Fosses à la Belle Epoque

mardi 17 novembre 2015
par  Jean

1900, les années folles, la belle époque ! Mais, comment vivait-on ces temps soit disant paradisiaques dans notre village de 229 habitants ? Les souvenirs des personnes âgées permettent de l’évoquer.

Le village était déjà scindé en 2.
• Il y avait le quartier de la gare, qui se nommait alors Survilliers -Mortefontaine, avec son hôtel – restaurant – café – tabac et même un second restaurant à côté. Les soirs d’été, quand le flot de travailleurs rentrait de sa rude journée, après une heure de transport dans un wagon cahotant, je suis sûr que certains, à peine libérés du panache de vapeur blanche lâchée avec un grand pschitttt par la locomotive poussive, s’asseyaient à la terrasse, à l’ombre du grand arbre, pour déguster une bière où un verre d’absinthe bien mérité (l’absinthe sera interdite par décret le 7 janvier 1915). Sans doute, le samedi, restaient-ils ainsi à boire et à raconter leurs exploits imaginaires ou à refaire le monde, jusqu’à ce que le cafetier donne le signal du départ en allumant le bec de gaz du réverbère qui éclairait la place. Quelques chevaux, attelés à une carriole, attendaient leur cocher pendant que des enfants jouaient aux billes ou aux osselets à même le sol.

• Il y avait le village dont le centre était le carrefour de la Grande Rue, en direction de Luzarches, de la rue de l’Eglise, en direction de Survilliers, de la rue de la Mairie et de la rue de la Source. A l’angle de la rue de la Source, côté Est, se trouvait l’hôtel restaurant du Bon Accueil. De l’autre côté de la rue de l’Eglise, juste en face, un autre restaurant avec une salle de billard, jeu fort prisé à l’époque. A quelques dizaines de mètres, dans la Grand Rue, se trouvait un bar tabac qui a survécu jusqu’à ces dernières années grâce aux efforts de la municipalité, et juste en face encore un autre café. Quatre débits de boissons pour 230 habitants, cela peut sembler élevé. Mais il ne faut pas oublier que, à cette époque, il n’y avait ni télévision, ni cinéma, ni radio, et il fallait bien se distraire. Si les plaisirs de la bouche (et du gosier) pouvaient aisément être satisfaits, la vie de tous les jours n’était pas négligée pour autant. Depuis 1895 un lavoir avait été bâti (à côté de l’actuel monument aux morts) ce qui n’empêchait pas l’utilisation de nombreux lavoirs champêtres le long de l’Ysieux, lavoirs qui participeront plus tard à l’abandon de la culture du cresson. La vie était paisible, les femmes épluchaient les légumes sur le pas de leur porte en bavardant avec leur voisine, les charrettes, tirées par un cheval, s’arrêtaient n’importe où sans gêner personne et la chaussée appartenait à tous, piétons, enfants et même la volaille y étaient en sécurité.

Les gens sortaient rarement du village en dehors de leur travail et les distractions étaient rares, bien que …. le cours de l’année fût jalonné de fêtes, tant religieuses que profanes.

La fin des moissons en était une. Dans chaque ferme la dernière charrette, décorée de fleurs et de gerbes, agrémentée d’un bouleau fièrement dressé (le Mai), faisait le tour du village, les moissonneurs juchés tout en haut de la charrette. Depuis les fenêtres de l’étage les riverains cherchaient à les arroser en jetant des cuvettes d’eau. Revenu à la ferme, l’arbre était planté dans la cour jusqu’à la moisson prochaine.
Mais la plus attendue était sans doute la fête communale. Depuis 25 ans elle avait lieu le 15 juin, pour la saint Vit ; elle se tenait antérieurement le 1er dimanche et lundi de juillet, mais elle avait été avancée à cause des moissons.

Elle durait maintenant presque 4 jours, du samedi au lundi avec souvent, pour récupérer, le mardi matin. Des forains étaient venus installer leur manège animé par les chevaux qui avaient tiré les carrioles. Il y avait les chevaux de bois, le "chambouletout" non local du jeu de massacre. Des courses de sacs étaient organisées, des jeux de force et surtout le jeu de l’oie. Une oie était pendue par le cou, que les âmes sensibles se rassurent, l’oie était morte. Les concurrents, les yeux bandés, devaient trancher le cou avec un sabre et faire tomber l’oie. Celui qui y parvenait gagnait le volatile qui, bien souvent, était rôti au "bistrot" du coin et mangé avec les copains.

Les enfants devaient jeter des pétards dans les jambes des filles alors que les plus âgés, sans doute attablés dans l’un des 4 cafés, devaient observer, tout en se rappelant leurs fêtes d’antan qui ne pouvaient être que mieux. Je suis presque sûr que, de temps en temps, on entendait la phrase bien connue : " Les jeunes, de nos jours, ils ne savent plus s’amuser ! ". Cela dans un nuage de fumée ou entre deux prises de tabac, le tout bien arrosé d’un verre de guignolet ou d’absinthe pour les plus aisés.

Le samedi et le dimanche soir, il y avait le bal au Bon Accueil ; la fanfare de Marly venait sonoriser la fête et les cafés étaient autorisés à fermer plus tard dans la nuit. Les gens des villages alentours venaient y participer et on peut supposer que la soirée ne se passait pas sans quelques bagarres entre bandes rivales de villages différents. Mais on peut aussi penser que les buissons qui longeaient la cavée, que le petit bois au bout de la rue de la Source laissaient parfois s’échapper quelques soupirs alanguis.

Mais la fête passée, il fallait bien retourner au travail.