, dissimulé par des joncs de la rive. Les Allemands avaient dû deviner qu’il y avait des survivants dans l’étang car plus tard, ils mitraillèrent toute la surface de l’étang.

A 22h30, le Capitaine MARCHAND sortit de l’étang, traversa la route en contrebas en roulant sur lui-même et escalada la rive de l’autre côté. A 20 mètres de lui sur la droite se trouvait un tank allemand à la lisière du bois. L’intention des Allemands ne faisait aucun doute ; ils avaient mis le feu à des fermes et à des meules de paille sur 3 kilomètres : toute personne sortant du bois se dessinait clairement sur la ligne d’horizon.

Le chaume ne fournissait aucun abri. Le Capitaine MARCHAND rampa pendant cinq heures jusqu’à ce qu’il franchisse les feux principaux, puis il se releva et, à pied, fit 15 kilomètres vers le nord en se dirigeant avec une boussole vers Nanteuil. Là, il s’abrita dans une ferme. La nuit suivante il retourna vers FORFRY, impatient de recevoir des nouvelles.

Le 30, des patrouilles américaines arrivèrent à FORFRY et le même jour le sergent HOOKER quitta Paris à bord d’une Jeep pour retrouver le Capitaine MARCHAND.

Nous sommes retournés à Paris et de là nous avons pris la direction de la Normandie pour rejoindre l’Angleterre en avion.

Durant les combats et le repli le nombre de morts s’élève à 186. Les Allemands fusillèrent tous les prisonniers et les blessés y compris une infirmière ; ils brûlèrent les cadavres. Le nombre d’Allemands tués tourna autour de 45.

Le Capitaine TELMON fut tué par un éclat d’obus de tank Tigre alors qu’il aidait une autre infirmière à fuir en longeant le lit du ruisseau.

Nous aimerions insister sur l’aide que nous a apporté cette petite communauté ; ils nous prêtèrent main forte non seulement au péril de leur propre vie mais à celui de leurs familles. Si un seul nom doit être mentionné, c’est celui de Mr LERIDAN de SAINT-PATHUS qui fût pendant 4 ans le moteur de la résistance locale. Le 28 août, il fut capturé et fusillé par les Allemands.

Signé Capitaine MARCHAND le 12-10-1944
Lu et approuvé par le major ARMAND. »
Fin de la citation du rapport.
Fin du rapport du Capitaine Marchand


[1Projectile d’Infanterie Anti Tank